Hydroxychloroquine : trois des quatre auteurs de l’étude contestée du Lancet se rétractent

Hydroxychloroquine : trois des quatre auteurs de l’étude contestée du Lancet se rétractent
Santé

IMBROGLIO - Après deux semaines de controverse, trois des quatre auteurs de l’étude du Lancet qui remettait en cause l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19 se rétractent. Ils déplorent de ne plus pouvoir se porter garant de la "véracité" de leurs données primaires.

C’est le coup de grâce pour l’étude sur l’hydroxychloroquine parue le 22 mai dans The Lancet : trois des quatre auteurs de cette étude controversée ont demandé la rétractation de l'article, a annoncé la prestigieuse revue jeudi 4 juin. "Nous ne pouvons plus nous porter garant de la véracité des sources des données primaires", écrivent les trois auteurs au Lancet, mettant en cause le refus de la société les ayant collectées, dirigée par le quatrième auteur, de donner accès à la base de données.

L'étude, qui concluait que l'hydroxychloroquine n'est pas bénéfique aux malades du Covid-19 hospitalisés et peut même être néfaste, avait pourtant eu un retentissement mondial et des répercussions spectaculaires, poussant notamment l'OMS (Organisation mondiale de la santé) à suspendre les essais cliniques sur l'hydroxychloroquine contre le Covid-19.  En France, le Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) et l’Agence du Médicament (ANSM) s'étaient aussi basés sur cette étude pour recommander de mettre un terme à l'autorisation de la chloroquine comme traitement contre la maladie.

Mais les critiques ont déferlé en masse sur cette étude, y compris de la part de scientifiques sceptiques sur l'intérêt de l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19. Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière, des dizaines de chercheurs du monde entier avaient ainsi dressé une longue liste des points problématiques de l'étude. 

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Le médecin marseillais Didier Raoult, qui prône depuis le début l’utilisation de la chloroquine, avait pour sa part qualifié de "foireuse" l’étude, l’attribuant à des "Pieds nickelés".

Reprise des essais

Résultat, l'OMS a finalement annoncé la reprise des essais cliniques avec l'hydroxychloroquine, et l'étude européenne Discovery envisage de faire de même. Les principales critiques portaient sur la fiabilité des données de cette étude (96.000 patients de 671 hôpitaux) collectées par Surgisphere, qui se présente comme une société d'analyse de données de santé et qui est dirigée par Sapan Desai, quatrième auteur de l'article.

Les auteurs ont alors répondu en annonçant un audit "indépendant" sur leurs résultats et l'origine des données. Mais trois d'entre eux, dont le principal Mandeep Mehra, ont finalement jeté l'éponge. Surgisphere ayant refusé de transférer la base de données en raison des accords de confidentialité avec ses clients, les experts missionnés "n'ont pas pu conduire une revue indépendante et nous ont informés de leur retrait du processus d'évaluation par les pairs", écrivent-ils dans le texte publié jeudi par le Lancet, présentant "leurs plus profondes excuses".

Dans son communiqué, The Lancet, assurant prendre "très au sérieux les questions d'intégrité scientifique", estime "urgent" d'évaluer d'autres collaborations avec Surgisphere. "Il y a encore des questions en suspens sur Surgisphere et les données prétendument intégrées dans cette étude", insiste la revue, qui avait déjà publié mardi soir un avertissement sous la forme d'une "expression of concern" ("exprimant sa préoccupation").

Le New England Journal of Medicine (NEJM), qui avait publié une étude de la même équipe réalisée avec les données de Surgisphere, sur le lien entre la mortalité due au Covid-19 et les maladies cardiaques, a lui aussi annoncé jeudi soir la rétractation de ces travaux.

"Immense scandale"

L’affaire, qualifiée sur Twitter d’"immense scandale très préjudiciable à la communauté scientifique" par le Pr Gilbert Deray, de la Pitié-Salpêtrière à Paris, laisse donc toujours en suspens l’efficacité ou non de l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19. Avant l’étude du Lancet, d'autres travaux à plus petite échelle étaient parvenus à la même conclusion qu'elle. 

Mercredi 3 juin encore, une autre étude menée aux Etats-Unis et au Canada a conclu que la molécule est inefficace dans la prévention du Covid-19. 

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Ses résultats étaient très attendus car il s'agissait d'un essai contrôlé randomisé, protocole considéré comme la référence pour l'étude des résultats cliniques. Mais elle est "trop petite pour être irréfutable", a insisté Martin Landray, épidémiologiste à l'université d'Oxford. Après la reprise annoncée des essais par l'OMS, d'autres résultats devraient arriver.

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