Campagne présidentielle : en dormant peu, à quels risques s’exposent les candidats ?

Santé

DETTE DE SOMMEIL – Emmanuel Macron le clame haut et fort, il n’a besoin de dormir qu’entre "trois et cinq heures par nuit". Vraiment ? Un candidat à l’élection présidentielle peut-il tenir ce rythme effréné pendant plusieurs semaines sans mettre sa santé en danger ? Eléments de réponse avec un médecin du sommeil.

Il n’y a que peu de temps à consacrer à Morphée lorsqu’on part à la conquête du pouvoir. Pourtant, si c’est dans notre sommeil que nous sommes le plus vulnérable, n’est-il pas non plus celui qui nous donne la force d’avancer ? "Dormir est aussi vital que s’alimenter", rappelle le Dr Bertrand De La Giclais, un médecin spécialiste des pathologies du sommeil qui exerce à Aragonay, près d’Annecy. Une bonne nuit de sommeil permet notamment d’être performant lors d’un meeting et de tenir le choc d’un quinquennat.

Alors, que se passe-t-il quand les hommes et les femmes ne dorment pas assez. Peuvent-ils s’habituer à moins dormir sans mettre leur santé en danger ? Emmanuel Macron, par exemple, affirme n’avoir besoin que de trois à cinq heures de sommeil par nuit. Peu de temps pour recharger les batteries qui ne se voit presque pas sur son minois de jeune premier grâce à la présence constante d’une maquilleuse à ses côtés. De même pour la candidate communiste, Nathalie Arthaud, qui a confié à LCI ne se reposer que quatre heures par nuit. Benoît Hamon, de son côté, raconte ne fermer les yeux que pendant cinq heures une fois le soleil couché.

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Les risques sont surtout sur le court terme - Dr Bertrand De La Giclais

Interrogé sur ces affirmations, le médecin du sommeil est dubitatif : "Il faut se méfier du marketing politique selon lequel un homme politique dort moins pour travailler plus". Ce sont des hommes avant tout et comme les autres, ils ont besoin de repos. De plus, "c’est difficile de vérifier ces propos." "Il est possible que les candidats, assommés par la fatigue ou encore excités par un meeting, n’aient pas l’impression de fermer l’œil de la nuit alors qu’ils dorment bel et bien." Une histoire de sensation plus que de réalité en somme. Sans compter que les équipes de campagne ont elles aussi besoin d’un peu de repos.

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Mais admettons que les candidats dorment moins de 6 heures, à quoi s’exposent-ils ? "Les risques sont surtout sur le court terme. Leurs organismes se défendent moins bien et ils sont plus enclins à développer des pathologies infectieuses comme des rhumes", explique le Dr De La Giclais. Un vrai cercle vicieux lorsqu’on sait à quel point ces maladies gênent le sommeil. "Ils peuvent aussi souffrir de troubles de la concentration, de la mémoire et être moins vigilants", ajoute-t-il. Mais un petit mot de travers ou mal choisi peut avoir de grandes conséquences sur une campagne.

Quant aux maladies chroniques, "elles apparaissent souvent 15 à 20 ans plus tard si elles sont cumulées avec d’autres facteurs de risques". D’où l’importance d’une hygiène de vie saine, histoire de ne pas cumuler les mauvais points.

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La solution ? Les siestes et micro-siestes

Certains ont trouvé la parade contre le manque de sommeil : les siestes. Jean Lassalle affirme à LCI avoir recours à une sieste quotidienne d’une heure pour compléter sa nuit. "Une très bonne idée", le félicite le médecin. Pour lui, la sieste royale est même un peu plus longue puisqu’elle devrait être de 90 minutes, soit la durée d’un cycle de sommeil. 

Benoit Hamon opte de son côté pour les micro-siestes. "De quelques secondes à quelques minutes, ce genre de sieste est plus relaxant qu’il n’est vraiment réparateur", prévient le Dr De La Giclais. Pour qu’elle le soit, la sieste devrait être de 15 minutes au minimum. "Une petite recharge qui permet de tenir le rythme imposé par les grands évènements comme les meetings", détaille le spécialiste.

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Parmi les plus gros dormeurs de cette campagne présidentielle, on compte Jean-Luc Mélenchon, qui prend soin de dormir au moins 7 heures, ainsi que Marine Le Pen, qui a investi dans une fourgonnette aménagée afin d’assurer ses huit heures de sommeil lors des déplacements tardifs. "Ils ont tout à fait raison et sont dans les normes, rappelle le spécialiste. Un adulte doit en effet dormir entre 6 et 9 heures."

Quant aux autres candidats, ils n’ont rien confié aux médias sur ce sujet. Cependant, on imagine bien volontiers qu’avec la pression de la campagne et la date fatidique qui approche à grands pas, leur sommeil n’est pas des plus sereins.

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