Les recherches sur les coronavirus avaient-elles été abandonnées en France ?

Laboratoire de recherche à l'hôpital Henri Mondor à Créteil, près de Paris
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À LA LOUPE – L'épidémie de nouveau coronavirus aurait-elle pu être évitée si la recherche sur ce type de virus avait été soutenue ? C'est ce que laisse entendre l'économiste Christophe Ramaux. Des propos que nous avons vérifiés.

La recherche fondamentale sur les virus de type coronavirus a-t-elle été abandonnée en France il y a plusieurs années ? C'est en tout cas ce que pointe l'économiste Christophe Ramaux, chercheur au Centre d'économie de la Sorbonne. 

Invité mardi sur le plateau de l'émission 28 Minutes d'Arte, il a affirmé : "On a arrêté en 2004 les recherches sur le coronavirus parce qu’on n’avait plus les moyens pour cette recherche fondamentale."  

Ainsi, la France aurait cessé les programmes d'investissement dans la connaissance du coronavirus depuis une quinzaine d'années en raison d'un sous-investissement récurrent dans la recherche fondamentale. Une affirmation à vérifier. 

Christophe Ramaux s'appuie sur un article du Monde

Nous avons contacté Christophe Ramaux. L'économiste appuie ses propos sur une interview lue quelques jours plus tôt dans le journal Le Monde. Il en profite pour nous préciser - contrairement à ce que son intervention sur Arte laisse entendre - que toutes les recherches sur les coronavirus ne sont pas arrêtées, mais qu'elles ont été drastiquement réduites.  

Il s'agit de l'interview parue le 29 février de Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'étude des coronavirus. Il travaille au sein du laboratoire AFMB Polytech Case 925 sur le campus de Luminy à Aix-Marseille Université. Le chercheur dénonce "le temps perdu" sur les coronavirus à cause d'une baisse des investissements. "L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela. Cela prend du temps et de la réflexion", peut-on lire dans Le Monde

Un nombre de chercheurs "très limité"

Si l'Institut Pasteur et l'Insern confirment à LCI que des recherches sur les coronavirus ont bien été réalisées ces dernières années, ils ne peuvent pas nous en préciser le nombre et l'ampleur. Nous nous tournons donc vers Yves Gaudin, directeur de recherche au CNRS et responsable à l'Institut de biologie intégrative de la cellule. "Les financements octroyés pour la recherche sur ces virus n'ont pas été très importants, explique-t-il, et le nombre d'équipes effectuant de la recherche fondamentale sur les coronavirus en France est resté très limité."  

Yves Gaudin ne cite que deux laboratoires : "L'équipe de Bruno Canard à Marseille sur la machinerie de réplication virale et celle de Félix Rey à l'Institut Pasteur sur l'entrée virale dans la cellule."

Une politique scientifique "basée sur l'émotion"

Nous prenons donc contact avec Bruno Canard. Ses études sur les coronavirus ont débuté en 2002, quelques mois avant que l'épidémie du Sras n'émerge en Chine. Le Sras est une maladie infectieuse des poumons causée par le virus SARS-CoV, un membre de famille des coronavirus. Tous les regards se sont alors portés sur les travaux du laboratoire de Bruno Canard et "de nombreux programmes de recherche ont été lancés sur les coronavirus en Europe et en France." 

Mais les crédits ont commencé à fondre au fur et à mesure que l'épidémie du Sras se retirait de l'actualité, dès l'été 2003. Or, "les programmes de recherche fondamentale demandent beaucoup de temps, souligne-t-il. Si nous avions pu poursuivre sereinement nos recherches, nous aurions eu davantage de connaissances sur les coronavirus, et sans doute pu apporter une réponse pour lutter contre l'actuel Covid-19." Sa crainte ? Qu'une nouvelle fois, tous les chercheurs soient mobilisés dans l'urgence, avant que les fonds alloués ne disparaissent. "La politique scientifique est désormais basée sur l'émotion, comme orientée par les réseaux sociaux." 

Un soutien financier fragile

Le Dr. Etienne Decroly, confrère de Bruno Canard, explique à LCI que leur laboratoire marseillais a poursuivi des recherches sur les coronavirus à bout de bras. "Quand nous avions les finances adéquates, nous pouvions avoir 4 à 5 personnes mobilisées sur un projet. Puis, avec l'arrêt des crédits, ce même projet pouvait continuer avec un chercheur travaillant à temps partiel. Parfois, nous prenions 10% du temps de travail de l'un, 20% d'un autre. Mais je sais que de nombreux labos français ont eux totalement arrêté leurs recherches." 

Une situation délicate qu'Etienne Decroly explique également par le mode de financement de la recherche. "Il y a une vingtaine d'années, les laboratoires fonctionnaient avec 50% de fonds provenant d'organismes statutaires comme le CNRS ou l’Inserm, contre 10% aujourd'hui. Nous sommes de plus en plus soumis aux appels à projets pour survivre, et ces derniers ne nous permettent pas de travailler sur des sujets au long court tels que l'étude des coronavirus." 

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