États-Unis : une patiente tuée par une super-bactérie résistante aux antibiotiques

Santé

INQUIÉTUDE - Le cas de cette patiente, décédée malgré la prise de 26 antibiotiques, ravive le spectre de la super-bactérie. Selon les scientifiques, ces super-bactéries rendraient meurtrières les infections les plus courantes.

26 antibiotiques n'en sont pas venus à bout. Une femme est décédée aux États-Unis, infectée par une bactérie résistante à quasiment tous les antibiotiques existants, ont indiqué vendredi 13 janiver les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Ce décès relance la crainte d'une propagation de ces agents pathogènes mutants, des super-bactéries qui résisteraient aux traitements. 

La patiente, une septuagénaire originaire du Nevada, est morte en septembre à la suite d'un choc septique. Elle avait été admise à l'hôpital le 18 août, après un long séjour en Inde, pour un syndrôme repiratoire grave, infectée par la bactérie Klebsiella pneumoniae. Rare, cette bactérie appartient à la famille des carbapenem-resistant Enterobacteriaceae (CRE) qui sont résistantes à quasiment tous les antimicrobiens sur le marché. Plusieurs fois hospitalisée en Inde, où elle avait longuement été traitée pour une fracture de la jambe, la patiente a été infectée dans ce pays selon les autorités sanitaires. 

La bactérie a résisté à 26 antibiotiques différents, un échec thérapeutique qui s'est soldé par le décès de la patiente , dû à une septicémie. "Nous avons testé tout ce qui était disponible aux États-Unis, rien n'a été efficace", a commenté pour le site Statnews Dr Alkexander Kallen, médecin aux CDC. 

"Une menace urgente pour la santé humaine"

Une telle super-bactérie avait été détectée pour la première fois aux États-Unis en mai 2016, chez une femme de 49 ans qui avait toutefois survécu, son infection ayant fini par réagir à un antimicrobien. Ce dernier cas mortel intensifie les craintes d'une perte d'efficacité des antibiotiques qui rendrait très dangereuses des infections aujourd'hui bénignes. "Ce cas présage d'un futur très mauvais", a averti auprès de Statnews le Dr James Johnson, professeur spécialisé en maladies infectieuses à l'université du Minnesota. 

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La bactérie Klebsiella pneumoniae "est considérée par quasiment toutes les instances sanitaires y compris l'Organisation mondiale de la santé, comme 'une menace urgente pour la santé humaine'", a noté dans un communiqué le professeur Nick Thomson, directeur du groupe de génomique bactérienne au Wellcome Trust Sanger Institute au Royaume-Uni, en réaction au cas signalé aux États-Unis. Le taux de mortalité avec cette bactérie varie entre 40 à 50%.

Vers une ère post-antibiotique ?

Cet expert relève que la grande fréquence des voyages internationaux et la mauvaise qualité des traitements dans certains pays ont facilité la diffusion de cet agent pathogène aux États-Unis. Ainsi, l'Inde, où avait séjourné la septuagénaire, connaît davantage de cas d'infections résistantes qu'aux États-Unis en raison notamment de la mauvaise qualité de l'eau et des conditions sanitaires en général, forçant la population à une forte consommation d'antibiotiques pour combattre les infections surtout intestinales.  L'OMS a averti que le phénomène de résistance aux antibiotiques représentait "un immense danger" et que, si rien n'était fait, la planète se dirigeait vers une "ère post-antibiotique, dans laquelle les infections courantes pourront recommencer à tuer".

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En 2016, le gouvernement britannique estimait qu'en l'absence de mesures pour arrêter la résistance aux antibiotiques, 10 millions de personnes par an pourraient décéder d'infections par ces bactéries d'ici 2050, soit plus que les morts par cancer.

Des prescriptions excessives et à mauvais escient d'antibiotiques et leur usage excessif dans l'élevage sont principalement responsables du phénomène de résistance microbienne.

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