Glyphosate : Macron veut une interdiction "au plus tard dans 3 ans", malgré le renouvellement de 5 ans en UE

POLITIQUE - Le glyphosate, un herbicide dont le caractère cancérogène fait débat, a été renouvelé pour 5 ans dans l'UE à l'issue d'un vote des pays européens. La France, qui défendait une autorisation de 3 ans maximum, s'est retrouvée en minorité.

Union européenne ou pas, ce sera 3 ans, pas plus. Emmanuel Macron a tranché à sa manière le dossier du glyphosate, après qu'un vote des pays européens a validé ce lundi un renouvellement de 5 ans. "J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans", a annoncé le président de la République sur Twitter, lundi soir.


Quelques minutes plus tard, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot s'est dit "un peu triste" sur RTL, et estime que "5 ans c’est trop long et les mesures d’accompagnements me semblent pour l’instant insuffisantes mais c’est le jeu des institutions européennes, il faut le respecter". 

Un ralliement surprise de l'Allemagne au renouvellement de 5 ans

Lundi après-midi, les États membres de l'UE votaient sur l'autorisation pour 5 ans du glyphosate lors d'un comité d'appel, après plus de deux ans de débats intenses sur cet herbicide controversé. Alors que l'actuelle licence du glyphosate expire le 15 décembre, les pays européens avaient échoué à se mettre d'accord le 9 novembre sur la durée du renouvellement. Contre toute attente, lundi, la majorité qualifiée (16 États représentants 65% de la population de l'UE) a été atteinte pour un renouvellement de 5 ans, grâce au ralliement surprise de l'Allemagne


Avant Emmanuel Macron, plusieurs membres du gouvernement français ont réagi à l'annonce du renouvellement de 5 ans du glyphosate. Et force est de constater qu'ils n'avaient pas tous le même avis sur la question avant que le président ne tranche. Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès de Nicolas Hulot, a d'abord affirmé que la France "reste déterminée à sortir du glyphosate en moins de cinq ans", malgré le vote des États européens.

Le ministre de l'Agriculture "heureux" qu'un accord européen ait été trouvé

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, s'est, ensuite, dit "heureux" qu'un accord européen ait été trouvé. Et de voir comme un "progrès" le fait que la Commission européenne soit passée d'un projet de renouvellement de 10 ans en juillet, à 5 ans en novembre. Ce dernier plaidait au départ pour un renouvellement de 5 à 7 ans, avant que la ligne de Nicolas Hulot - un renouvellement de 3 ans maximum - ne l'emporte. 


Puis c'était au tour de Matignon, sollicité par l'AFP, d'affirmer que la France "regrette" le vote européen de lundi réautorisant le glyphosate pour 5 ans et demande à la Commission européenne de faire "rapidement des propositions de réforme du cadre européen d'évaluation des substances chimiques, afin de renforcer sa transparence et son indépendance".


En décidant, malgré l'autorisation européenne, de rester sur une autorisation de 3 ans, Emmanuel Macron tranche un débat toxique et donne du crédit à la ligne de Nicolas Hulot au sein du gouvernement.

Le travail de sape de Monsanto l’emporte sur le principe de précautionGreenpeace

Cette autorisation de 5 ans par les pays européens semblait satisfaire les organisations les plus favorables au glyphosate : les industries chimiques et les principaux syndicats agricoles. Le premier syndicat européen d’agriculteurs, le Copa-Cogeca a évoqué "une bonne nouvelle (...) mettant fin à l’incertitude pour les agriculteurs et leurs coopératives", mais aurait préféré une autorisation de 15 ans, tout comme le chimiste allemand Bayer.


Quant à Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, principal syndicat agricole français, elle met en avant "le réalisme d’un certain nombre de pays" et se félicite du vote des pays européens "plus proche du temps scientifique que du temps politique".


Les écologistes ont quasi unanimement critiqué cette autorisation de 5 ans. "Bayer et Monsanto ont réussi à tordre le bras à Mme Merkel", a affirmé l'eurodéputé José Bové. Sa collègue Michèle Rivasi estime  que, "en dépit de la présomption de conflits d'intérêts, de dysfonctionnements des agences européennes et de falsifications des études scientifiques, la Commission européenne a pris le parti de l'industrie au détriment des consommateurs et de la santé publique". Pour Greenpeace, "le travail de sape de Monsanto l’emporte sur le principe de précaution".

En mai 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (un organe de l'OMS) a classé le glyphosate comme "cancérogène probable". Mais la Commission européenne, qui a proposé le renouvellement de 5 ans, s'était appuyée sur le feu vert de ses agences scientifiques, l'Efsa et l'Echa (sécurité alimentaire et produits chimiques), qui n'avaient pas classé la substance comme cancérogène sur la base d'autres études. Des accusations d'influence sur ces études scientifiques de l'industrie phytosanitaire et du géant américain Monsanto en particulier sont venues contribuer au débat.

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