Enfant mort d'une allergie : faut-il équiper les écoles de stylos à adrénaline  ?

Enfant mort d'une allergie : faut-il équiper les écoles de stylos à adrénaline ?

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SANTÉ - La mort brutale d'un enfant de 6 ans à Limas après une réaction allergique au lait aurait-elle pu être évitée si l'école avait été équipée d'un stylo à injection d'adrénaline ? Depuis ce drame, le débat est relancé. Pour Nhan Pham Thi, allergologue à l'institut Pasteur, il est urgent d'agir.

Comme les défibrillateurs pour les risques cardiaques, des stylos à adrénaline pourraient-ils prochainement équiper des lieux publics ou même des écoles afin d'éviter des drames comme celui de Limas (Rhône) ? Le 29 mars dernier, un enfant de six ans est mort après avoir ingéré une crêpe contenant du lait. Une violente réaction allergique a provoqué le décès. Agnès Buzyn, ministre de la Santé , a estimé par la suite qu'il fallait "que tous les établissements qui reçoivent du public  soient équipés en stylos d'injection". 


Le professeur Nhân Pham Thi, allergologue à l’Institut Pasteur, se bat depuis plusieurs années déjà pour l’équipement des écoles et l’information du personnel aux chocs anaphylactiques. 

Equiper les écoles de stylos injecteurs d’adrénaline, est-ce la bonne solution pour éviter qu’un pareil drame ne se reproduise ?


Cela fait quatre ans qu’on y travaille. J’avais déjà proposé cela il y a quelques années. C’est ce triste épisode qui a fait accélérer la prise de décision mais elle est essentielle. Le nombre d’enfants allergiques est en augmentation, il faut qu’il y ait des trousses de secours dans les établissements. Dans ces trousses, il faut un stylo injecteur d’adrénaline pour les enfants potentiellement très allergiques, de la ventoline s’il fait de l’asthme, des antihistaminiques et des corticoïdes pour diminuer la réaction.  Je pense qu’il faudrait surtout équiper les écoles où il y a des cas signalés d’enfants très allergiques.


Comment se manifeste un choc anaphylactique ?


Le choc anaphylactique est le stade le plus grave d’une crise allergique. Cela se produit au contact d’un allergène, comme le lait. Tout le système immunitaire se met en branle et réagit de manière extrêmement violente. Cela peut atteindre plusieurs organes, le cœur, et tout le système vasculaire de l’organisme. C’est  ce que l’on appelle une vasoplégie : tout se dilate et le cœur n’arrive plus à alimenter le reste du système artériel ni les organes. On peut ressentir cela comme un malaise, on se sent partir. Le corps lâche. Il peut y avoir une perte de connaissance et le cœur peut lâcher à ce moment-là. La pompe cardiaque n’arrive pas à suivre. Très souvent, les chocs anaphylactiques allergiques ont lieu dans l’heure qui suit l’ingestion d’un aliment auquel on est très allergique. Cela peut aussi être provoqué par une piqûre de guêpe, d’abeille, ou par la prise d’un médicament. 


Comment faut-il utiliser les stylos injecteurs d’adrénaline ?


L’utilisation est extrêmement simple, et même de plus en plus simple. C’est une injection intramusculaire, on pique sur la cuisse. Avec l’institut Pasteur, nous formons les enfants à se faire cette injection eux-mêmes dès l’âge de 7 ou 8 ans. Même avant, s‘ils sont dégourdis. Quand l’enfant sent que ça ne va pas bien, il a éventuellement le temps de réagir. Il y a des modèles qui sortent qui ne nécessitent pas forcément de formation. En lisant le mode d’emploi écrit sur le stylo, on y arrive.

 

Qui peut utiliser ces stylos ?


Normalement, le chef d’établissement doit tout mettre en œuvre pour informer son personnel.  Parce que malheureusement, on peut être équipé et ne pas avoir le réflexe ou les connaissances pour se servir du stylo injecteur. Avec l’institut pasteur nous faisons des formations à l’extérieur pour le personnel médical encadrant dans les écoles, pour que tout le monde soit au courant. Les premières personnes concernées sont quand même la famille, les parents, donc c’est eux que l’on informe aussi et qui peuvent ensuite expliquer aux encadrants. 

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Les allergies, comment ça marche ?

Notre principal problème reste le manque de moyens. Cela fait très, très longtemps que l’on se bat pour cette information au choc anaphylactique. Il n’y a pas assez d’infirmières scolaires, il n’y a pas assez de médecins scolaires. Un vrai manque de moyen dans l’éducation nationale et dans le monde de l’allergologie. Il faut un fait divers pour réveiller tout le monde. Des histoires malheureuses comme celles-ci risquent de se reproduire parce que l’on n’a pas assez de praticiens sur le terrain pour prendre en charge un enfant et assurer son suivi. 

 

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