Covid-19 : est-il pertinent de se faire tester avant Noël et le jour de l'An ?

Covid-19 : est-il pertinent de se faire tester avant Noël et le jour de l'An ?

DERNIERE MINUTE - Si l'idée d'un dépistage du SARS-CoV-2 juste avant les fêtes a traversé l'esprit de certains, des professionnels de santé abondent en effet en ce sens. Mais jusqu'où cette précaution s'avère-t-elle pertinente ?

"Il vaut mieux prévenir que guérir" : le dicton serait-il plus que jamais d'actualité à l'approche de ce premier Noël sous Covid ? Si deux tiers des Français comptent passer ce traditionnel moment uniquement avec leur famille la plus proche (conjoint, enfants) selon un récent sondage, d'autres ne comptent pas renoncer à se réunir même si c'est en comité plus restreint qu'une année ordinaire. Ce jeudi, le Premier ministre Jean Castex a toutefois recommandé de suivre la "règle de six", hors enfants, à table en prévision des fêtes de fin d'année. Une jauge qui ne fait pas l'unanimité, y compris chez les professionnels de santé en première ligne dans cette crise.

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C'est le cas du Pr Philippe Juvin, chef du service des Urgences à l'hôpital Georges Pompidou et maire LR de la Garenne-Colombes, qui, a appelé ce vendredi sur France Info à "arrêter 'd'infantiliser les Français" ajoutant que "les gens sont tout à fait raisonnables". Et de poursuivre : "Le chiffre de six est tellement arbitraire [...].  La confiance, c'est seulement quand on comprend les décisions qui sont prises et franchement, le six, je ne le comprends pas beaucoup". En revanche, alors que les conseils fusent ces derniers jours pour passer des fêtes de fin d'année en famille tout en prenant le maximum de précautions, le médecin a ajouté sa contribution. "Il faut simplement peut-être leur donner [aux Français] les moyens de se tester avant les fêtes [...]. Si on disait aux gens 'Voilà, vous pouvez vous tester une heure avant le diner de Noël', les choses seraient plus simples", a-t-il ainsi lancé. Alors, un dépistage de dernière minute est-il la solution ? Quelles sont les limites à cette précaution ? 

Quelle pertinence ?

Nombreux sont les spécialistes à préconiser ce dépistage de dernière minute. C'est d'ailleurs en ce sens que vont les recommandations des partisans du dépistage de masse en France dont Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille. Cela fait des semaines que ce spécialiste en santé publique encourage en effet à tester tous les Français avant le 24 décembre, insistant sur le nécessaire "traçage des asymptomatiques" si l'on veut éviter un énième rebond après les fêtes, voire un troisième confinement. Comme de nombreux épidémiologistes, il rappelle que ce que nous connaissons de la circulation du virus n'est qu'une petite partie de la circulation réelle. "Lorsqu'on détecte un cas positif, cela signifie qu'il y a au moins deux ou trois autres cas non détectés et asymptomatiques derrière", rappelle-t-il, insistant sur le fait que "ce sont ces gens-là qu'il faut trouver". C'est donc là que résiderait le principal risque des retrouvailles de fin d'année, qui plus est dans des circonstances où le port du masque n'est pas forcément possible. "Le moment du repas est le plus risqué", insistait encore à ce sujet le président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris), Rémi Salomon, il y a quelques jours.

Pour toutes ces raisons, par précaution, des membres de différents foyers ont en effet l'option de se faire tester avant de se réunir. Mais la pertinence de cette démarche dépend de plusieurs paramètres. En premier lieu, le dépistage doit être programmé à une date la plus proche possible de celle des retrouvailles avec sa famille. "Entre 24 et 48 heures avant", idéalement, préconise François Blanchecotte, Président du syndicat national des biologistes (SDB) sur BFMTV. Pour autant, le "test antigénique ne doit pas être une façon de se rassurer pour les fêtes" et d'en oublier le respect des gestes barrières, insiste de son côté Luc Duquesnel, président du syndicat Les Généralistes-CSMF, pour 20 Minutes. Et ce pour trois raisons principalement. 

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Quelles limites ?

Tout d'abord, pour rappel, les résultats des tests ne délivrent une information qui ne concerne que le moment où a lieu le prélèvement. Il est ainsi tout a fait possible d'être testé négatif deux jours avant le réveillon et d'être infecté quelques heures avant le moment des retrouvailles. 

Ensuite, il existe un risque de faux négatif, c'est-à-dire que, malgré la charge virale présente dans l'organisme, le test n'a pas permis de la détecter. Dans cette hypothèse, le risque serait que des personnes se pensant non porteuses du virus lèvent la garde, notamment concernant le respect des gestes barrières, et contaminent leurs proches alors qu'elles pensaient avoir écarter le danger. Or, seul un dépistage renouvelé à quelques jours d'intervalle permet de lever le doute sur les faux positifs. 

Enfin, rappelons que la période d'incubation du virus est variable d'une personne à l'autre, celle-ci oscillant en moyenne entre trois et sept jours pour la majeure partie des cas. Non seulement, le risque de faux négatif est plus élevé pendant la période d'incubation mais en plus il est possible de transmettre le virus pendant ce laps de temps très aléatoire.

Pour quels tests opter ?

Avec une fiabilité d'environ 95% selon la Haute Autorité de Santé (HAS), le test de référence pour dépister la Covid-19 par RT-PCR via un prélèvement nasal, se présente a priori comme le plus approprié pour cette démarche. Particulièrement pour les personnes à risque.  Mais malgré les progrès observés ces derniers mois, les délais d'attente sont parfois encore longs, pouvant aller jusqu'à jours jours dans certains laboratoires. 

Egalement réalisé par prélèvement nasal notamment en pharmacie, le test antigénique serait fiable à 62% (au moment de l'apparition des symptômes ou pour les asymptomatiques) à 80% (trois jours après l'apparition des symptômes) selon les estimations. Selon des travaux menés par des chercheurs de Johns Hopkins, il occasionne un risque de faux négatif d'environ 20% concernant les personnes symptomatiques et d'environ 38% pour les asymptomatiques. Son gros avantage est qu'il permet de délivrer un résultat en moins de 30 minutes. 

Enfin, les tests salivaires, bien qu'à présent autorisés, ne le sont que sous certaines conditions et pour un type de test bien déterminé à savoir sur des personnes qui présentent des symptômes du Covid-19 et uniquement s'il s'agit du test EasyCov dit "intégré".  La HAS évalue la fiabilité des tests salivaires de 50 à 60 % "et il faut que ce soit fait dans les meilleures conditions possibles : le matin, à jeun, sans s'être lavé les dents".

Tester vite et en nombre juste avant Noël, c'est possible ?

Là encore, les partisans du dépistage de masse ont une palette d'arguments pour répondre à l'affirmative, assurant qu'"on a les structures et les moyens" en France de tester à grande échelle dans un laps de temps très restreint. Selon le Pr Philippe Amouyel, le déploiement d'une stratégie comme celle-ci en France repose sur deux points : la volonté du gouvernement et l'organisation qui en découle. Le cas échéant, cette dernière devrait être "militaire" pour obtenir les résultats escomptés et  pouvoir compter sur toutes les forces vives, "en formant notamment des infirmiers et étudiants au prélèvement nasal".

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