Intersexualité - "Comment on a mutilé mon sexe à la naissance"

Intersexualité - "Comment on a mutilé mon sexe à la naissance"

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TÉMOIGNAGE - Des malentendus et une profession médicale qui a besoin de conformer un corps aux repères d'une société. Après être née entre deux sexes, Pidgeon Pagonis a été opérée pour ressembler à une fille. De multiples opérations qu'elle a vécues comme autant de mutilations. Metronews a recueilli son témoignage.

"Quand je suis née en mars 1986 aux Etats-Unis, les médecins ont dit à mes parents 'Félicitations, vous avez une fille'. Trois mois plus tard, je suis retournée à l'hôpital parce que mon pédiatre a noté que mon appareil génital semblait grandir. Ils ont alors analysé mes chromosomes. 

Quand j'ai eu 9 mois, j'ai subi une opération chirurgicale : le médecin a enlevé mes testicules, encore à l'intérieur de mon corps. On a dit a mes parents que je développais des 'gonades' qui auraient pu développer un cancer si on ne les enlevait pas. Alors, évidemment, mes parents ont accepté la chirurgie.

Ils ont coupé mon clitoris

"À l'âge de quatre ans, je suis retournée au bloc opératoire pour une clitoridectomie. Concrètement, ils ont coupé la plus grande partie de mon clitoris. Il n'y avait aucune raison médicale à cela, il s'agissait juste de modifier son apparence, pour que je grandisse avec une identité de genre bien dans les normes.

A environ 11 ans, les médecins ont écrit dans mon dossier médical que j'avais demandé une chirurgie correctrice complémentaire et que j'envisageais un traitement hormonal. A la fin de cette note, mon médecin recommandait d'obtenir l'accord de ma mère pour poursuivre la chirurgie. Ils disent qu'ils ont reçu notre consentement éclairé (alors qu'ils ne m'ont jamais dit ce qu'ils allaient faire) et que j'avais subi une reconstruction du vagin au motif qu'il ne pouvait pas 'accepter un index'."

Mon corps me dégoûtait

"Quand je me suis réveillée après l'opération, j'avais des tonnes de points de suture et un cathéter. Je suis restée à l'hôpital durant une bonne dizaine de jours. Les médecins venaient, baissaient mes collants, se penchaient sur mon vagin et prenaient des notes avec leurs collègues. Je me souviens avoir pris un bain et m'être sentie pour la première fois au trente-sixième dessous. Tout était différent : les points de suture, les lèvres dures, les croutes et le tube du cathéter. Mon corps me faisait peur, me dégoûtait. Finalement, on m'a laissée avec ce qui ressemblait à un vagin 'normal', mais je sais maintenant qu'il n'en est rien.

Durant tout ce temps, les médecins suggéraient que je ne devais en parler à personne, que c'était mon petit secret. A l'exception de celui qui pouvait prétendre devenir mon mari, personne ne devait savoir. Ils m'ont aussi dit que personne d'autre qu'un médecin ne serait en mesure de remarquer la moindre différence entre mon appareil génital et celui de toute autre femme."

A chaque rapport sexuel, je souffrais en silence

"Au cours des premières années de mon adolescence, j'étais dans le déni et j'essayais d'oublier ce qu'il s'était passé. Je devais mentir à mes amis. Je devais mentir à mes flirts aussi, à propos de mes règles, que je n'ai jamais eues. Ma puberté a commencé parce que les médecins me donnaient des hormones. J'ai développé un semblant de poitrine mais pas de règles ni de hanches. 

Au lycée, j'ai eu un petit ami et nous avons décidé d'avoir des relations sexuelles. Nous étions très excités, mais son pénis ne parvenait pas à pénétrer à l'intérieur de mon vagin. Nous avons réessayé plusieurs fois. Finalement, nous y sommes arrivés mais c'était extrêmement douloureux. Je saignais et je me disais 'je ne veux plus jamais recommencer ça'. A chaque rapport, je souffrais en silence. J'avais le sentiment que quelque chose n'allait pas en moi, mais on m'a dit que j'étais née avec le cancer. Que c'était pour cela que je n'avais pas mes règles, parce qu'on m'avait enlevé mes ovaires. J'ai toujours vécu avec cette idée que j'étais différente, mais je ne savais pas que j'étais intersexe."

Pour l'ONU, des actes de torture

"A l'université, j'ai continué à mentir. Je me sentais isolée. J'ai étudié la psychologie et mon professeur a mentionné les personnes intersexuées. Cela m'a parlé. Je commençais à relier les points et quand j'ai eu accès à mes dossiers médicaux à 18 ans, tout est devenu clair. J'ai pleuré. Je n'ai plus parlé à ma mère pendant de longs mois. J'ai fait des recherches sur Internet et j'ai trouvé un groupe de soutien qui aide les gens comme moi à traverser la honte et le secret. 

Maintenant, je milite, tout simplement parce que j'aurais préféré qu'on laisse mon corps comme la nature l'avait fait. C'est ce que les personnes intersexuées expliquent depuis 25 ans. L'ONU a même classé ces chirurgies comme tortures et reconnu qu'elles étaient une violation des droits de l'Homme ( le rapport en anglais ici ). Depuis cinq ans, je vois des femmes. Je me mets à comprendre ma vie sexuelle. Je pense que je suis dans une phase asexuée de ma vie. Parfois, mes relations me font du bien, parfois elles me font souffrir. Cela va encore me prendre du temps de guérir et de m'aimer. Particulièrement de travailler à aimer mon corps."

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