Hôpitaux : "Le pic va probablement être atteint mi-décembre voire fin décembre"

Hôpitaux : "Le pic va probablement être atteint mi-décembre voire fin décembre"
Santé

RÉANIMATION- Le professeur Jean-François Timsit, pneumologue et chef du service de réanimation de l'hôpital Bichat, a décrit auprès de TF1 ce qu'annoncent les chiffres inquiétants des contaminations au Covid-19 et appelle à passer à la vitesse supérieure pour limiter les contacts sociaux.

Près de 50% des lits de réanimation d'Ile-de-France sont désormais occupés par des patients atteints du Covid. Les hôpitaux commencent à déprogrammer des opérations chirurgicales prévues. Bien qu'à un niveau moindre, les seuils critiques sont dépassés dans plusieurs régions, comme en Occitanie, ce qui exclut la possibilité des transferts de patients.

Le taux de positivité aux tests de dépistage monte dramatiquement (11,7% en France, 17% à Paris), augurant de nouvelles hospitalisations dans les jours qui viennent. Des indicateurs qui font dire au Pr Timsit, chef du service réanimation à l'hôpital Bichat, que le pic ne sera pas atteint avant la toute fin de l'année.

Quel est le taux d'occupation des lits de réanimation à l'hôpital Bichat ?

Pr Jean-François Timsit : Sur l’ensemble, si on veut faire un pourcentage, on est à un peu plus de 50% maintenant. Mais tous les jours, on a un peu plus de mal . On arrive encore à placer un certain nombre de patients à l’extérieur du service, dans d’autres services de réanimation à Paris. Pour l'instant, il y a un peu plus de malades au nord qu’au sud. Mais on risque d’être débordés très rapidement.

Quand vous dites "très rapidement", vous vous projetez sur quelle durée ?

C’est difficile de le savoir exactement, mais personnellement je suis très pessimiste, et je pense qu’on va atteindre les 60% fatidiques en fin de semaine ou en début de semaine prochaine. Vu le taux de contamination actuel, et le fait qu’on attende environ une dizaine de jours pour voir des patients graves, on sait que tout ce qui s’est passé les derniers jours est le miroir de ce qu’on va vivre dans quelques jours.

On commence à déprogrammer l'activité chirurgicale non-Covid- Jean-François Timsit, chef du service réanimation de l'hôpital Bichat

La situation est-elle critique pour toute l’Ile-de-France?

Oui, c’est très fort. Un certain nombre de mes collègues d’Ile-de-France m’ont appelé. Ils s'étonnent que l'administration n'ait pas déprogrammé des opérations. Nous, on a commencé à déprogrammer de l’activité chirurgicale, et je pense que malheureusement, on va tous aller dans cette direction-là, dès les prochains jours.

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Martin Hirsch pense que 80 à 90% des lits de réanimation seront occupés par des patients Covid, d’ici à quelques semaines. Qu’est-ce que vous en pensez?

Effectivement, je pense aussi qu’on va atteindre ces ordres de grandeur. On va être très en difficulté parce qu’on a très peu de personnel, et on n’aura pas de renfort des autres régions. Le personnel est fatigué, on arrive sur les vacances de Toussaint, et comme tout le monde, ils ont besoin d’un peu de repos. Il va falloir qu’on tienne 6 mois. Et ce n’est pas en mettant tout le monde au pied du mur qu’on va tenir 6 mois. On sait qu’on n’a pas fini et que le pic va probablement être atteint en décembre, voire fin décembre. Si les prospectives et les modélisations ont malheureusement raison, on pourrait même attendre début janvier.

Le couvre-feu, pourquoi pas?- Jean-François Timsit, chef du service réanimation de l'hôpital Bichat

Est-ce que vous attendez quelque chose des  nouvelles mesures que devrait annoncer le chef de l'Etat?

Pour nous, il y a une chose qui est absolument indispensable, c’est que ça s’arrête de monter. On est persuadés que ça ne va pas descendre, et encore moins rapidement. La seule chose qui marche, c’est le confinement global, et on ne va pas reconfiner. On ne va pas tous mourir de tristesse, ou mourir de faim parce qu’on n’a plus d’argent, ce qui serait pareil que de mourir du Covid. 

Donc, d’une manière ou d’une autre, il va falloir arriver à un équilibre. Le couvre-feu, on en parle beaucoup, pourquoi pas ? Je pense que les gens ne font pas suffisamment attention. Ils ont l’impression qu'ils font bien et que ce n’est pas dangereux pour eux, alors qu’en fait c’est une responsabilité collective. Chacun doit faire pour tout le monde, et c’est ce qui est très compliqué à comprendre.

Avec plus de trois semaines de réanimation nécessaires par patient, le système ne tiendra pas- Jean-François Timsit, chef du service réanimation de l'hôpital Bichat

Comment chacun peut-il "faire mieux" et de manière utile ? 

Déjà, quand on voit des gens qui demandent des prélèvements alors qu’ils ont été contact de cas contact, ce n'est pas forcément une bonne chose. Les gens qui ont fait un test, doivent s'isoler par précaution et ne doivent pas attendre leur résultat plus de 24 heures. J’ai croisé un certain nombre de personnes, qui disent : "J’étais dans la voiture d’un Covid positif, mais je n’ai pas envie de me faire prélever..." Ça, ce n’est pas possible !

Donc il faut qu’on arrive à avoir une mise en quarantaine efficace, effective, et presque coercitive, c’est très important, sinon on n’arrivera jamais à sortir de là. Et on va avoir des morts. Pour l’instant on a fait beaucoup de progrès, on les soigne beaucoup mieux, on sort beaucoup de gens de là. Mais ça demande énormément de soins, plus de trois semaines de réanimation par patient, et le système ne tiendra pas.

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Vous n’avez pas de renforts en vue?

La seule chose qu’on peut faire, c’est utiliser le personnel à la retraite, qui revient très volontiers nous redonner un petit coup de main. Surtout, il va falloir tenir sur le long terme, et tout le monde est un peu fatigué. C’est clair qu’on n’est pas parti pour un mois, mais pour 5 ou 6 mois. Alors, il faut que tout le monde fasse cet effort, sinon on ne va pas… vivre.

Il faut garder en tête que tout ce qui se passe maintenant, est le reflet de ce qui va arriver à l’hôpital dans une semaine ou deux. Donc il faut que, collectivement, on fasse baisser ces chiffres, et qu’ils aillent tous vers le vert, et pas vers le rouge, comme c'est le cas en ce moment.

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