Fumer du cannabis rendrait-il plus intelligent ?

Santé

DROGUE – Outre les effets psychotropes, fumer régulièrement des joints n'est pas sans conséquence sur votre cerveau. Explications.

Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée par les Français. 6,5% des jeunes de 17 ans sont des fumeurs réguliers, de même que 2,1% des adultes de 18 à 64 ans, rappelle l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies . Or, selon une étude publiée dans la revue PNAS , la consommation régulière de marijuana a des effets non négligeables sur le cerveau : les fumeurs de marijuana auraient moins de matière grise.

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Importance de l'âge de début de consommation

Les chercheurs ont ainsi observé par IRM le volume de la matière grise (où se situent les neurones) et l'intégrité de la substance blanche (qui relie entre eux les neurones) de 48 fumeurs entre 28 et 30 ans et l'ont comparé à ceux de 62 non-fumeurs du même âge. Résultat : chez les consommateurs réguliers de cannabis, le volume du cortex orbitofrontal (une région-clef pour la prise de décision, le système de récompense et les comportements addictifs) est moins important que chez les non-fumeurs.

Francesca M. Filbey, qui a mené cette étude, explique à Medscape Medical News que l'âge de début de cette consommation a son importance : "Le cerveau de ceux qui ont commencé à avoir un usage régulier à l'adolescence semblait subir des effets plus conséquents." Ce phénomène de réduction de matière grise était en effet encore plus visible chez ceux qui avaient commencé à fumer jeunes.

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Moins de matière grise mais... des neurones mieux connectés !

Mais, contrairement aux précédentes études menées sur des rongeurs, les constats des chercheurs ne se réduisent pas à ce moindre volume de substance grise. En effet, la connectivité dudit cortex était plus importante chez les fumeurs réguliers ! Hypothèse des auteurs : cette connectivité entre les neurones serait un moyen pour le cerveau de compenser la mauvaise performance de la matière grise moins volumineuse.

Sauf que rien ne prouve que ce volume de substance grise est une conséquence de la consommation régulière de marijuana (d'autant que l'étude n'a pas été menée sur la durée et n'a fait que comparer des individus à un moment donné). Ce serait plutôt l'inverse : une étude de 2012 avait ainsi souligné que les jeunes de 12 ans avec un petit cortex orbitofrontal avaient plus tendance à commencer à fumer des joints avant 16 ans. Ce qui sous-entend que les déficits de cette région du cerveau peuvent prédisposer à des comportements addictifs.

Sachant que les chercheurs ont remarqué que le QI du groupe fumeur était plus faible que celui des non-fumeurs, c'est donc peut-être le faible volume de matière grise qui a poussé à la consommation de marijuana... et non pas le contraire !

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