Et si on diagnostiquait la dépression avec un test vocal sur smartphone ?

Santé

DÉPISTAGE – Des ingénieurs ont détecté des marqueurs de la dépression dans l'empreinte vocale des malades. Ils prévoient de créer une application pour smartphone qui poserait le diagnostic de ce trouble mental.

Raconter à votre téléphone votre journée pourrait peut-être devenir un moyen de diagnostiquer la dépression. L'important, ce ne serait pas seulement ce que vous lui diriez mais la voix avec laquelle vous lui parleriez. En effet, des chercheurs de l'université du Maryland ont révélé lors du 168e congrès de la Société américaine d'acoustique que, lorsque les sentiments dépressifs s'accentuaient, des caractéristiques vocales s'en trouvaient modifiées.

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Phrasé lent

Sachant que la dépression provoque des changements neuro-physiologiques qui affectent la coordination motrice, ils se sont demandé si ce trouble mental n'affectait pas également l'articulation. Pour tester leur hypothèse, ils ont ré-exploité les données d' une étude de 2007 qui, chaque semaine, faisait état du niveau de dépression de 35 patients (en utilisant l'échelle de Hamilton ) et procédait à des enregistrements où ils parlaient librement de leur journée.

Ils ont choisi de se focaliser sur six patients qui, pendant les six semaines de l'étude en question, étaient plus ou moins déprimés. Résultat : quand les patients sont au plus bas, leur phrasé est plus lent et leur voix voilée (on y repère une impression de fuite d’air). À l'inverse, quatre des six personnes parlaient un peu plus vite quand leur condition s'améliorait. Quant à l'impression audible de fuite d'air, elle déclinait chez trois des six individus.

Perturbations acoustiques

Pas si étonnant, fait remarquer à metronews le professeur Antoine Pelissolo, président de l' Association française des troubles anxieux et de dépression (Aftad) : "Un des signes de base de la dépression, c'est le ralentissement. Même sans appareil de mesure, on se rend compte à l'oreille que les déprimés parlent plus lentement."

Outre ce marqueur de langage, les chercheurs ont aussi observé des différences vocales, notamment des fluctuations de fréquence et d'amplitude (des perturbations acoustiques qui se traduisent par une voix plus rauque et enrouée et un ton et un volume irréguliers). Lorsque leur état dépressif s'améliorait, une diminution de cette fréquence et de cette amplitude a été observée chez cinq des six personnes.

La voix du déprimé n'existe pas

À partir de ces résultats, les chercheurs ont établi que la fréquence et l'amplitude seraient des indicateurs pertinents pour le diagnostic de la dépression. Ils souhaitent mener une étude de plus grande ampleur afin de créer le profil acoustique des dépressifs. Un enthousiasme que tempère le professeur Pelissolo : "Il n'y a pas d'un côté 'la voix du déprimé' et de l'autre 'la voix d'une personne normale'." Sans compter que les traitements et l'état physique influent aussi sur la voix.

Quid alors de l'application pour smartphone repérant la signature phonique de la dépression ? Selon le président de l'Aftad, elle serait davantage intéressante en termes de suivi que de dépistage : "Il faudrait détecter dans le temps les variations chez une même personne." Ainsi, si cette application voit le jour, elle pourrait devenir un outil permettant de savoir si la thérapie entreprise fonctionne bien.

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