Les "hôtels Covid", la solution pour casser les chaines de transmission ?

ALAIN JOCARD / AFP

ISOLEMENT PLUS STRICT - Recommandé par l'Académie nationale de médecine dès la première vague, l'isolement des malades, en structure hotellière notamment, reste une piste trop peu exploitée de l'avis de certains observateurs.

Pour perfectionner sa stratégie "tester, tracer, isoler", et casser les chaines de transmission, le gouvernement mise sur un isolement plus strict des malades du Covid-19. "Je souhaite que le gouvernement et le Parlement prévoient les conditions pour s'assurer de l'isolement des personnes contaminées, y compris de manière plus contraignante", a ainsi déclaré Emmanuel Macron, ce mardi lors d'une allocation consacrée à l'assouplissement du confinement, en promettant que "ces personnes seront accompagnées sur le plan matériel, sanitaire, psychologique".

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Si la mesure divise dans le monde politique, comme dans les milieux scientifiques, certains s'en réjouissent. "Il n'y a pas d'isolement aujourd'hui dans les faits. Ça ne sert à rien de tester des millions de Français si c'est pour ensuite les renvoyer chez eux lorsqu'ils sont positifs et infecter leur entourage", s'agaçait notamment auprès du Monde Philippe Juvin, le chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris. Philippe Amouyel, professeur de santé publique à Lille, abonde. Cela fait des semaines, voire des mois, que lui aussi préconise un isolement plus strict des patients positifs, tout en insistant sur "l’accompagnement", un point que devrait détailler le Premier ministre.

Isolés à deux dans 200 m², c'est pas pareil qu'à quatre dans 50 m²- Philippe Amouyel

L'objectif étant, rappelle-t-il, "contrairement à ce qui est pratiqué aujourd'hui, qu'on puisse isoler ces personnes immédiatement après le test pour effondrer la transmission". L'universitaire plaide, à l'instar de plusieurs confrères, pour qu'un questionnaire soit remis aux malades afin de cibler les conditions réelles d'isolement, à savoir la surface et la configuration du logement et le nombre de personnes qui y vivent. "Ce n'est pas la même chose de s'isoler dans 200 m² à deux avec une salle de bain chacun, qu'à quatre étudiants dans 50 m², il y a vrai enjeu à faire de la dentelle", illustre-t-il. "Si je prends cet exemple, c'est qu'on a eu le cas à la fac et il est très parlant : qu'est-ce que vous faites aujourd'hui quand vous êtes étudiant, testé positif, et que vous êtes à 500 kilomètres de chez vous ? Eh bien, vous restez chez vous avec vos colocs", déplore-t-il. 

Pour remédier à ce qu'il présente comme un non-sens, Philippe Amouyel préconise le cas échéant de réactiver des partenariats locaux avec les chaines hôtelières, et autres types d'hébergements. "L'isolement, c'est une mesure locale, c’est-à-dire que c'est mieux si la personne ou l'association qui aide à trouver une solution alternative pour s'isoler connait le secteur et les acteurs locaux", souligne celui qui recommande à cette fin la mise en place de plateformes.

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Pour rappel, le 10 avril dernier, déjà, l'Académie nationale de médecine avait "recommandé que des établissements hôteliers soient mis à la disposition des agences régionales de Santé pour accueillir, jusqu'à la guérison clinique et la négativation des tests de détection virale, les patients atteints de formes simples ou modérées de Covid-19, ou convalescents de cette maladie sortant de l'hôpital" pour éviter la création de clusters familiaux. 

Pas de réelle adhésion jusque-là

Lors de la première vague, 1000 lits ont ainsi été mis à disposition des autorités sanitaires à travers l'Hexagone, indique au Figaro, Jean-Virgile Crance, président du Groupement national des chaînes hôtelières (GNC), qui fédère plus de 3000 hôtels. Depuis le mois de mars, 390.000 nuitées réparties dans 83 hôtels du groupe Accor, dont dix en région parisienne, ont été recensées. Mais l'idée de profiter de l'activité très réduite des structures hôtelières pour loger les malades pendant leur quarantaine, n'a pas suscité une réelle adhésion en France. Si des hôtels Covid existent, le dispositif pourrait en effet être davantage exploité selon ses partisans. Ce qui est notamment le cas en Espagne, où ce type de structures a été pris d'assaut pour se confiner en toute sécurité.

Conscient de ce potentiel, le groupe Accor se dit "prêt à accueillir à nouveau les sollicitations des préfectures et autorités pour l'isolement de malades". De son côté, à titre préventif, l'AP-HP a rouvert fin août une structure interne qui peut, si besoin, accueillir 33 personnes en isolement sans soins médicaux particuliers.

Qui va faire les courses ?- Philippe Amouyel

"Hôtels, chambres d'étudiants, résidence de tourisme ou toute autre structure quasiment vide qui peut permettre l'hébergement est une proposition intéressante" pour un isolement probant, commente Philippe Amouyel. Sans s'attarder sur le débat relatif à une sanction en cas de non-respect, il estime que "d'un point de  vue acceptabilité, les chambres d'hôtel semblent la proposition la plus aisée". Et de rappeler : "Ce qu'il faut bien avoir à l'esprit, c'est qu'il y a 5 à 9 jours où l'on peut être contaminant, d'où la recommandation de l'isolement durant sept jours après le diagnostic". Mais cela a un sens si cet isolement est respecté "sinon ça perd beaucoup de son efficacité", insiste-t-il.  

"Ces sept jours d'isolement c'est sept jours pour la communauté, sept jours pour être citoyen et solidaire car le virus n'attend qu'une occasion, c'est de rebondir. Le plus important, c'est d'éviter de contaminer des proches". Et aussi d'aider à vivre le mieux possible cet isolement. L'accompagnement ne doit donc pas se limiter à l'hébergement. "Qui va faire les courses pendant sept jours ?", pointe l'expert en santé publique. "C'est là qu'il faut mobiliser réseaux sociaux locaux, type Voisins solidaires pour tenir le coup pendant cette période en prenant toutes les précautions".

Le collectif France Assos Santé, qui fédère 85 associations d’usagers de la santé, a lui aussi réclamé un isolement plus strict des personnes positives et de leurs cas contacts pour éviter un troisième confinement. Soutenu par le président de la Ligue contre le cancer, Axel Kahn, ce collectif demande "une restriction complète de déplacement et de visite" pour les personnes positives et leurs cas contacts. Un isolement qui passerait par "l’accompagnement et le soutien des sujets testés positifs" : "Maintien des ressources matérielles (salaires ou rémunérations), obligation de fournir un lieu de résidence confortable, un lien permanent avec un accompagnateur", a demandé France Assos Santé.

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