Journée mondiale contre le sida : "Il règne toujours des peurs vis à vis des malades"

Journée mondiale contre le sida : "Il règne toujours des peurs vis à vis des malades"

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INTERVIEW - Aurélien Beaucamp est le président de Aides. A l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, metronews l'a interrogé pour faire un état des lieux. Pénibilité des traitements, discriminations... si certains pensent que le sida est maîtrisé, Aurélien Beaucamp rappelle quelques fondamentaux.

A quoi sert la 1er décembre ?
"Cette journée sert à marteler que la mobilisation face au VIH doit rester entière. C'est une épidémie mondiale qui concerne tout le monde et c'est une bataille que les associations, les pouvoirs publics et les soignants veulent remporter. Il faut encore et toujours se battre pour impacter cette épidémie."

Le Truvada (médicament préventif) a été autorisé et va être remboursé entièrement, c'est la fin d'un long combat pour vous ?
" Cela fait trois ans que nous nous battons avec Aides  pour l'autorisation de ce médicament (un traitement aussi dénommé Prep pour prophylaxie pré-exposition) ainsi que sa prise en charge par la Sécurité sociale. Je salue l'action de la ministre dans cette décision. De plus associer à la Prep, le conseil, le dépistage et le suivi, cela va dans le bon sens pour mettre un frein à l'épidémie. Et le remboursement permet à ce nouvel outil de ne pas devenir une solution à deux vitesses : tous les patients peuvent y avoir accès (ndlr : la boîte de 30 comprimés coûte environ 500 euros)."

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Comment vit-on avec le virus aujourd'hui ?
"Médicalement beaucoup de progrès ont été faits. Depuis les années 90 et les antirétroviraux (trithérapies) les choses se sont améliorées tant au niveau de la prise en charge qu'au niveau des effets secondaires. Mais il convient de garder en tête que ces traitements ne sont toujours pas anodins. Cela reste des médications à vie et même si l'on peut vivre avec le VIH et que l'espérance de vie d'un malade est bonne, il ne faut pas oublier les prédispositions des personnes infectées vis à vis de certaines pathologies lourdes comme le cancer par exemple."

"Un tiers des dentistes testés refusent de soigner les malades"

Et dans la vie de tous les jours ?
"Là on entre dans la question des discriminations auxquelles les personnes séropositives doivent faire face. Il règne toujours des peurs, voir une véritable "sérophobie" vis-à-vis des malades. Il en va ainsi dans l'accès aux soins par exemple. Aides  a procédé à un testing au mois d'avril, sur 400 dentistes dans toute la France, un tiers refusait l'accès aux soins aux malades, soit directement soit indirectement en invoquant de faux prétextes. L'accès à certaines professions est également prohibé : gendarmerie, police, sapeurs pompiers, grandes écoles telles que polytechniques ou ENM (magistrature) ne sont pas accessibles aux personnes séropositives alors qu'avec leur traitement elles sont parfois en meilleure forme physique que des personnes séronégatives. Elles sont, de fait, considérées comme inaptes au terrain. L' accès à l'emprunt pour les personnes infectées est lui aussi difficile, (comme pour tous les malades qui souffrent de maladies chroniques d'ailleurs) alors que l'espérance de vie est la même que celle d'une personne séronégative."

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En matière de prévention quel message convient-il de marteler?
"Il y a eu un relâchement de l'Etat en matière de prévention, ce dernier ne prend plus ses responsabilités. Dans les années 80-90, les jeunes étaient bombardés avec des messages de prévention et la nécessité de toujours mettre un préservatif. Aujourd'hui l'inflation galopante d'IST (infections sexuellement transmissibles) est un marqueur fort. On ne le répètera jamais assez, le préservatif est l'arme la plus efficace contre l'épidémie. Enfin, dans ce contexte, Il faut essayer de continuer à donner aux associations car c'est grâce aux dons qu'elles peuvent mener leurs combats : l'exemple du Truvada est une belle illustration de victoire remportée par leur pugnacité."

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