Une vie plus normale "mi-avril" : faut-il y croire ?

Une vie plus normale "mi-avril" : faut-il y croire ?

ESPOIR - Le gouvernement évoque - avec prudence - un début de sortie de crise à la mi avril à la faveur de la vaccination et de conditions météorologiques plus favorables. LCI fait le tour des cases à cocher qui pourraient permettre de retrouver notre vie d'avant.

Avec toujours 25.000 nouveaux cas de Covid par jour, peut-on vraiment croire à une sortie du tunnel dans seulement 6 semaines ?  Quand Emmanuel Macron indiquait dimanche qu'il fallait tenir encore "quatre à six semaines", Gabriel Attal évoquait mercredi une réouverture progressive du pays "peut-être dès la mi-avril". Même son de cloche - teinté  cependant de plus grande  prudence - de Jean Castex et Olivier Véran jeudi soir. "On peut penser qu'à la mi avril il nous soit possible de relacher un certain nombre de contraintes", a confirmé le ministre de la Santé en refusant cependant de fixer une date précise indiquant même que cela pouvait être "fin avril ou début mai".   

Ce constat est il plausibile alors que 23 départements sont désormais sous surveillance renforcée ?  Certains scientifiques, comme le professeur Didier Pittet, chef du service Prévention et Contrôle des infections aux Hôpitaux universitaires de Genève, y croit. Sur LCI ce jeudi, le co-inventeur du gel hydroalcoolique a estimé que d'ici "six à huit semaines", la France pourra "relâcher" la pression progressivement. Quelles conditions seraient alors à réunir ? LCI fait le point.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

L'accélération de la campagne de vaccination

Pour avancer de telles projections, les plus optimistes comptent sur l'avancée crescendo de la campagne de vaccination. Fin mars, le gouvernement voudrait avoir primo-vacciné 8 millions de Français. 3,1 millions d'entre eux ayant déjà reçu, ce 4 mars, une première dose, il reste encore 4,9 millions de doses à injecter. Mais alors qu'au mois de février, on comptait en moyenne à peine 50.000 premières doses injectées par jour, l'objectif paraît très ambitieux. Son atteinte nécessiterait l'injection quotidienne de 129.000 doses. Soit un rythme 2 fois et demi plus élevé, réalisé 7 jours sur 7.

De plus, la vaccination de 8 millions de Français fin mars ne représenterait que la protection contre le virus de 11% de la population Française. Une proportion qui apparaît assez faible, comparé à Israël qui commence à peine à lâcher du lest avec plus de 50% de ses habitants vaccinés.

Davantage de soignants vaccinés

C'est l'autre message de la conférence de presse de Jean Castex jeudi soir : l'appel au personnel des résidences des Ehpad à se faire vacciner. "Je les invite solennellement à le faire très rapidement." Interviewé par LCI, Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, souligne en effet l'importance de la vaccination du personnel soignant pour espérer entrevoir une sortie de crise. "Ce sont eux qui sont en première ligne et ils peuvent être malades comme n'importe qui et transmettre le virus à leurs patients", insiste-t-il.  36% du personnel médical de l’AP-HP a reçu au moins une dose de vaccin, et seulement 17 à 18% des autres catégories, essentiellement les infirmières et les aides-soignants. En Ehpad, Santé publique France recense 42,3 % de professionnels (de santé ou non) ayant reçu au moins une dose, soit près de deux fois moins que pour les résidents (83,3 %). 

Si ce faible engouement des soignants pour la vaccination pose une question "éthique", selon le ministre de la Santé, il a aussi, désormais, une conséquence grave : le Covid-19 se transmet de plus en plus à l’hôpital au point d'être devenu la première maladie nosocomiale, à savoir contractée dans un établissement de santé. Ainsi, Santé publique France (SpF) a recensé près de 45.000 cas de Covid nosocomial entre janvier 2020 et le 14 février 2021, rapporte Le Figaro. 26.839 étaient des patients, dont 186 sont décédés, tandis que 17.552 étaient des professionnels de santé et 10 des visiteurs. À noter que dans un tiers des cas, un personnel de santé se trouvait à l’origine de la contamination.

Les variants, cette ombre au tableau

Quand bien même le gouvernement parviendrait à atteindre ses objectifs de vaccination, une étude de l'institut Pasteur publiée le 24 février démontre que la progression de la campagne de vaccination ne permettra malgré tout pas d'éviter un bond des hospitalisations à un niveau supérieur au pic de la première vague en raison de la progression du variant dit "britannique". Selon les modélisations des chercheurs, il devrait représenter la quasi-totalité (91%) des cas au 1er avril. "Les patients qui entrent en service de réanimation ont rajeunit de 6 à 7 ans, mais on a toujours autant d’entrées en réanimation", témoigne ainsi Philippe Amouyel. 

Invité le 9 février sur LCI, Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, prédisait déjà des mois de mars et avril "difficiles" en raison de la progression des variants. "C'est le moment où on devra faire la soudure entre un variant en train de progresser et qui remet de la tension sur le système hospitalier et le fait que la population fragile ne sera pas encore vaccinée", expliquait-il.

Pour Philippe Amouyel, la solution la plus efficace est de "vacciner le plus de monde possible le plus vite possible" pour éviter la réplique du virus et l'augmentation du risque de voir émerger de nouveaux variants, "contre lesquels on n’est pas surs que les vaccins actuels fonctionnent".

La hausse des températures

Comme le rappelait Arnaud Fontanet sur LCI, "le climat a aussi vraiment un impact". En octobre dernier, le retour en force du virus avait ainsi été attribué par un certain nombre d'observateurs aux premiers rafraîchissements de l'automne. "Il se passe quelque-chose", avait notamment commenté le Directeur général de la Santé Jérôme Salomon, soulignant que les conditions météorologiques avaient "profondément changé" en Europe deux semaines avant la deuxième vague qui a déferlé sur l'Europe. "Lorsqu'il fait entre 3 et 17 avec un taux d'humidité particulier, ce que nous disent les études scientifiques, c'est que les conditions de transmission sont réunies", expliquait de son côté en décembre le ministre de la Santé Olivier Véran sur France 5. Plus récemment, le 26 février, l'Institut Pasteur a publié une pré-étude dans laquelle la "dépendance importante de la transmission du SARS-CoV-2 à la météo" et au climat est confortée.

Avec le réchauffement des températures, le virus devrait donc moins circuler dans les semaines à venir. L'an dernier, et alors que les variants n'étaient pas encore de la partie, le pic des contaminations avait été atteint au 1er avril, avant de décroître progressivement. Le schéma pourrait possiblement se reproduire cette année, mais à la condition du maintien des efforts des Français, tentés de relâcher les habitudes prises ces derniers mois. En témoignent les images des berges de la Garonne ou des quais de Seine bondés le week-end dernier.

"Plus que jamais, le respect des règles sanitaires, du couvre-feu, des gestes barrières, sont un impératif majeur (...) Je mesure qu'il est de plus en plus difficile à mesure que la météo s'adoucit, que les journées se rallongent, mais nous devons absolument maintenir ces efforts et tenir ensemble" avait souligné le 17 février, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, lors de son point presse hebdomadaire, témoignant l'inquiétude de l'Exécutif sur la question. L'an dernier, et alors que les variants n'étaient pas encore de la partie, le pic des contaminations avait été atteint début avril, avec une surmortalité de 60%.

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Compte tenu du nombre toujours insuffisant de Français et de personnels soignant vaccinés, de l'évolution des variants et des données sanitaires actuelles, Philippe Amouyel dit ne pas pouvoir présager, de son côté, une réelle "sortie du tunnel" d'ici quelques semaines. Il estime en revanche que les taux de contamination actuels sont bien trop élevés pour envisager tout relpachement. "Lors du deuxième confinement en octobre, Emmanuel Macron indiquait que la condition incontournable à un retour à la normale était d'atteindre moins de 5000 contaminations par jour. Là, on a 4 fois plus de cas que ce qui devait nous servir à sortir du confinement", fait-il remarquer.

Si le gouvernement en vient à relâcher les mesures sanitaires mi-avril, le professeur questionne sur le prix à payer. "On a, depuis octobre, en moyenne plus de 10.000 hospitalisations, 1650 réanimations et 2500 décès par semaine", insiste-t-il.

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