Effets secondaires, température de conservation... La course au vaccin contre le Covid-19 tourne au casse-tête

Effets secondaires, température de conservation... La course au vaccin contre le Covid-19 tourne au casse-tête
Santé

ANALYSE – Depuis plusieurs mois, les laboratoires du monde entier travaillent d’arrache-pied pour trouver le fameux vaccin contre le coronavirus. Mais entre les effets secondaires et la température très froide que nécessite sa conservation, les recherches virent au casse-tête. Explications.

À quelle échéance un vaccin contre le Covid-19 sera-t-il disponible dans la population générale ? Si les chefs d’État de chaque pays promettent son arrivée au plus vite, les obstacles à son développement sont pourtant nombreux. Principale raison : l'apparition d'effets secondaires. Plusieurs vaccins, actuellement dans la dernière phase des essais cliniques, entraînent en effet des effets indésirables chez une partie des patients.

Pour l'un d'eux, "une étude publiée dans The Lancet a montré qu’entre 30 et 40% des personnes ressentent des maux de tête, et 40 à 50% ont de la température et quelques douleurs musculaires", nous indiquait il y a quelques jours Bruno Pitard, directeur de recherche au CNRS au Centre de cancérologie et d’immunologie Nantes-Angers. Celui du laboratoire Moderna provoquait quant à lui "de la fièvre" chez "50% des individus". Et "une personne avait même une température de 39,6°C à la suite d’une deuxième injection de la dose la plus élevée".

Des effets indésirables jusqu’à une "maladie potentiellement inexpliquée"

Quelques jours plus tard, le vaccin d’AstraZeneca a, lui aussi, connu des mésaventures. Une "maladie potentiellement inexpliquée" est apparue chez l’un des volontaires au Royaume-Uni, obligeant le groupe pharmaceutique à mettre en pause ses essais. "Ce cas va être scruté à la loupe", souligne Bruno Pitard auprès de LCI. "Si la personne se remet très vite, malgré des symptômes sévères mais bénins, alors les essais continueront. En revanche, si jamais il s’agit d’un cas sévère avec des conséquences importantes, cela amènera le groupe à réfléchir" sur la suite à donner aux essais cliniques. Pour l’heure, AstraZeneca se veut rassurant, jugeant toujours possible le développement d’un vaccin "d’ici la fin de l’année".

Pour Bruno Pitard, la multiplication des effets secondaires chez les volontaires des essais cliniques n’est d’ailleurs pas surprenante. "Un adénovirus est , à la base, un virus sauvage, même si nous le domptons pour nous en servir comme vecteur permettant aux cellules de fabriquer l’antigène du coronavirus, puis induire les anticorps contre celui-ci. Mais il s’agit d’un virus inflammatoire, avec énormément de particules virales injectées au moment de l’administration du vaccin", note-t-il pour justifier l'apparition de symptômes indésirables.

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En outre, il semble logique que la découverte d’effets secondaires graves n’intervienne qu’à ce stade des essais. "Durant les deux premières phases, les essais ne sont réalisés que sur quelques dizaines ou centaines de personnes", rappelle le chercheur. "Mais en phase 3, ils le sont sur plusieurs milliers. Si la fréquence d’un événement indésirable grave, comme l’a observé AstraZeneca, est  par exemple de 1 personne sur 10.000, cela peut ne pas se voir dans les deux premières phases, mais plutôt au cours de la troisième, durant laquelle des cas sont forcément recensés."

"Les pharmacies ne sont pas équipées" pour conserver les vaccins à basse température

Autre difficulté : la température de conservation des vaccins. Habituellement, elle est d’environ 4°C, à l’instar de celui contre la grippe saisonnière. Les pharmacies peuvent alors le stocker. Les patients le placent ensuite dans leur réfrigérateur en attendant de se rendre chez leur médecin. Pour le Covid-19, l’équation est plus complexe. Selon Bruno Pitard, "le vaccin de Pfizer et BioNTech doit être conservé à environ -80°C, celui de Moderna à -20°C, et probablement une autre température négative pour celui d’AstraZeneca". "De telles températures nécessitent toute l’organisation d’une chaîne de froid pour le transport entre le site de départ et celui d’arrivée."

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Covid-19 : vaccin, traitements... Où en est la recherche ?

Il faudrait alors obligatoirement passer par l’hôpital, "car les pharmacies ne sont pas équipées" pour de telles températures, indique le directeur de recherche. Ce qui rend délicat l’hypothèse d’une campagne massive de vaccination. "Cela va forcément compliquer la diffusion à grande échelle", prévient déjà Bruno Pitard. "En France, pour la grippe, les pharmaciens ont été autorisés à vacciner les patients afin de désengorger les cabinets médicaux", rappelle-t-il. "Or, pour le coronavirus, nous parlons de vacciner une bonne partie de la population. Si cela doit se passer uniquement à l’hôpital, comment allons-nous réussir à vacciner un grand nombre de personnes en un temps si court ?"

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