L'Anses alerte sur les dangers du protoxyde d'azote, ce gaz euphorisant des siphons à chantilly

L'Anses alerte sur les dangers du protoxyde d'azote, ce gaz euphorisant des siphons à chantilly
Santé

SANTÉ - Les autorités sanitaires alertent ce jeudi sur les effets dangereux du protoxyde d'azote, ce gaz hilarant qui se trouve dans les siphons à chantilly et est de plus en plus utilisé comme une drogue euphorisante.

Il se trouve dans toutes les grandes surfaces sous la forme anodine d'une bombe à chantilly. Inoffensif sous cette crème fraîche, le protoxyde d'azote qui se trouve dans ces siphons est en fait très dangereux lorsque son usage est détourné. L'Anses alerte ce jeudi 9 juillet sur des effets néfastes de l'inhalation de ce gaz : maux de tête, vertiges, voire, dans les cas les plus graves, des problèmes neurologiques persistants. 

Un phénomène qui augmente

Vous en avez sûrement vu s'amonceler sur les parkings ou dans les caniveaux. Habituellement dans le rayon frais des supermarchés, les bombes à chantilly jonchent désormais les trottoirs. Car de plus en plus, le gaz que contiennent ces cartouches métalliques est détourné pour un usage récréatif. Si le protoxyde d'azote est utilisé dans un cadre médical, pour ses propriétés analgésiques, ou comme gaz de compression dans le cas des cartouches pour siphon, il est aussi un "gaz hilarant".  Un surnom qui lui vient de l'effet euphorisant qu'il provoque. Populaire chez les plus jeunes, il est accessible librement sur internet et dans le commerce. Une fois vidé dans un ballon de baudruche puis inhalé, l'effet est immédiat et provoque d'irrépressibles fous rires. Un instant fugace aux risques qui durent. 

Une "défonce facile, pas chère" et qui "dure 30 secondes", comme le résume la coordinatrice du rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES). Auprès de l'AFP, la toxicologue Cécilia Solal souligne en effet que ce public n'a alors "pas l'impression qu'à terme il pourrait y avoir des atteintes neurologiques persistantes". "Ce qu'on est en train d'observer est assez inquiétant: les jeunes ont sûrement la sensation de ne pas être en danger en consommant ce gaz, alors que c'est exactement le message contraire qu'il faut faire passe."

Quels risques?

Et pourtant, il y en a. Touchant en majorité les jeunes adultes mais parfois aussi les mineurs, les effets observés du gaz hilarant sont principalement neurologiques. Des symptômes qui peuvent persister même quand ces personnes ont arrêté leur consommation. Il peut aussi avoir des répercussions aux niveaux cardiaque et psychiatrique. Dans certains cas graves, lorsque le système neurologique et neuromusculaire est atteint, certaines personnes ont été touchées à la moelle épinière. En tout, sans son étude qui se base sur les données des Centres antipoison français, l'Anses relève qu'entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019, 66 intoxications au protoxyde d'azote ont été enregistrées. Parmi elles, une quarantaine ont été répertoriées l'an dernier. Des risques majorés lorsqu'il est consommé en même temps que d’autres substances psychoactives.

Cette mise en garde est d'autant plus importante que les données depuis l'année 2017 montrent "une tendance à l'augmentation des cas d'intoxication", relève le rapport. Au-delà de la facilité pour s'en procurer, c'est aussi la médiatisation de cet usage détourné qui provoque sa popularité. Boosté par les réseaux sociaux, il a par exemple été associé, en mai, au joueur de foot Alexandre Lacazette. Dans la presse anglaise, le footballeur d'Arsenal avait été épinglé en train de se filmer inhalant du "proto".

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Autant de raisons qui poussent l'Anses à souligner la nécessité de "réglementer l'accès et l'étiquetage du protoxyde d'azote pour son usage alimentaire". "On a affaire à un produit en vente libre, qu'on peut acheter en supermarché ou sur internet, donc les personnes n'ont pas l'impression d'avoir acheté une 'drogue' interdite", relève ainsi la toxicologue  Cécilia Solal. Un système d'avertissement qui pourrait s'ajouter à une réglementation plus stricte. En décembre, le Sénat a adopté une proposition de loi pour interdire la vente de ce "gaz hilarant" aux mineurs. Déjà effective dans certaines municipalités, elle doit être débattue à l'Assemblée nationale.

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