Grippe saisonnière : victimes de son succès, le vaccin vient déjà à manquer

Grippe saisonnière : victimes de son succès, le vaccin vient déjà à manquer

SANTE - Le vaccin contre la grippe, particulièrement plébiscité en cette période de crise sanitaire, est déjà en rupture dans un tiers des officines de l’Hexagone. Les autorités sanitaires assurent avoir anticipé l'afflux de demandes et provisionné suffisamment de doses. Selon les médecins, inutile pour autant de s'inquiéter, les gros pics de grippe saisonnière ne surviendront pas avant Noël.

A Dijon (Côte-d'Or), comme ailleurs, se procurer le précieux vaccin relève du chemin de croix. L'épidémie de coronavirus accentue la demande et les pharmacies sont prises d’assaut : en une semaine, plus de 5 millions de doses ont été vendues dans les 21.500 officines de France, confirme Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). C’est presque deux fois plus que l’an dernier à la même période.

Un succès qui a un revers. Face à la ruée des Français pour se faire vacciner, les stocks disponibles sont déjà mis à mal, comme en témoigne une cliente dans une pharmacie de Dijon. "J’ai entendu dire qu’il y aurait des ruptures. Je voulais avoir une garantie. Visiblement, je m’y suis prise trop tard", raconte une cliente qui repart bredouille. Pourtant, la pharmacienne avait été prévoyante. "J’en ai commandé 450 unités, c’est à peu près 30% en plus que l’an dernier", affirme Anne Gentet, à la pharmacie des Godrans de Dijon. 

Et quand il y a encore des doses disponibles, elles sont destinées aux personnes dites à risque, autrement dit aux plus vulnérables, conformément aux recommandations de la Direction générale de la Santé (DGS). Mais là aussi, face à l’afflux de demandes, les réserves encore disponibles sont dérisoires. "Il nous en reste six. Ce soir, il n’y en aura plus", confie Marielle Guichot, à la pharmacie Saint-Michel de Dijon. 

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L’épidémie de grippe saisonnière

Sans l'épidémie de Covid-19, je ne serais pas venu pour me faire vacciner. Mais apparemment, c'est très conseillé cette année.- Un client dans une pharmacie de Dijon.

Compte tenu de la crise sanitaire, nombreux sont ceux qui se font vacciner pour la première fois cette année. A l'instar de ce client venu pour obtenir le précieux vaccin. "Sans l'épidémie de Covid-19, je ne serais pas venu pour me faire vacciner. Mais apparemment, c'est très conseillé cette année", explique le quadragénaire. A ses côtés, une autre cliente, plus âgée, poursuit : "Je préfère me faire vacciner pour éviter de confondre les symptômes du Covid-19 avec ceux d’une grippe saisonnière. Ça m’enlève un souci de la tête", dit-elle.

Qui sont les personnes prioritaires ?

Actuellement, pour espérer en bénéficier, il faut néanmoins avoir un bon de prise en charge de l’Assurance maladie. Sans ce sésame, c’est que vous n’êtes pas prioritaire. Le vaccin contre la grippe saisonnière est recommandé pour les plus de 65 ans, pour les personnes souffrant de pathologies chroniques (insuffisance respiratoire, insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance rénale, asthme, bronchopneumopathie obstructive...), et celles en obésité morbide (indice de masse corporelle supérieur à 40). Sont également concernés les femmes enceintes, l'entourage des nourrissons de moins de 6 mois à risque de grippe grave et l'entourage des personnes immuno-déprimées.

Cette année plus encore que les précédentes, les soignants en contact avec les personnes à risque, chez qui la vaccination "reste très insuffisante" comme le soulignent les autorités sanitaires, sont aussi invités à se faire vacciner, à la fois pour "continuer à assurer leur activité" et pour "protéger leurs patients". L'Ordre des médecins appelle de son côté  "l'ensemble des médecins, et plus largement l'ensemble des professionnels de santé en contact avec des malades, à se faire vacciner contre la grippe". 

Durant la saison 2019-2020, (...) les trois quarts des personnes admises en réanimation pour une grippe grave étaient éligibles à la vaccination.- Le ministère de la Santé.

Alors qu'il risque d'y avoir cet hiver une "co-circulation du virus grippal et du virus Sars-CoV-2", les autorités sanitaires veulent  éviter à tout prix un afflux de patients atteints d'une forme grave de la grippe car le système de santé est déjà proche de la saturation. "Durant la saison 2019-2020, (...) les trois quarts des personnes admises en réanimation pour une grippe grave étaient éligibles à la vaccination car présentant un des facteurs de risque (...). Or, parmi-celles-ci, moins d'un tiers avaient été vaccinées", soulignent le ministère de la Santé, Santé publique France et l'Assurance maladie dans un communiqué.  

Les autorités sanitaires entendent ainsi "approcher les 75% de couverture" pour la vaccination contre la grippe. Cet objectif, qui correspond à celui défini par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), est nettement supérieur au niveau atteint l'année dernière, qui "n'était que de 47,8%" (52% pour les plus de 65 ans mais seulement 30% pour les moins de 65 ans à risque). Pour atteindre cet objectif, les autorités sanitaires assurent avoir provisionné "30% de doses de vaccins supplémentaires disponibles, par rapport aux 12 millions de doses consommées lors de la précédente campagne 2019-2020, via un approvisionnement continu auprès des laboratoires pharmaceutiques". Soit 16 millions de doses. 

Il était facile de l'anticiper en regardant du côté de l'hémisphère sud qui a connu cette situation avec 6 mois d'avance sur nous.- Le réseau Pharmacie Lafayette, dans un communiqué.

Mais à en croire les pharmaciens, c'est encore insuffisant. Beaucoup craignent une pénurie. "Les clients s'agacent. On se retrouve dans la même situation que lorsqu’il y a eu une pénurie de gel hydroalcoolique, de masques et de gants", constate Marielle Guichot, à la pharmacie Saint-Michel de Dijon. Ils déplorent le manque d'anticipation des autorités et de réactivité des fabricants. "Même si les marchés sur les vaccins se concluent l'année précédente, pourquoi ne pas avoir fabriqué davantage de doses ? Il était facile de l'anticiper en regardant du côté de l'hémisphère sud qui a connu cette situation avec 6 mois d'avance sur nous", pointe de son côté le réseau Pharmacie La Fayette, invoquant "une situation extrêmement tendue". 

Il n'y a pas d'urgence (...) On peut sans problème se faire vacciner entre le 15 novembre et le 15 décembre.- Le Dr. Jacky Collin, médecin généraliste à Dijon.

Du côté des médecins, on se veut plutôt rassurant. A en croire le Dr. Jacky Collin, médecin généraliste à Dijon, "il n’y a pas d’urgence à se faire vacciner. Les gros pics de grippe saisonnière surviennent le plus souvent autour de Noël et du Nouvel an. On peut donc sans problème se faire vacciner entre le 15 novembre et le 15 décembre", soutient-il. De nouvelles doses devraient être disponibles début novembre dans les officines, ont fait savoir les autorités sanitaires. Une fois vacciné, il vous faudra ensuite attendre 15 jours pour être immunisé contre la grippe. 

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