Ehpad, hôpital, domicile : pourquoi on ne connait pas le vrai nombre de victimes du coronavirus

Ehpad, hôpital, domicile : pourquoi on ne connait pas le vrai nombre de victimes du coronavirus
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Le 13h

À LA LOUPE – La France a franchi le seuil des 1.000 victimes du coronavirus Covid-19. Mais ce bilan est en fait bien plus lourd car seuls les décès en milieu hospitalier sont comptabilisés avec précision. Voici pourquoi.

L'épidémie de coronavirus Covid-19 ne cesse de s'étendre en France. Mardi 24 mars, le nombre de victimes a dépassé le seuil des 1.000 morts, sur 22.302 cas détectés. L’Ile-de-France, le Grand-Est et Auvergne-Rhône-Alpes restent les trois régions les plus touchées. Plus de 10.000 personnes sont hospitalisées dont 2.500 en réanimation et ces chiffres ne cessent d'augmenter.

Pourtant, ce bilan n'est que partiel. Lors de ses conférences de presse, Jérôme Salomon, Directeur général de la santé, précise désormais que les chiffres communiqués ne recouvrent que les personnes décédées dans "le milieu hospitalier". Pourquoi le bilan de l'épidémie est-il donc sous-estimé ?  Explications. 

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"Les décès enregistrés à l’hôpital représentent sûrement une faible part de la mortalité"

Contactée par LCI, la Direction générale de la santé (DGS) nous apporte quelques précisions. "Les décès survenus à l’hôpital. Tous les hôpitaux susceptibles de recevoir des patients diagnostiqués Covid-19 rapportent chaque jour le nombre de nouveaux décès à travers une application activée spécifiquement dans le contexte de cette épidémie (SI-VIC). Les décès liés au Covid-19 sont certifiés électroniquement à travers l’application mise en place par le CépiDC de l’Inserm."  

Le CépiDC, pour Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de Décès, réalise les statistiques pour établir les causes de la mortalité des Français pour des raisons médicales. C'est une mission qu'assure l'Inserm depuis 1968. La DGS précise que "cette source de données permet d’avoir accès, pour chaque décès certifié, à la cause du décès et à quelques caractéristiques socio-démographiques et médicales des personnes décédées." 

Le Directeur général de la Santé le reconnaît lui-même, "les décès enregistrés à l’hôpital représentent sûrement une faible part de la mortalité." Et pour cause, des dizaines d'Ehpad ont connu un nombre de victimes importants depuis le début de l'épidémie. 20 morts à Cornimont (Vosges), 16 morts à Saint-Dizier (Haute-Marne), 3 morts (Villeneuve-Saint-Georges), 16 morts à la Fondation Rothschild à Paris... Une  liste qui s'allonge un peu plus chaque jour. 

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Quand on sait que plus de 728.000 Français vivent au sein d'un Ehpad, avec une moyenne d’âge de 85 ans, le risque d’hécatombe est réel, comme l'a affirmé le professeur Juvin, chef du service des urgences de l'hôpital Pompidou, sur LCI ce mercredi.  

Alors pourquoi exclure les Ehpad ? Cette méthode de comptabilisation particulière trouve son origine dans un Guide méthodologique publié le 16 mars par le ministère de Solidarités et de la Santé.  Intitulé 'Préparation à la phase épidémique de Covid-19', ce document est à destination des établissements de santé, des établissements et services médico-sociaux et à la médecine de ville. Ceci inclut donc les Ehpad (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). 

Concernant les Ehpad, il est précisé que "Pour les personnes en centres d’hébergement, seuls les deux premiers patients hébergés avec un tableau clinique évocateur de Covid-19 font l’objet d’un prélèvement systématique pour objectiver la présence d’un foyer infectieux de Covid-19. À partir du second cas confirmé, toute personne hébergée présentant un état symptomatique identique ou proche peut alors être présumée infectée." Les tests ne sont pas généralisés sur l'ensemble des malades ni sur l'ensemble des personnes décédées, bien qu'elles présenteraient les signes de la maladie. 

"Ce qu’il faut, c’est tester tout le monde", martèle Philippe Juvin. "Si on teste tout le monde dans les Ehpad on sera en mesure de séparer les résidents qui sont malades de ceux qui ne le sont pas. Il faut casser la contagiosité." Du côté de la médecine de ville, la réalisation de tests permettrait également aux personnes infectées de s'isoler et d'éviter de contaminer leurs proches. 

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Une application permettant la remontée du nombre de décès opérationnelle dans les tous prochains jours

A ce sujet, la DGS indique que la France peut assurer la réalisation de 9.000 tests par jour. "Nous allons l’augmenter de 10.000 tests par jour supplémentaire d’ici la fin de la semaine et encore de nouveaux de 10.000 supplémentaires", a précisé Jérôme Salomon le 24 mars.  La DGS nous explique qu' "une application permettant la remontée quotidienne du nombre de décès survenus en établissement médico-social sera opérationnelle dans les tous prochains jours." Dès lors, "l’addition des décès survenus à l’hôpital et de ceux survenus dans les Ehpad permettra de disposer d’estimations quotidiennes de la mortalité couvrant les 2 principaux lieux de survenue des décès liés au Covid-19, ceux survenant à domicile ou dans d’autres institutions représentant une faible part de la mortalité liée au virus."

Des données de mortalité quotidiennes seront alors déclinées au niveau régional et départemental et qui permettront de bénéficier de statistiques précises. 

En attendant, les autorités sanitaires peuvent s'appuyer sur le dispositif de surveillance de la "mortalité toutes causes" établi par Santé Publique France. Cette dernière s'appuie sur les déclarations de décès transmises à l’Insee ce qui permet, en comparaison avec les données historiques, de détecter un excès de mortalité et d’en estimer l’ampleur. "Les circuits de transmission de ces données, liés essentiellement au délai de déclaration du décès et de saisie des informations par le bureau de l’état-civil nécessite d’attendre au moins deux semaines pour estimer l’excès de mortalité survenu une semaine donnée," nous précise la DGS. 

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