En visite à la Salpêtrière, Macron reconnaît ses torts et promet d'être "au rendez-vous" sur l'hôpital

Emmanuel Macron en visite dans un centre médical de Pantin le 7 avril 2020.
Santé

PROMESSE - Vendredi à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le chef de l'Etat a dit vouloir "mettre fin" à la "paupérisation" des personnels soignants et promis que l'Etat "sera au rendez-vous".

Partout, il a été interpellé, parfois vivement, sur le manque de moyens de l'hôpital public, les masques manquants ou défaillants. Vendredi à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Emmanuel Macron a dit vouloir "mettre fin" à la "paupérisation" des personnels soignants et promis que l'Etat "sera au rendez-vous". Accompagné de son ministre de la Santé Olivier Véran, il a participé à une table ronde avec des médecins, une autre avec des syndicats avant de visiter une unité de dépistage Covid.

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Mea culpa de Macron : "ça a été un moment important qu'on attendait depuis longtemps"

"Ca a été un moment important qu'on attendait depuis longtemps", a réagi Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière et membre du collectif Inter'Urgences, sur LCI ce vendredi, évoquant "une discussion de près d'une heure quand même". 

"Effectivement il a reconnu que sans doute  le plan 'Ma santé 2022' n'était pas à la hauteur des attentes sur le terrain, que probablement il avait sous-estimé la mise en traduction de ce plan sur le terrain", a poursuivi cette dernière, soulignant que le chef de l'Etat "a par ailleurs partagé un certain nombre de constats avec eux (nous) et notamment qu'il fallait absolument que dorénavant l'orientation des plans santé soit orientée vers la santé publique", autrement dit "qu'on mette en face des besoins les moyens qui sont nécessaires".

Et de conclure : "c'est très important car ce qui existait avant c’était plutôt des plans d'économie où on essayait de rentabiliser les hôpitaux et où les moyens en général manquaient".

Macron interpellé

"On est désespérées, on ne croit plus en vous", a notamment lancé une infirmière au chef de l'Etat, qui a passé la matinée dans cet hôpital parisien où il s'était déjà rendu le 27 février, au début de la crise du coronavirus, a constaté une journaliste de l'AFP. Et une autre de renchérir : "on veut du flouze, du pèze, de la fraîche, on veut de l'argent. C'est pas 300 euros qu'il faut, c'est bien plus pour garder notre personnel. En réanimation, les deux tiers des effectifs partent".

Fin mars, Emmanuel Macron avait promis "un plan massif d'investissement et de revalorisation" pour l'hôpital à l'issue de la crise. Et annoncé une prime exceptionnelle de 500 à 1.500 euros, parue vendredi au Journal Officiel. "Il y a des collègues, héros de la Nation, qui sont en train de se dire, est-ce qu'elles vont manger, est-ce qu'elles vont payer leur loyer (...) Qu'est-ce que vous allez faire ? Vous allez embaucher?" lui a demandé une autre infirmière à la Pité-Salpêtrière.

Plus tôt dans la matinée, les médecins avaient déjà longuement témoigné de leurs conditions de travail dégradées. "Monsieur le Président, vous avez suscité un magnifique espoir chez les gens, un retour en arrière ne sera pas accepté", a lancé le Pr Dominique Thabut, cheffe de service hépatologie. "Il faut un choc salarial", a ajouté le Pr Thomas Similowski, chef du service de pneumologie.

J'étais convaincu qu'on était en train de changer les choses- Emmanuel Macron aux soignants de la Salpêtrière

"On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée" car elle ne "portait pas assez de sens" et avait une "ampleur" et un rapport au temps "pas du tout suffisants compte tenu de l'état où était l'hôpital", a affirmé Emmanuel Macron, revenant sur la réforme du système de santé engagée il y a deux ans. "J'étais convaincu qu'on était en train de changer les choses" et "c'est très cruel pour moi-même", a-t-il ajouté, jugeant que "c'était une super stratégie mais à faire dix ans plus tôt".

Mais "je n'ai pas envie non plus qu'on revienne à l'étape d'avant", a souligné le chef de l'Etat, insistant sur l'importance de réorganiser l'hôpital public. C'est pourquoi "oui, on va investir", a promis le chef de l'Etat qui a affirmé avoir "demandé au ministre un travail express" de concertation, qui commencera la semaine prochaine avec les organisations syndicales.

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Les syndicats, il les a rencontrés dans la foulée, lors d'une réunion où la CGT a demandé "300 euros d'augmentation" et la CFDT une "reconnaissance pérenne par la revalorisation de la grille salariale dans tous les métiers".  "Là on va attendre de voir si le gouvernement tient ses engagements, a averti Azzeidine Aissiou (CGT). Sinon la corde, qui est en train de craquer, elle va péter! Et dans la rue il n'y aura pas que des blouses blanches, mais tous ceux qui étaient sur les balcons", à applaudir le personnel tous les soirs à 20 heures.

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"Nous entrons dans une dynamique de réforme de notre hôpital public, avec un volet rémunération et carrière, un volet investissement, un volet gouvernance et réforme", a ensuite affirmé M. Macron, parlant d'un "Ségur" en référence aux concertations lancée en 1968 sous le nom de "Grenelle".

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