Face aux "Antivax", "rendre les vaccins obligatoires n’est pas la seule solution"

Santé

VACCINS - En Europe, les Français font partie de ceux qui expriment le plus de défiance envers les vaccins. La rédaction de LCI a interrogé à ce sujet Françoise Salvadori, docteure en virologie/immunologie et co-auteure de l’ouvrage Antivax : la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours.

41%. Selon une étude réalisée en 2016 par la London School of Hygiene and Tropical Medicine, c’est le pourcentage de  Français interrogés qui estiment que les vaccins ne sont pas sûrs , soit bien plus que le reste des pays européens (17%).

Comment expliquer cette défiance qui fait de la France le premier pays “antivax” (anti-vaccination) ? Françoise Salvadori nous explique les origines et les raisons de ce phénomène qui inquiète : en janvier dernier, l’OMS a classé l'”hésitation vaccinale” comme l’une des 10 menaces sur la santé mondiale pour 2019.

Le discours "antivaccin" remonte aux débuts même de la vaccination au XVIIIe siècle, comment se fait-il que les antivax soient toujours si actifs aujourd’hui ?

Françoise Salvadori  - C’est le côté communautaire très très fermé qui permet la propagation de rumeurs comme le vaccin qui serait un poison ou bien rendrait impuissant. Aujourd’hui Internet et les réseaux sociaux occupent une place importante dans la propagation de ces fausses informations : les groupes Facebook, les hashtags Twitter… (Sur Amazon, le premier produit proposé en tapant “vaccin” est un ouvrage intitulé “Analyse scientifique de la toxicité des vaccins”, ndlr) Il y a aussi de nombreux blogs et des sites vaccino-sceptiques. En 1998, un médecin anglais a écrit une publication dans un journal scientifique. Un article qui suggérait qu’il y avait un lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. On s’est rendu compte que ces résultats étaient bidonnés et le médecin a été radié de l’ordre des médecins britannique. L’étude a

été retirée mais “l’information” avait déjà été relayée.  Pourtant aujourd’hui il est aux États-Unis et continue sa propagande anti-vaccins. En France un partie des antivax pensent que la nature est bien faite et que finalement on pourrait se passer de vaccin si on prend soin de soi, si on est bien nourri...

Les arguments des antivax sont les mêmes que ceux d’il y a trois siècles ?

Au début de la vaccination au XVIIIe siècle les religions ont toussé un peu. C’était selon certains un attentat à la nature, une atteinte à la providence divine. En Angleterre on a vu ça comme une pratique barbare et de privilégiés. Mais d’autres estimaient qu’il fallait se protéger. À peu près autant étaient pour que contre. L’Eglise catholique ne s’est jamais opposée de façon radicale à la vaccination. Toutes les religions actuelles la défendent mais dans chacune d’entre elles il y a des mouvances ou des sectes antivax. L’exemple le plus récent est celui des communautés juives orthodoxes de Brooklyn. En France il y a les communautés catholiques intégristes de Monseigneur Lefebvre. Il y a la Bible Belt aux Pays-Bas, des protestants ultra-orthodoxes… Des sectes très très minoritaires mais souvent à l’origine d’épidémie. Des extrémismes sectaires qui mettent en avant des raisons religieuses mais il n’y a pas que ça. Parfois la religion n’est qu’un prétexte ou une  façade.

Face à ce discours antivax en France, l’obligation vaccinale est-elle le meilleur des remèdes ? 

En France nous sommes passés de 3 à 11 vaccins obligatoires. C’est à mon avis un danger car cela peut renforcer la méfiance. Le fait que tout le monde doit être vacciné alors que les gens aspirent plus à une médecine individualisée a un aspect

"old-fashion". C’est pénétrer dans l’intimité des familles qui voudraient garder la main sur cette décision là. On a cet affrontement entre le désir de liberté individuelle mais le fait aussi que la vaccination n’est efficace que si généralisée. Il y aura toujours cette incompatibilité et c’est ce qui est difficile à comprendre. En arriver en 2018 à rendre obligatoire 11 vaccins cela témoigne d’un échec de la communication en terme de santé publique. C’est le prix qu’on paie pour plusieurs scandales sanitaires qui ont largement ébranlé la confiance des Français. Le sang contaminé, le Mediator… Pour la grippe H1N1 il n’y a pas eu de scandale mais c’était une campagne ratée. Aujourd’hui le discours antivax est partout dans le monde et touche toutes les catégories sociales. Le ministère de la Santé s’entoure désormais de personnalités venues des réseaux

sociaux, avec des YouTubeurs qui ont des approches plus modernes. Il faut énormément travailler avec les médecins, les pharmaciens, les infirmiers, les impliquer davantage dans cette campagne de vaccination car eux aussi peuvent

parfois être en proie au doute.

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