Épidémie de coronavirus : faut-il croire les prédictions sur le Covid-19 ?

De nombreuses données et courbes alarmistes circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Certaines prédisent même que l’ensemble de la population mondiale sera touchée ou que le virus fera 200 millions de morts. Quel crédit faut-il leur accorder ? Quelles sont les méthodes utilisées pour arriver à ces chiffres ? On a vérifié

À LA LOUPE - De nombreuses données et courbes alarmistes circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Certaines prédisent même que l’ensemble de la population mondiale sera touchée ou que le virus fera 200 millions de morts. Quel crédit faut-il leur accorder ? Quelles sont les méthodes utilisées pour arriver à ces chiffres ? LCI a vérifié.

Des courbes qui montent en flèche, des données plus alarmistes les unes que les autres, des commentaires qui mettent en garde les lecteurs sur "le virus tueur qui décime la planète". Depuis quelques jours, circulent sur les réseaux sociaux de nombreux messages censés prédire l’évolution de l’épidémie au niveau mondial. 

Un internaute affirme ainsi que "d’ici le 5 mars ", nous compterons "7 milliards de personnes contaminées", soit l’ensemble de la population mondiale. Il va même plus loin : selon lui, le virus tuera d’ici là "200 millions de personnes". 

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Si ces publications peuvent paraître farfelues, leur audience, parfois colossale, mérite toutefois que l’on s’y intéresse. L’internaute ayant relayé ces données, qui se présente comme "gilet jaune" et "dissident politique", compte par exemple 22.600 abonnés. 

Problème : lorsqu’on regarde les chiffres avancés de plus près, on ne trouve pas de sources ni de date. Seule indication donnée à ses abonnés, la méthode utilisée : "Des simulations par ordinateur. Au rythme des contagions DÉCLARÉES OFFICIELLEMENT" (sic).

Un mode de calcul douteux

Pour comprendre ce mode de calcul, nous avons d’abord tenté de joindre cet internaute, sans réponse, à ce jour. Nous avons également sollicité Jean-Stéphane Dhersin, directeur-adjoint scientifique de l'Insmi (Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions) au CNRS. Spécialiste en modélisations mathématiques des épidémies, son métier consiste justement à réaliser ce type de prévisions. 

Le chercheur nous explique que les internautes se sont basés sur les premières données officielles publiées par les autorités chinoises. À l’époque, le virus venait d’être identifié et aucune mesure sanitaire n’avait encore été prise pour le maîtriser, ni en Chine ni ailleurs. À ce moment-là, le rythme de contamination était donc logiquement très élevé. Le nombre de cas doublait alors tous les six jours. 

Pour leurs projections, les internautes ont fait comme si rien n’avait été fait et que l’épidémie se propageait librement sans aucune action humaine. Ce n’est évidemment pas le cas, la Chine a pris des mesures drastiques et c’est le cas à l’échelle mondiale : détection des "patients zéro", confinement, distribution de masques, sans compter les messages de prévention diffusés par les autorités sanitaires mondiales.

La vitesse de contamination baisse en Chine

Les seules données sérieuses et scientifiques dont on dispose aujourd’hui concernent la Chine. Et on sait, d’après les épidémiologistes chinois, que toutes les mesures sanitaires mises en place ont permis de réduire la vitesse de contamination dans le pays. Selon leurs prévisions, diffusées sur la très sérieuse revue Nature montre que le pic de l’épidémie a été atteint autour du 17 février dans le pays. Depuis, le taux de contamination baisse en continu.

Pas de prévisions à l’échelle mondiale

À ce stade de l’épidémie, qui continue de progresser, il est d'ailleurs encore trop tôt pour disposer de prévisions fiables au niveau mondial. Les interrogations sur le Covid-19 sont encore trop nombreuses. Et les prévisionnistes ne travaillent qu'avec les informations dont ils disposent à l’instant T.

Autre point important : les scientifiques ont appris à être plus prudents depuis les précédentes épidémies. En 2002, le Sras n’avait fait que quelques centaines de victimes dans le monde contrairement à ce qui était prédit. Mais le cas le plus emblématique reste le H1N1, en 2009. Les projections trop alarmistes avaient conduit le gouvernement à commander 94 millions de vaccins. La plupart n’ont jamais servi. 

La prudence est donc de mise ! Aucune étude sérieuse ne peut prédire, à ce stade, l’évolution du virus et sa propagation dans le monde et encore moins des courbes qui circulent sur les réseaux sociaux, qui ne se basent sur aucune méthode de calcul fiable.

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