Incendie de Rouen : y a-t-il un risque de pollution aux dioxines ?

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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

TOXIQUE ? - Depuis la publication de la liste détaillée des produits de l’usine Lubrizol de Rouen, des spécialistes alertent sur le risque d’une contamination aux dioxines. Les premiers résultats des mesures de ces substances toxiques montrent des taux "relativement faibles."

"Si vous avez des produits à base de chlore, des organochlorés, vous avez toutes les chances d’avoir des dioxines et des furanes. Est-ce que des dioxines et des furanes ont été rejetés et si oui, en quelle quantité ?". Cette interrogation est émise par l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage. Elle est toujours sans réponse après la publication de la liste des produits présents sur le site de l’usine Lubrizol. Cette publication - pourtant censée rassurer les habitants - n’a pas tu les inquiétudes de certains experts et écologistes notamment concernant la toxicité des fumées qui se sont dégagées de l’usine.  

Un "cocktail nécessaire à la formation de dioxines"

Pour l’ingénieur chimiste Frédéric Poitou - cité par plusieurs médias - "toutes les substances organiques, organométalliques et les acides brûlées ensemble" faisaient un "cocktail nécessaire à la formation de dioxines". Y a-t-il des dioxines dans les zones concernées par les fumées de l'incendie ? Elisabeth Borne a précisé que les mesures des dioxines tomberaient d’ici vendredi. "On a cherché les dioxines, on attend encore les résultats", a expliqué la ministre de la Transition écologique mercredi. "Les dioxines ne sont pas dans l’air, elles peuvent être dans les retombées de panaches de fumée, donc sur le sol." Puis a argué du fait que plusieurs communes, de la Seine-Maritime aux Hauts-de-France, avaient interdit la vente d’aliments cultivés en plein air, comme on peut le constater sur notre carte

Des "niveaux relativement faibles" de pollution

Mercredi soir, la nouvelle conférence de presse du préfet n'a pas permis de lever totalement le doute. "Je ne pense pas qu'il faille avoir d'inquiétude particulière", a rassuré Raymond Cointe, directeur général de l'Institut national de l'environnement  industriel et des risques (Ineris), au cours de la conférence de presse tout en donnant les mesures réalisées sur les suies du panache de fumée comprises entre 0,04 et 0,20 nanogrammes d'équivalent dioxines par mètre carré  alors que la "pollution de fond" a été mesurée à 0,06 nanogramme. "Ce qu'on peut dire de ces résultats, c'est qu'il est possible que l'incendie ait conduit à l'émission de dioxines. En l'occurrence, beaucoup d'incendies conduisent à l'émission de dioxines", a ajouté Raymond Cointe, qui a toutefois évoqué des "niveaux relativement faibles" de pollution. "Il convient de poursuivre les investigations", a ajouté le haut-fonctionnaire, en précisant qu'en "matière de dioxines, la source principale potentielle de contamination est une source par ingestion", notamment via l'alimentation. "Les analyses sont en cours en ce qui concerne les produits alimentaires qui auraient pu être contaminés par les dioxines."

Pour la toxicologue Laurence Labat, c’est la concentration de dioxines dans les aliments qui est effectivement à surveiller avec attention : " On sait très bien que s’il était avéré qu’il y ait des dioxines à des concentrations qui dépassent un certain seuil, il y a des accumulations dans certains produits alimentaires : dans le lait, dans les œufs. C’est là où il faudra faire attention (…) pour éviter une toxicité rebond ou à plus long terme", a-t-elle indiqué sur BFMTV. Des propos corroborés par Frédéric Poitou : "Par définition, les dioxines sont extrêmement stables, elles s’accumulent dans les graisses. Il est exclu qu’elles se détruisent." 

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"Effet cancérigène, mutagène, allergisant"

Car ces substances sont en fait des polluants organiques, persistants dans l’environnement. Un rapport de l’Ineris les classe, aux côtés des polluants asphyxiants et des polluants irritants, en tant que "composés à spécificité toxique", "à effet cancérigène, mutagène, allergisant". "À court terme, elles génèrent des brûlures, des tâches brunâtres en général sur la peau, puis des nausées puisqu’elles ont un impact sur le foie. À plus long terme, au bout de 20 ans, on voit se développer des pathologies graves", a encore expliqué Frédéric Poitou. C’est sur le long terme qu’il y aurait donc lieu de s’inquiéter, entraînant la formation de cancers ou autres maladies. 

Les dioxines "ne conduisent pas généralement à des effets aigus mais peuvent présenter des effets toxiques à long terme", peut-on lire encore dans le rapport de l’Ineris. En réalité, il existe plus de 200 types de dioxines différents, scindés en deux catégories –les PCDD et les PDC- avec des effets toxiques variables.  

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