Immunité collective : va-t-on (enfin) l'atteindre grâce au vaccin ?

Immunité collective : va-t-on (enfin) l'atteindre grâce au vaccin ?

ÉCLAIRAGE - Aux quatre coins du globe, les espoirs de vaccinations massives contre le Covid-19 vont de pair avec ceux de parvenir au plus vite à l'immunité collective pour couper court au mécanisme de vagues épidémiques successives. Vraisemblablement à tort. Tout du moins pour ce qui concerne 2021.

"Tant qu'il n'y aura pas de vaccin..." Tout un chacun a encore en tête cette petite phrase, martelée des mois durant alors que la pandémie de Covid-19 ravageait, présentant la vaccination comme la promesse d'un retour prochain à une vie "normale". Et maintenant ? Les campagnes vaccinales ayant démarré fin décembre ou début janvier dans de nombreux pays du monde, notamment en Europe et en Amérique du Nord, a-t-on bon espoir d'atteindre cette fameuse immunité collective censée casser la chaîne de transmission du virus et couper court au mécanisme de vagues épidémiques successives ? Selon quelles réserves ? Dans quels délais ?

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Immunité espérée au printemps en Israël, à l'été aux États-Unis

Israël, qui s'est fixé pour objectif une immunité collective au printemps, est le pays qui a pour l'heure le plus vacciné proportionnellement à sa population. En deux semaines de campagne de vaccination, débutée le 19 décembre, plus d′un million d'Israéliens ont été vaccinés, dont plus de 40% des plus de 60 ans. Soit environ 11,5% de la population totale, notait alors la BBC. Aux USA, bien que seul 1% de la population soit vacciné, le patron de la task force anti Covid Anthony Fauci espère atteindre "l'immunité collective à la fin du printemps, début de l'été". "70% de la population vaccinée permettrait d'atteindre une véritable immunité collective", complétait auprès de CNN Moncef Slaoui, chef scientifique de l'opération Warp Speed, le partenariat public privé chapeautant le développement des vaccins et leur distribution.

Des projections qui resteront probablement vaines à en croire la récente mise en garde de l'OMS pour qui l'immunité collective contre le Covid-19 ne sera pas atteinte en 2021 malgré le vaccin. "Il faut du temps pour produire des doses à grande échelle, pas seulement des millions, mais des milliards", a lancé ce lundi la responsable scientifique de l'OMS, Soumya Swaminathan lors d'un briefing à Genève, soulignant l'importance de continuer à appliquer les mesures de protection comme la distanciation physique, le lavage des mains et le port du masque pour contrôler la pandémie.

Et en France ?

En France, le vaccin soulève une grave crise de défiance notamment liée aux éventuels effets indésirables qui pourraient suivre l'injection, du fait des délais records dans lesquels ce dernier a été élaboré. Alors que l'hypothèse de rendre la vaccination obligatoire a fait débat ces derniers mois, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'est dit il y a encore quelques jours "convaincu qu'on atteindra un bon taux d'immunité collective sans passer par l'obligation vaccinale". 

"Avec un vaccin efficace à 95%", nul besoin de vacciner tous les Français afin d'assurer une immunité de groupe dans la population française, rappelait le 23 décembre dernier Karine Lacombe, infectiologue et cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine à Paris ne se déclarant pas "pour la vaccination obligatoire". Et de détailler :  "Il suffit que la couverture vaccinale atteigne 50 à 60% pour que l’intégralité de la population soit immunisée, même ceux qui ne veulent pas se vacciner pour protéger les autres".

Quelle couverture vaccinale pour se rapprocher de l'immunité collective ?

Ces statistiques régulièrement avancées font écho, entre autres, à une étude parue en juillet dernier dans l'American Journal of Preventive Medicine. On y apprenait que pour atteindre l'immunité collective, l'efficacité du futur vaccin devrait être d'au moins 60%, dans le cas où 100% de la population se faisait vacciner. Dans le cas où la couverture vaccinale descendait à 75%, lorsque la vaccination n'est pas obligatoire par exemple, l'efficacité du vaccin devrait alors atteindre 80%. Mais même un taux d'efficacité compris entre 40 à 60% pourrait déjà changer la donne en permettant de contrôler la pandémie. Ainsi, les chercheurs ont calculé qu'un vaccin efficace à 40% permettrait d'éviter 89,5 milliers de jours d'hospitalisation et 2,8 millions de personnes mises sous ventilation artificielle. Annonçant des taux d'efficacité supérieurs à 90%, les candidats vaccins sont donc supposés éteindre l'épidémie. Mais un autre critère soulève des incertitudes.

Incertitude concernant le barrage à la transmission

Dans un rapport sur la stratégie de vaccination rendu début juillet, le Conseil scientifique estimait de son côté, s'appuyant sur les travaux de chercheurs suédois et britanniques, qu'une "immunité de groupe pourrait être obtenue par la protection de 43-49 % de la population". Cela, à la seule condition que le vaccin soit stérilisant, c'est-à-dire qu'il fasse barrage à la transmission du virus, en plus de réduire la sévérité de la maladie chez ceux qui les ont reçus. "L'idée que l'immunité de la population induite par le vaccin permettra un retour à la normalité pré-Covid pourrait être basée sur des hypothèses illusoires", estimaient sur ce point dès novembre les virologues Malik Peiris et Gabriel M. Leung dans un article publié dans The Lancet. Selon eux, si un vaccin peut protéger de la maladie, "il pourrait ne pas réduire la transmission de la même manière". En d'autres termes, le vaccin pourrait éventuellement protéger des symptômes les plus aigus ou des formes graves de la Covid-19, mais il pourrait ne pas empêcher la contagiosité et donc la menace épidémique de persister.

Quelle efficacité à long terme ?

Autre question cruciale et inhérente à l'immunité collective en suspens : on ignore encore si l'action des différents vaccins se révèlera identique chez les populations les plus à risque, à commencer par les personnes âgées, dont le système immunitaire est moins efficace. Elles sont beaucoup plus susceptibles d'avoir une forme grave de Covid-19, et il est donc essentiel qu'un vaccin fonctionne dans ce groupe de population. 

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Enfin, reste aussi à savoir si la vaccination est efficace à long terme, puisque pour l'instant l'efficacité a été calculée une à deux semaines seulement après la dernière injection. A titre de comparaison, s'agissant des patients guéris du coronavirus, une étude de l’université britannique et des hôpitaux universitaires d’Oxford a montré qu'ils étaient très peu susceptibles de contracter de nouveau la maladie dans les six mois suivants. Autant de questions auxquelles il sera possible de répondre en conditions réelles d'utilisation ces prochains mois, mais qui rendent pour l'heure délicate l'estimation du délai dans lequel sera atteinte l'immunité collective grâce au vaccin. Pour la responsable scientifique de l'OMS, Soumya Swaminathan,  il sera nécessaire de continuer à prendre des mesures sanitaires et sociales pour limiter la transmission du virus "au moins jusqu'à la fin de cette année". 

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