L'Agence du médicament autorise l'expérimentation du cannabis thérapeutique : de quoi parle-t-on ?

Santé

SANTÉ - L'Agence du médicament (ANSM) a donné jeudi son feu vert à une expérimentation du cannabis thérapeutique en France, dans le cadre proposé fin juin par un groupe d'experts. En avril, le Premier ministre Edouard Philippe avait ouvert la voie à cette possibilité.

Feu vert pour le cannabis thérapeutique en France. L'Agence du médicament (ANSM) a officiellement entériné jeudi son expérimentation, dans le cadre proposé par un groupe d'experts fin juin. Saluant le travail "remarquablement conduit" par les experts du CSST (Comité scientifique spécialisé temporaire), le directeur général de l'Agence, Dominique Martin, a souligné que le comité avait "pris le temps nécessaire d'écouter les uns et les autres", dans les différentes dimensions du dossier - médicales, économiques, associatives - et n'a "pas perdu de temps" depuis sa nomination.

Edouard Philippe a estimé en avril qu'il serait "absurde" de s'interdire d'étudier les possibilités offertes par l'usage de cette plante à des fins médicales. "Il y a beaucoup de pays qui travaillent là-dessus, beaucoup de pays qui le permettent. Il serait absurde de ne pas se poser la question et c'est dans cet esprit que nous voulons travailler avec les porteurs du projet", avait alors expliqué le Premier ministre.

Dans le cadre de l'expérimentation, le cannabis thérapeutique pourra être prescrit chez des patients en "impasse thérapeutique", souffrant de certaines formes d'épilepsies résistantes aux traitements, de douleurs neuropathiques  non soulagées par d'autres thérapies, d'effets secondaires des chimiothérapies ou encore pour les soins palliatifs et les 

contractions musculaires incontrôlées de la sclérose en plaques ou d'autres pathologies du système nerveux central.

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Au-delà des frontières du Vieux continent, plusieurs pays ont déjà fait le choix d'autoriser le cannabis thérapeutique. Il faut dire que depuis plusieurs années, de nombreuses recherches ont permis de démontrer, pour certaines maladies, les bienfaits de son utilisation. L’an dernier, l’Académie américaine des sciences avait d’ailleurs expertisé dans un vaste rapport plus de 10.000 études sur le sujet afin de faire le point sur l’état des connaissances et déterminer les zones grises sur lesquelles il faut faire davantage de recherches. 

Efficace pour réduire les douleurs chroniques

Ce rapport affirmait alors que la prise par voie orale de cannabinoïdes, pendant de courtes périodes, est efficace pour réduire les douleurs chroniques chez les adultes atteints de sclérose en plaques ou de fibromyalgie. Ces substances sont également mises en avant pour lutter contre les nausées et les vomissements provoqués par la chimiothérapie.

Si l’usage de cannabis thérapeutique peut ainsi améliorer la santé de certains malades, il n’a pas que des bons côtés. Comme tous les médicaments, il comporte son lot d’effets secondaires. Certaines études laissent penser que le cannabis pourrait provoquer des troubles de l'anxiété voire une schizophrénie. D’où l’intérêt de mener davantage de recherches pour déterminer quels cannabinoïdes (il en existe des dizaines) sont à la fois les plus efficaces et les moins nocifs.

Le CBD moins nocif que le THC

Les deux plus connus sont le THC (tétrahydrocannabinol) et le CBD (cannabidiol). Si leurs vertus tranquillisantes sont bien connues, le second a l’avantage de ne pas modifier la concentration et l’humeur. Toutes deux sont d’ailleurs présentes dans le Sativex, le seul produit à base de cannabinoïdes autorisé à être vendu en France. Sauf qu’en raison d’un contentieux sur son prix, il n’est toujours pas commercialisé. S’il a pu obtenir en 2014 une autorisation provisoire de mise sur le marché, c’est en raison de sa très faible concentration en THC qui, selon son fabricant GW Pharmaceuticals, ne permet pas un usage récréatif.

Compte tenu de ses propriétés non euphorisantes, c’est surtout vers le CBD que la recherche se concentre. Outre ses vertus antalgiques, cette molécule limite également les crises d’épilepsie sévères chez les enfants et les adolescents. Certaines études ont aussi testé son utilité dans le traitement de la maladie de Parkinson et d’Alzheimer. Mais toutes ces recherches doivent encore être consolidées, notamment pour déterminer avec certitude le risque éventuel d’addiction. 

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