Interdiction des cabines : les professionnels du bronzage exaspérés

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COUP DE MASSUE - L'Anses préconise ce mercredi d'interdire les instituts de bronzage par UV. Une recommandation que les professionnels ne digèrent pas. Ils estiment que le secteur est suffisamment encadré et remettent même en cause les études du Centre international de recherche sur le cancer.

Pour eux, c'est l'étude de trop.  La recommandation de l'Anses,  ce mercredi, de fermer les salon de bronzage par UV en France a fait l'effet d'un coup de massue  pour les professionnels d'un secteur qui s'estiment déjà largement stigmatisés. Depuis 2009 , et la reconnaissance des UV comme "cancérogènes certains" * , le bronzage en cabine décline dans l'Hexagone. Il représente encore 10 500 emplois directs et indirects, selon le syndicat national des professionnels du bronzage en cabine (SNPBC)  Mais "en 10 ans, le nombre de salariés a été divisé par deux", estime Marc Boutet, son président.


Alors lorsque l'on interroge des gérants de salons de bronzage, certains nous raccrochent au nez, d'autres s'emportent rapidement. "Il n'y a rien de nouveau, on nous ressort un copier-coller d'études qui datent des années 80 lorsque les normes étaient beaucoup moins strictes", nous répond ainsi Franck Martinelli,  gérant d'un salon montpelliérain . "On nous repasse une couche tous les trois ans, pour que les médias en parlent et que ceux qui sortent la tête de l'eau replongent".

100 à 350 nouveaux cas de mélanomes par an

De fait, l'Anses ne s'appuie pas sur une nouvelle étude. Comme elle l'explique dans son communiqué, elle a réalisé une "synthèse des expertises et des données récentes dans le domaine" et ce, à la demande du ministère de la santé. Mais les études scientifiques le prouvent bel et bien :  l'Organisation mondiale de la Santé déconseille depuis 2003 l'exposition aux UV artificiels. Une récente étude a également démontré que 5% des mélanomes, le plus graves des cancers de la peau, étaient liés à cette pratique, soit entre 100 à 350 nouveaux cas chaque année en France et de 19 à 76 décès.


"Evidemment, ce n'est pas rien, mais comparé aux 75.000 morts du tabagisme par an..." remarque Franck Martinelli. Pour ce gérant, le risque n'est finalement pas plus important qu'une exposition sur la plage. "Et sur la plage, on peut avoir un coup de soleil, contrairement à une cabine", martèle-t-il. (La raison est simple : il n'y a pas ou presque d'UVB qui en sont la cause, ndlr) Peu importe que l'Institut national du Cancer avance qu'"une séance de 15 minutes dans une cabine de bronzage en France correspond à une exposition de même durée sur une plage des Caraïbes, sans protection solaire".


Le SNPBC préfère mettre en avant une étude publiée par l'association coréenne contre le cancer, datant de février 2018 et assurant que "la connaissance scientifique actuelle ne permet pas de soutenir l’hypothèse d’un risque accru de

mélanome avec l’utilisation des cabines de bronzage". Interrogée à ce sujet, docteur Claudine Blanchet-Bardon, vice présidente du syndicat des dermatologues, n'y accorde que peu de valeurs et balance : "il y a toujours des fous même dans le milieu de la science!" 

Il ne faut pas en abuser c'est tout, c'est comme pour le chocolat !Une salariée d'un salon lillois de bronzage par UV

Au-delà des études interposées, le SNPBC met en avant le professionnalisme du secteur : "nous sommes des commerçants de service donc nous prenons soin de nos clients, c'est notre métier", explique Marc Boutet. Les manquements à la sécurité relevés par la DGCCRF ? "Des exceptions, des cas isolés". 


"II ne faut pas en abuser c'est tout", avance une professionnelle lilloise, "c'est comme pour le chocolat". "Comme pour tout, il faut consommer avec modération", abonde une collègue parisienne - pourtant "pas vraiment autorisée par (son gérant) à parler". Elle l'assure, son institut est sérieux : "On conseille les clients et on les alerte quand on voit qu'ils font beaucoup de séances". Pour le reste "c'est à eux de gérer", "on ne peut pas les obliger" nous indique-t-elle. Du conseil donc et de la responsabilisation individuelle. D'ailleurs elle l'assure, l'avis de l'Anses ne fera pas fuir les clients qui "savent ce qu'ils font".


"On a une réglementation très stricte en France et qui est très bien faite", tient à remarquer Franck Martinelli. Il est vrai que les mineurs sont interdits dans les instituts depuis bien longtemps, la publicité qui vanterait des bienfaits des UV artificiels est interdite, le port des lunettes est obligatoire et le contrôle des appareils est bien encadré. Le SNPBC assure même qu'il serait bien allé plus loin. "On a développé un questionnaire - réalisé par des médecins - pour détecter les personnes les plus à risques", explique le président - phototypes de peau claire, antécédents familiaux etc. "Lors de la dernière réglementation du secteur en 2015, on a proposé de rendre ce questionnaire obligatoire, ça a été refusé", regrette Marc Boutet.


La dermatologue Claudine Blanchet-Bardon tient à rappeler cependant que contrairement à ce qu'avance le SNPBC dans son communiqué, "les UV naturels (soleil) ou en cabine" ne sont pas "contre-indiqués pour seulement 3 à 7 % de la population française" même si bien entendu certaines populations sont plus exposées. "Tout le monde est à risque".


Une esthéticienne botte en touche : "et bien dans ce cas, il faudrait aussi interdire les plages et les terrasses". Et toc !

* Rapport du Centre international de recherche sur le cancer (Circ - une agence qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé).

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