Qu'est-ce que le glyphosate, l'herbicide controversé sur lequel l'UE n'arrive pas à se mettre d'accord ?

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RÉCAP' - Le gouvernement souhaite interdire en France le glyphosate, molécule que l'on retrouve notamment dans le désherbant Roundup de Monsanto. Les agriculteurs s'y opposent farouchement. C'est quoi cet herbicide ? Pourquoi crée-t-il la polémique ? LCI.fr fait le point, alors que l'Union européenne n'arrive toujours pas à se mettre d'accord sur la durée de renouvellement de la licence du glyphosate.

Interdire en France toute utilisation de glyphosate, c'est ce que souhaite le gouvernement. Une décision qui fait bondir les organisations d'agriculteurs, qui souhaitent de leur côté continuer à utiliser ce désherbant. La polémique sur cette molécule n'est pas nouvelle, alors pourquoi revient-elle aujourd'hui sur le devant de la scène ? 


Tout simplement parce que la licence de cette molécule arrive à son terme au sein de l'Union Européenne d'ici à la fin de l'année. A l'inverse de la France, la Commission européenne a fait savoir qu'elle souhaitait prolonger son autorisation de 10 ans, avant de tenter de trouver un accord pour 5 ans. Pour cela, elle a besoin de l'aval des Etats membres, mais le vote qui devait intervenir jeudi 9 novembre a une nouvelle fois échoué. La France et d'autres pays plaidaient pour 3 ans maximum, tandis que certains réclament un renouvellement pour 7 ans.

Qu'est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est une molécule pourvue de propriétés herbicides. Seul, il est peu efficace, mais les industriels y ajoutent des produits chimiques pour le rendre plus actif et faciliter son absorption par les plantes. La molécule pénètre par les feuilles et se diffuse jusqu'aux racines. Il s'agit-là d'un herbicide total, autrement dit, il tue toutes les plantes sans distinction - excepté celles génétiquement modifiées pour lui résister. Une méthode radicale qui n'empêche pas de semer ou de replanter environ une semaine après sa pulvérisation pour une simple et bonne raison : cette molécule est inactivée au contact du sol. On la retrouve notamment dans le Roundup, ce désherbant courant produit par Monsanto.

Pourquoi vouloir l'interdire ?

La France avait annoncé cet été qu'elle voterait contre la proposition de la Commission européenne de prolonger l'autorisation du glyphosate. Le gouvernement restait ainsi conforme aux engagements d'Emmanuel Macron sur le sujet.  La raison : des risques sur la santé. Le ministère de la Transition écologique avait invoqué le 30 août dernier "des incertitudes qui demeurent sur sa dangerosité". Des arguments, repris ce samedi par Nicolas Hulot, dans une interview parue dans Ouest France : "La justice et l'Histoire nous rattraperont" si rien n'est fait pour remédier au problème phytosanitaire, a-t-il affirmé.  "Contre le glyphosate et son rôle de perturbateur endocrinien, et peut-être d'antibiotique surpuissant, il y a un faisceau de présomptions qui justifie d'appliquer le principe de précaution", avait-t-il ajouté. Mais le sujet divise au sein même du gouvernement : Si Nicolas Hulot a défendu une sortie du glyphosate d'ici trois ans, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert s'était prononcé pour une reconduction pour cinq à sept ans, et Matignon avait évoqué fin octobre un maximum de quatre ans.


En mars 2015 déjà, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classait le glyphosate comme une substance "probablement" cancérogène. Des études publiées cette même année dans la revue scientifique The Lancet évoquent également des risques de lymphomes (cancer du sang), mais aussi des impacts négatifs sur les organes de détoxification de l'organisme, le foie et les reins, ainsi qu'au niveau du système hormonal. Et ce, même à très faible dose. Mais certains scientifiques estiment que ces études ne sont vraies que pour une ingestion à forte dose : l'OMS a ainsi indiqué en 2016 que le risque cancérogène du glyphosate était improbable. Sans contredire le CIRC, elle explique à titre de comparaison que les ultraviolets sont classés comme cancérogènes alors que l’exposition de la population au soleil ne l'est pas.

Pourquoi les agriculteurs s'opposent-ils à cette interdiction ?

Les agriculteurs estiment quant à eux que le risque sanitaire n'est pas encore pleinement prouvé. Surtout, l'utilisation de ce désherbant augmente leur rendemain. Il leur évite notamment de labourer, une activité qui nécessite de la main d'oeuvre, du carburant pour les tracteurs et du temps. "Le glyphosate est très utilisé par les agriculteurs, que ce soit pour nettoyer les champs avant les semences ou avant la levée des semences. Il est aussi employé sur les cultures de céréales, de colza, de maïs et de tournesol pour faire sécher les plantes, pratique que l’on appelle la dessiccation", explique ainsi l'association Les amis de la Terre. Ce désherbant est d'ailleurs en tête des ventes, avec pas moins de 8.000 tonnes par an, rien que pour le marché français.

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Agriculture : Comment se passer du glyphosate ?

La France peut-elle agir à contresens de l'Union Européenne ?

Du côté du gouvernement, on assure vouloir négocier "un plan de sortie du glyphosate", tout en assurant que des moyens seront donnés pour trouver des produits de substitution, mais la décision finale reviendra à l'Union Européenne. 


La Commission européenne souhaitait initialement reconduire pour 10 ans la licence du glyphosate. Pour obtenir la majorité qualifiée, elle doit obtenir le soutien de 16 des 28 Etats membres, représentant au moins 65% de la population de l'UE.  Début octobre, elle a demandé aux pays qui ne s'étaient pas encore prononcés sur la question de "donner leur position". Les Etats membres restaient divisés : si  l'Autriche et l'Italie ont, comme la France, publiquement déclaré leur opposition, "plusieurs" ont apporté leur soutien à la proposition d'une nouvelle autorisation de 10 ans, "quelques uns" n'avaient pas encore décidé, avait-elle indiqué, sans donner de nom. Après un précédent échec, la commission a revu sa proposition à la baisse, la limitant à cinq ans. Mais là encore, les Etats-membres n'ont pas réussi à se mettre d'accord pour un renouvellement.

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