Hydroxychloroquine : que disent les dernières études ?

Une plaquette d'hydroxychloroquine.
Santé

SCIENCES - Au plus fort de la crise sanitaire du coronavirus, le médicament ardemment défendu par le professeur Raoult s'est retrouvé au centre des débats. Depuis le retrait de la très critiquée étude du Lancet, plusieurs autres enquêtes scientifiques se sont succédé. LCI fait le point.

Depuis le 28 mai dernier, un décret interdit la prescription d'hydroxychloroquine en traitement du coronavirus en France. Au grand dam de Didier Raoult, entendu ce mercredi par la commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée. Après la rétractation de plusieurs auteurs de l'étude publiée dans The Lancet, d'autres essais et recherches ont partagé leurs résultats. Des conclusions qui tendent à désavouer l'hydroxychloroquine. Elles qualifient ce remède d'inefficace, sinon de dangereux. Tour d'horizon.

Un traitement neutre

Le 3 juin, un article dans la revue The New England Journal of Medecine analyse l'intérêt potentiel de l'hydroxychloroquine en tant que traitement contre le Covid-19. Les chercheurs ont administré la molécule à de nombreuses personnes positives au virus pour essayer d'établir une possible relation avec l'aggravation des symptômes, voire le décès. Les auteurs précisent que leur réflexion se base sur un échantillon de 1446 patients américains, dont 70 exclus de l'analyse car intubés, sortis ou décédés 24h après leur arrivée. Ils retiennent que "l'administration d'hydroxychloroquine n'est associée ni à un risque considérablement réduit ni à un risque considérablement accru d'intubation ou de décès" liés au Covid-19. En d'autres termes, les résultats sont neutres dans un sens comme dans l'autre. Ils préconisent des travaux randomisés à de plus grandes échelles pour pouvoir confirmer ces observations. 

"Sans effet bénéfique"

Deux jours plus tard, l'essai clinique britannique RECOVERY livre ses conclusions préliminaires. Les professeurs Peter Horby et Martin Landray (Université d'Oxford), qui en sont à l'initiative, ont utilisé les données de 11.000 patients provenant de 175 hôpitaux du National Health Service (NHS) au Royaume-Uni. Ils retiennent qu'il n'existe "pas d'effet bénéfique" concernant l'administration d'hydroxychloroquine aux malades du Covid-19. Peter Horby a commenté ces conclusions : "C’est décevant que ce traitement soit inefficace, mais cela nous permet de nous concentrer sur les soins et la recherche sur des médicaments plus prometteurs". 

Un traitement qui n'empêche pas l'émergence de symptômes

La revue The New England Journal of Medecine a communiqué dans ses colonnes le résultat d'une autre étude, le 18 juin dernier. Elle est randomisée et en double-aveugle (avec tirage au sort dont les deux parties, médecin et patient, ignorent le résultat). Les recherches se sont concentrées sur l'efficacité du médicament après exposition au virus ("Post-Exposure Prophylaxis") mais avant les premiers symptômes, pour tenter d'établir si l'hydroxychloroquine permet d'éviter leur apparition.

Les auteurs se sont basés sur un échantillon de 821 personnes exposées au Covid-19 et asymptomatiques au moment de leur sélection. Ils ont remarqué que l'émergence d'une maladie "compatible avec le Covid-19" ne "diffère pas significativement entre les participants recevant l'hydroxychloroquine et ceux recevant le placebo". Les chercheurs notent que "les effets secondaires sont plus fréquents avec l'hydroxychloroquine qu'avec le placebo mais aucun effet indésirable grave n'a été signalé." Les scientifiques à l'origine de cette étude en concluent donc qu'après une exposition au coronavirus, "l'hydroxychloroquine n'a pas empêché l'émergence d'une maladie assimilée au Covid-19 ou une infection confirmée lorsqu'elle a été utilisée comme prophylaxie post-exposition dans les 4 jours suivant l'exposition." 

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Dernière en date, une étude française a été mise en ligne lundi 22 juin. Sur la base des dossiers de 4.642 patients hospitalisés pour Covid-19, elle fait plusieurs constats. Dans un premier temps, elle estime que l'administration d'hydroxychloroquine à des personnes atteintes du coronavirus ne réduit pas la mortalité. Les Scientifiques concluent à "l'absence de différence statistiquement significative pour la mortalité à 28 jours" entre les patients traités à l'hydroxychloroquine et les autres.

 En revanche, le médicament permettrait une réduction du délai d'hospitalisation. Ainsi,  selon les chercheurs "des taux de sortie d'hospitalisation significativement plus élevés ont été observés chez les patients traités par hydroxychloroquine". Cela signifie que l'administration du remède défendu par le docteur Raoult pourrait permettre un retour à domicile des patients plus rapide. 

L'une des auteures, Émilie Sbidian, a par contre tenu à nuancer ces résultats qui demandent "d'être répliqué dans d'autres études de grande ampleur" pour être confirmés. Elle a également précisé que par la force des choses, l'échantillon n'étaient pas totalement représentatif. La chercheuse, dermatologue à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil) a donc averti qu'il "est donc très important de ne pas s'arrêter aux résultats bruts pour juger de l'efficacité ou inefficacité" du traitement. 

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