Ebola : pourquoi les contrôles aux aéroports ne sont pas efficaces

Ebola : pourquoi les contrôles aux aéroports ne sont pas efficaces
Santé

EPIDEMIE – La lutte contre le virus Ebola semble se jouer dans les aéroports. L'Elysée a annoncé mercredi un "dispositif de contrôles à l'arrivée des vols en provenance de la zone touchée"'. Mais des chercheurs britanniques soulignent l'inefficacité de ce type de mesures.

Sur son site dédié au virus Ebola, le ministère de la Santé rappelle qu'"au niveau des pays touchés par le virus, un dépistage des voyageurs est réalisé par des soignants , avant l’embarquement, dans les aéroports des pays à risque". Mercredi 15 octobre l'Elysée a annoncé dans un communiqué  l'instauration de "contrôles sanitaires à l'arrivée des vols directs en provenance de la zone touchée", dont Conakry (Guinée). Une stratégie d'ores et déjà mise en place aux États-Unis. Pourtant, des experts doutent de sa pertinence.

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Des spécialistes britanniques de la London School of Hygiene and Tropical Medicine affirment en effet dans un éditorial publié sur le site du British Medical Journal qu'"adopter une politique de contrôle accru donne un faux sentiment de sécurité". Leurs calculs démontrent que l'effet des scanners thermiques à l'arrivée des vols internationaux n'aura pas d'effet significatif sur l'exportation d'Ebola.

93% des malades non détectés

D'abord, les spécialistes des maladies infectieuses rappellent qu'il faut tenir compte de la durée d'incubation de la maladie, qui varie entre 2 et 21 jours et de 9 jours en moyenne. Ils estiment ainsi que, si l'accès à bord d'un avion Freetown-Londres était refusé à tous les passagers montrant des symptômes d'Ebola, environ 7% des personnes infectées montées à bord auraient quand même développé des symptômes à l'arrivée (après les 6h42 de vol entre le Sierra Leone et l'Angleterre). Ces personnes pourraient alors être détectées par un scanner au débarquement. Mais les 93% restant entreraient au Royaume-Uni sans restriction.

Le scan à l'arrivée des vols Freetown-Londres avec correspondance par Paris ou Bruxelles se révèlerait un peu plus payant. Les scanners thermiques à l'arrivée pourraient détecter jusqu'à 13% des personnes infectées. Les 13 heures de trajet permettrait en effet à plus de malades de développer les symptômes fiévreux.

La priorité, c'est d'informer

C'est seulement si les malades étaient autorisés à prendre l'avion indépendamment des symptômes que les contrôles à l'arrivée seraient un tant soit peu performants. Les scanners au débarquement permettraient alors de détecter jusqu'à 43% des voyageurs malades dans le cas d'un vol avec escale. Reste que la majorité des porteurs du virus pourrait toujours entrer en Grande-Bretagne avant d'avoir développé les symptômes.

Pour les chercheurs britanniques, "la priorité est de fournir de l'information aux populations à risque sur comment et où ils peuvent être pris en charge". Ces mesures seraient au moins aussi efficaces que les contrôles aux aéroports, et beaucoup moins coûteuses.

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