Atteint du coronavirus, il raconte sa vie en confinement : "Cela aurait été plus compliqué il y a 20 ans"

Atteint du coronavirus, il raconte sa vie en confinement : "Cela aurait été plus compliqué il y a 20 ans"

TÉMOIGNAGE - Dix personnes, réparties dans deux familles, ont été contaminées par le coronavirus à Mulhouse lors d'un rassemblement évangélique ayant réuni des milliers de personnes mi-février. Jonathan Peterschmitt, testé positif, est depuis confiné à son domicile. Il raconte à LCI comment il vit sa mise en quarantaine.

Il vit actuellement confiné chez lui. Médecin généraliste dans le village d'Ammertzwiller, qui fait partie de la commune de Bernwiller, dans le Sundgau, à l'ouest de Mulhouse, Jonathan Peterschmitt a été testé positif au coronavirus lundi 2 mars. Il a été contaminé, comme neuf autres personnes, lors d'un rassemblement évangélique organisé entre le 17 et le 24 février à l'église de la Porte Ouverte Chrétienne, dans le quartier de Bourtzwiller. Celui qui est aussi le fils de Samuel Peterschmitt, le pasteur de la paroisse, fait partie des dix cas de Covid-19 confirmés par la préfecture du Haut-Rhin, l'ARS et l'académie de Strasbourg. 

Dans "un état pseudo-grippal, avec une grosse fatigue, un toux sporadique, des courbatures et quelques maux de tête", il s'est fait dépister après avoir "eu connaissance de cas dans (son) secteur, proche de l'Église". "Je suis parti du principe que si c'était avéré, il fallait que je me signale", explique le praticien à LCI. Testé positif au virus et placé à l'isolement aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, il a depuis été autorisé à poursuivre son confinement à son domicile. Une expérience qu'il nous raconte.

Toute l'info sur

Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Les dernières infos sur l'épidémieA quel stade en est l'épidémie, département par département ?
Ce n'est pas encore ressenti comme une difficulté- Jonathan PETERSCHMITT, un médecin confiné

LCI : Vous avez contracté le Covid-19. Comment votre mise en quarantaine s'est-elle déroulée ?

Jonathan PETERSCHMITT : La semaine précédente, j'étais dans un état pseudo-grippal, avec une grosse fatigue, des courbatures et quelques maux de tête. Je toussais de manière sporadique mais je n'avais pas de fièvre. C'était comme un gros rhume. Si je n'avais pas eu connaissance de cas dans le secteur du Haut-Rhin, et potentiellement proches de notre paroisse, ce que je n'ai appris que dimanche - tardivement donc, puisque la semaine de jeûne était passée depuis dix jours - je n'aurais pas fait de dépistage. J'aurais pu prendre ça pour n'importe quelle autre virose de saison, comme j'en croise tous les jours à mon cabinet. J'ai été testé lundi. Ma mise en quarantaine a été décidée par mesure de précaution. On ne pouvait pas prendre le risque de laisser rentrer à la maison un cas avéré, alors que ma femme et mes enfants n'avaient pas encore été dépistés. Dans mon foyer, nous sommes six, dont quatre enfants.Trois d'entre nous ont été testés positifs. 

LCI : N'y a-t-il pas un risque pour les membres non-contaminés de votre famille ?

Jonathan PETERSCHMITT : Il n'y a pas de prise de risque, et je parle en tant que papa et médecin. Ils étaient avec et en contact avec nous pendant tout ce temps-là. Donc finalement, le plus illogique, cela aurait été de dire "on sépare les enfants qui ont été dépistés négatifs", avec le risque qu'entre-temps ils contractent le virus. Ils se seraient alors retrouvés dans un endroit sain, mais auraient été eux-mêmes vecteurs. Pour le coup, on m'a dit : "Vous êtes médecin, c'est pas si mal si vous rentrez chez vous surveiller votre famille et vous auto-surveiller." Il faut savoir que désormais, on sélectionne les patients qui ont vraiment besoin d'une hospitalisation sur le plan clinique. C'est donc plus logique que je sois en quarantaine à mon domicile.

Lire aussi

LCI : À quoi ressemble votre vie depuis votre mise en quarantaine ? 

Jonathan PETERSCHMITT : Le confinement a été initié à partir du dépistage, le 2 mars. On en est encore au tout début. Je n'ai pas encore eu le temps de m'ennuyer parce que j'ai géré à distance pas mal de dossiers liés à mes patients, par exemple en leur envoyant des documents quand je n'avais pas besoin de les voir cliniquement. J'ai passé toute ma journée d'hospitalisation à faire ce genre de démarches. Ce qui m'embête le plus, c'est qu'en tant que médecin libéral, je suis privé de consultations et donc de revenus. Mon cabinet médical sera resté fermé trois semaines, dans une période très dense. 

Je réponds aussi à beaucoup de questions, tant sur ma situation que sur celle notre église. Et avec quatre enfants à la maison, on a de quoi s'occuper. Le confinement n'est pas encore ressenti comme une difficulté, parce que passer trois jours à la maison, ça peut arriver. Il faudra voir avec le temps.

C'est l'occasion de prendre du bon temps ensemble- Jonathan PETERSCHMITT, un médecin confiné

LCI : Que faites-vous pour occuper votre famille, principalement vos jeunes enfants ?

Jonathan PETERSCHMITT : On vit dans une maison, avec un jardin clôturé. On est isolés, donc on peut aller un peu dehors. Mais, comme les contacts doivent être minimisés un maximum, on va essentiellement rester à l'intérieur. Le passe-temps sera de varier les plaisirs. On a des enfants en bas âge, donc vous pouvez leur proposer ce que vous voulez, à un moment ils vont décrocher. On va s'occuper avec des jeux de société, des histoires, des dessins, des ateliers bricolage... On a aussi une connexion à internet, même si elle n'est pas toujours excellente. On va essayer de faire en sorte que cela se passe sans trop difficultés pour eux. C'est aussi l'occasion de prendre du bon temps en famille. De ce côté-là, c'est plutôt un mal pour un bien.

LCI : Vous allez aussi venir à manquer de vivres. Comment vous organisez-vous pour la nourriture ? 

Jonathan PETERSCHMITT : Pour l'instant, ce n'est pas un problème qui se pose à nous. On a de la réserve. Maintenant, d'ici quelques jours, on aura effectivement besoin de refaire le plein. C'est clair qu'on va devoir trouver une solution. On va chercher quelqu'un dans notre entourage pour voir si on peut nous récupérer un drive et déposer tout ça devant la porte. Heureusement, aujourd'hui, on a des moyens de subsistance à proximité. Cela aurait été plus compliqué il y a 20 ans. 

En vidéo

Coronavirus : le casse-tête des familles en quarantaine

LCI : Vous sachant contaminé, est-ce qu'il y a de l'inquiétude dans votre cercle familial ? 

Jonathan PETERSCHMITT : Dans notre famille, on est très soudés, on partage la même foi et les mêmes lieux de vie spirituels. Ils ont tous été concernés et dépistés. Pour l'instant, ils respectent le principe de la quarantaine. On vit en quelque sorte la même chose au même moment. Quelques-uns parmi nous, que je ne peux - vous le comprendrez - nommer, sont peut-être plus atteints ou fatigués que d'autres. Ce qui prédomine chez nous, c'est la prudence et la sérénité. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Joe Biden, le jour de l’investiture, à suivre en direct demain, dès 6h, sur LCI

EN DIRECT - Covid : l'Allemagne durcit et prolonge ses restrictions jusqu'à mi-février

En plein couvre-feu, il tombe en panne et se fait arrêter par la BAC

Dans sa vidéo d'adieu, Donald Trump exhorte à "prier" pour le succès de l'administration Biden

Non-respect du couvre-feu : les dénonciateurs rémunérés ? Des internautes tombent dans le piège

Lire et commenter