Les cancers chez les enfants : "Ils progressent aussi en France mais se guérissent mieux que chez l’adulte"

Santé

INTERVIEW – Une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiée mercredi, révèle que les cancers qui touchent les plus jeunes d’entre nous sont en augmentation de 13% depuis une vingtaine d’années. Quels sont-ils ? A quoi sont-ils dus ? Peut-on les prévenir ? Réponses d’un spécialiste.

Le cancer n’épargne personne, même pas les plus jeunes. Une étude de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publiée ce maercredi 12 avril dans la revue scientifique The Lancet Oncology montre d’ailleurs que le nombre d’enfants touchés par la maladie ne cesse de progresser à travers le monde. Le taux d’incidence est ainsi passé de 124 à 140 cas pour un million d’enfants depuis les années 1980.  

En France, près de 2 550 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Environ 1 750 chez les enfants et 800 chez les adolescents, selon les chiffres de l’institut national du cancer (INCa). Ces maladies représentent ainsi la deuxième cause de mortalité des 1-14 ans et la troisième des 15-18 ans. 

LCI fait le point sur ce qu’il faut savoir avec le Pr Gilles Vassal, Directeur de la Recherche Clinique à l’Institut Gustave Roussy (IGR) de Villejuif. 

LCI : Quels sont les cancers les plus courants chez les enfants?

Pr Gilles Vassal : Tout dépend de l’âge. Chez les enfants de moins de 15 ans, on observe que la leucémie est le plus répandu des cancers (le cancer du sang représente un tiers des cas), suivie des tumeurs du système nerveux central (20 %), mieux diagnostiquées depuis les années 2000 grâce au développement de l’IRM, et des lymphomes (des cancers qui se développent au niveau du système lymphatique, essentiel dans le processus de défense de l’organisme). Pour les adolescents, la maladie de Hodgkin (une catégorie de lymphome qui touche essentiellement les ganglions du cou, les aisselles et l’aine) prédomine. Viennent ensuite les leucémies aigües et les cancers de la thyroïde.

LCI : Ces maladies sont-elles en hausse en France et sait-on pourquoi ?

Pr Gilles Vassal : A l’instar de l’étude de l’OMS, la France est aussi concernée par l’augmentation du nombre de cancers des enfants. Il existe un registre national des cancers de l’enfant (plateforme HOPE-EPI) qui recense les cas de cancers incluant les enfants de moins de 15 ans. Son but est de déterminer si l’augmentation d’un type de cancer dans un endroit donné est liée au hasard ou à un risque, comme un facteur environnemental.

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LCI : Les chercheurs du CIRC (centre international de recherche sur le cancer) émettent l’hypothèse que l’augmentation du nombre de cancer serait en partie due à l’exposition aux polluants. Qu’en pensez-vous ?

Pr Gilles Vassal : Il n’y a pas de lien prouvé scientifiquement même s’il y a de fortes suspicions qui pèsent sur eux. Dans 90% des cas, on ne connaît pas la cause de la survenue d’un cancer chez l’enfant, c’est pourquoi il est nécessaire d’intensifier les recherches. Identifier les causes nous permettra d’améliorer les traitements ensuite et la survie des enfants.

LCI : Mais les chances de survie des enfants touchés par un cancer restent meilleures que celui des adultes ?

Pr Gilles Vassal : Oui, environ 80% des enfants guérissent, contre 50% des adultes. Il faut bien distinguer l’augmentation du nombre de cancers diagnostiqués de celle de la mortalité. Les cancers des enfants sont bien en hausse mais les patients n’en meurent pas plus qu’avant. La probabilité de survie varie ensuite selon le moment du diagnostic et la localisation des tumeurs. Par exemple, celles du système nerveux central sont plus difficiles à soigner que celle de la rétine. Il faut donc poursuivre nos efforts pour trouver de nouveaux traitements.

LCI : Peut-on prévenir l’apparition des cancers chez les plus jeunes ?

Pr Gilles Vassal : C’est difficile. Les enfants ne fument pas, ne boivent pas d’alcool et se dépensent généralement beaucoup dans les cours de récréation. Leur hygiène de vie est donc plutôt saine. La seule maladie qu’il est possible de réellement prévenir est le cancer de la peau. A l’approche de l’été, il faut veiller à ce qu'ils ne s'exposent pas trop au soleil et bien les protéger des UVA et des UVB.

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