Hépatite C : un traitement révolutionnaire, mais ruineux

Hépatite C : un traitement révolutionnaire, mais ruineux

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SANTE - De nouvelles molécules arrivant sur le marché pourraient sauver bien des vies, mais à plus de 50.000 euros les trois mois de traitement de l’hépatite C, on se demande qui dans le monde pourra en bénéficier.

Une "révolution" thérapeutique aussi marquante que le développement des trithérapies dans les années 90 pour traiter le sida est en train d'aboutir contre l'hépatite C, une affection du foie également transmissible par voies sanguine et sexuelle aux conséquences potentiellement mortelles. Seul hic, chaque cachet coûte plus d'un millier d'euros et il en faut beaucoup.

Des molécules plus supportables et plus efficaces

D'après les estimations de l'Organisation mondiale de la santé, à ce jour quelque 185 millions de personnes sont porteuses du virus VHC et 350.000 malades environ meurent chaque année des complications hépatiques qu'il peut provoquer, cancer ou cirrhose. Jusqu'à présent, on tentait de limiter les dégâts par l'association de deux médicaments, le Peg-Interféron et la ribavirine. Le duo chimique n'est hélas efficace que dans 50 à 75 % des cas et il s'accompagne d'effets indésirables assez lourds, tant sur le plan psychologique que thyroïdien, soit une grande fatigue, de l'anxiété, divers troubles du comportement, de l'appétit ou encore du sommeil.

Trois molécules miracles produites par des laboratoires américains viennent cependant d'arriver sur le marché : le Sofosbuvir et le Siméprévir, autorisés aux Etats-Unis et en Europe, et le Daclatasvir, dont les demandes d'homologation sont en cours d'examen. Pour l'ONG Médecins du monde, l'arrivée de cette nouvelle classe de médicaments, des antiviraux à action directe, constitue un "tournant majeur" dans le traitement de cette maladie.

C'est aussi l'avis du professeur Jean-François Delfraissy, le directeur de l'Agence française de recherche sur le sida et les hépatites, qui évoque "une vraie révolution (...) en train de se passer sous nos yeux qui va beaucoup plus vite en termes de réponse et d'éradication que ce qui a été observé sur le VIH". Au-delà des trois traitements qui arrivent sur le marché, de nombreux autres sont annoncés. De l'ordre de "25 nouvelles molécules sont dans les tuyaux de la recherche" a indiqué le Pr Delfraissy qui n'en revient pas : "Qui aurait parié il y a dix ans qu'on serait capable d'éradiquer l'hépatite C à plus de 90% avec un traitement de quelques semaines ?".

90% de guérisons, pour qui pourra payer

Comme lui, le gastroentérologue Emile-Alexandre Pariente a évoqué un "taux d'efficacité très élevé, supérieur à 90 %" de ces traitements, mais il souligne leur coût, qui pourrait être un frein majeur à leur diffusion en Occident et a fortiori ailleurs. Pour un seul comprimé de Sofosbuvir, l'une des substances déjà commercialisées, il faut compter 1.000 dollars aux Etats-Unis, soit la bagatelle de 84.000 dollars pour les trois mois de traitement préconisés. Transposé en France, cela reviendrait à 55.000 euros par patient, sachant qu'il y en a précisément 232.196 référencés. D'après les calculs de Médecins du monde, cela signifie que soigner seulement 55% des malades français coûterait autant que le budget annuel des hôpitaux parisiens (AP-HP). Et la France n'est pas la plus à plaindre...

Le laboratoire Gilead qui a mis au point cette molécule compte moduler sa politique commerciale en fonction des pays. Pour les plus riches, le prix fort, pour les Etats à revenus "intermédiaires" un tarif idoine et pour les plus pauvres, non seulement un prix d'ami, mais l'autorisation de produire des copies génériques du Sofosbuvir. A priori, on serait tenté d'applaudir, mais à y voir de plus près, les ONG s'inquiètent. L’Indonésie par exemple, cataloguée parmi les pays de la deuxième catégorie aurait à débourser pour cette cause l'équivalent de tout son budget sanitaire et même plus, afin de traiter à peine la moitié des Indonésiens concernés.

"Les stratégies commerciales poursuivies par les firmes pharmaceutiques vont rendre ces traitements, bien que prometteurs, hors de portée de la grande majorité des personnes infectées par le VHC dans le monde" redoute le Dr Thierry Brigaud, à la tête de Médecins du Monde. Le phénomène n'est pas nouveau. Ainsi il estime que "les mêmes questions posées il y a une dizaine d'années sur les génériques anti-HIV vont se poser de façon extrêmement crue" en matière d'Hépatite.

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