Greffe du visage : des avancées spectaculaires en dix ans

Santé
TRANSPLANTATION – L’annonce du décès d’Isabelle Dinoire, ce mardi, a suscité beaucoup d’émoi. Et pour cause, c’est la première femme à avoir reçu une greffe du visage. De la greffe partielle à la greffe complète, LCI fait le point sur une opération des plus périlleuses.

Il y a un peu plus de dix ans, Isabelle Dinoire, 38 ans, devenait la première patiente à bénéficier d’une greffe du visage. Une première mondiale. Et l’opération, dirigée à l’époque par le Pr Bernard Devauchelle en collaboration avec le Pr Jean-Michel Dubernard, fut un succès. Deux mois après avoir été défigurée par son chien, la Française a peu à peu retrouvé une sensibilité au niveau du visage et l’usage de la parole. 


Le 22 avril 2005, date de la greffe partielle (nez-lèvres-menton) réalisée sur Isabelle Dinoire, dont le décès a été annoncé ce mardi, marque ainsi l’une des plus grandes avancées de l’histoire de la transplantation. Ont suivi des greffes de plus en plus complètes.


Six dates clés

  • 121 janvier 2007

    Un Français qui souffrait de neurofibromatose de type 1 – une maladie incurable qui déforme le visage – bénéficie d’une greffe nez-bouche-menton mais aussi d’une partie des joues au CHU Henri-Mondor de Créteil.
  • 2Décembre 2008

    Une Américaine, défigurée par une balle tirée par son mari, se fait greffer 80% du visage à la Cleveland Clinic (Etats-Unis).
  • 34-5 avril 2009

    Un Français gravement brûlé bénéficie d’une transplantation faciale et des deux mains. L’homme de 30 ans est décédé deux mois plus tard d’une "défaillance cardiaque".
  • 4Juin 2010

    Un patient atteint d’une maladie génétique bénéficie d’une greffe totale du visage avec paupières et système lacrymal à l’hôpital de Créteil.
  • 519 et 20 mars 2012

    Un homme défiguré suite à un accident se fait transplanter deux mâchoires, des dents et la langue, en plus de la face au Centre médical de l’Université du Maryland (Etats-Unis).
  • 6Août 2015

    Un ex-pompier volontaire bénéficie d’une greffe totale du visage mais aussi d’une greffe du cuir chevelu, des oreilles et des conduits auditifs. Cette intervention est présentée comme la plus aboutie.
Des résultats fonctionnels et esthétiques supérieurs CHU Amiens

En tout, 36 transplantations faciales ont été réalisées dans le monde, dont dix se sont déroulées sur le sol français. Le centre hospitalier d’Amiens, où a été traitée Isabelle Dinoire, révèle dans un communiqué que six de ces patients sont décédés depuis.


Selon les mêmes médecins, ces opérations réalisées "ont montré que la transplantation de face donnait des résultats fonctionnels et esthétiques très supérieurs à ceux offerts par la chirurgie conventionnelle réparatrice". Pourquoi ? Une seule opération permet "une reconstruction de la face avec un retour des fonctions majeures telles que la phonation, la déglutition, la mastication, la compétence orale qui permet de garder la salive et de ne pas baver". Grâce aux tissus du donneur, le patient greffé peut ainsi reprendre plus facilement une vie sociale. Car "retrouver son visage, c’est récupérer son identité ".


Les risques des traitements immunosuppresseurs

Mais pour éviter le rejet du greffon, les patients doivent prendre de lourds traitements immunosuppresseurs pendant toute leur vie. Ces derniers inhibent l’activité du système immunitaire. S’ils ont l’avantage d’empêcher l’organisme de rejeter les tissus ou les organes, ils favorisent aussi le développement de certains cancers et lymphomes. De plus, les patients ont plus de risques de développer un diabète, une insuffisance rénale ou une hypertension artérielle. 


Au final, la transplantation faciale, toujours en cours d’évaluation, "ne peut pas être considérée comme une activité de routine", concluent les médecins.


En vidéo

Décès d'Isabelle Dinoire : un an après sa greffe du visage

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