"L'épidémie de coronavirus s'aggrave dans le monde" : pourquoi l'OMS est-elle si alarmiste ?

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Santé

CRISE SANITAIRE - Depuis plusieurs semaines, la France et l'Europe se déconfinent peu à peu car le nombre de cas de Covid-19 sur le Vieux continent est en baisse. Pourtant, l'OMS a déclaré que "l'épidémie s'aggrave dans le monde". Comment l'expliquer ?

Depuis le pic du mois d'avril, la France peut souffler : le nombre de contaminations au quotidien est en baisse, tandis que la courbe des patients hospitalisés en réanimation ne cesse de diminuer, malgré le déconfinement. Désormais, moins de 1.000 personnes sont en soins intensifs pour une infection au coronavirus dans l'Hexagone. Chez nos voisins européens, la situation est similaire, avec un déconfinement progressif et, peu à peu, un retour à la vie normale. La première vague semble donc s'atténuer, et les scientifiques s'accordent à dire qu'une deuxième vague n'arrivera pas d'ici cet été.

Pourtant, lundi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a émis un avertissement, à contre-courant des bonnes nouvelles des dernières semaines. "Bien que la situation en Europe s'améliore, dans le monde elle s'aggrave", a alerté Tedros Adhanom Ghebreyesus, son patron, lors d'une conférence de presse virtuelle à Genève.

Deuxième pic de contaminations au Brésil, le Pérou manque d'oxygène

En effet, de nombreux pays sont encore dans une situation difficile, et leurs indicateurs virent au rouge. L'OMS a d'ailleurs précisé qu'à ce jour, près de 75% des nouveaux cas sont recensés dans 10 pays seulement, principalement sur le continent américain et en Asie du Sud. Parmi eux, le Brésil. Mardi, le pays a enregistré 1.272 nouveaux décès, portant le total à plus de 38.000, ont annoncé les autorités sanitaires. Les nouvelles contaminations s'élèvent à 32.091 en 24 heures, deuxième nombre le plus élevé depuis le début de la pandémie, pour un total de près de 740.000.

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Autre pays en difficulté : le Pérou, deuxième nation la plus touchée d'Amérique du Sud, et huitième dans le monde. Le ministère de la santé péruvien a annoncé mardi avoir franchi la barre des 200.000 infections déclarées, et des 5.000 décès. Mais l'inquiétude est grande, alors que le système de santé à Lima semble proche de la rupture, avec notamment un manque criant d'oxygène. En fin de semaine dernière, le ministère déclarait qu'il lui manquait quelque huit mille bouteilles d'oxygène médical, que ne peuvent produire des usines submergées par la demande.

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Malgré des signaux défavorables et l'arrivée de l'hiver, l'Amérique se déconfine

Si l'été et les fortes chaleurs arrivent en Europe, de quoi limiter la propagation du virus selon une étude relayée par l'Académie nationale de médecine, le climat à venir en Amérique du Sud risque encore d'y compliquer le combat contre le coronavirus. Mardi, l'Organisation panaméricaine de la santé, branche régionale de l'OMS, a d'ailleurs déclaré que l'hiver austral et les ouragans menaçaient la lutte contre le Covid-19 sur le continent américain.

Malgré ces alertes et des signaux défavorables, l'Amérique latine se déconfine, elle aussi. Au Brésil, le gouverneur de Rio de Janeiro a annoncé l'assouplissement des restrictions, tandis qu'au Nicaragua, onze médecins du secteur public ont été licenciés mardi pour avoir exigé de sérieuses mesures de confinement. Dans ce pays d'Amérique central, un peu plus de 1.000 personnes ont été contaminées, selon les statistiques officielles. Mais l'ONG Observatorio Ciudadano (Observatoire citoyen) comptabilise quatre fois plus de cas, et plusieurs associations accusent le gouvernement de cacher l'ampleur de l'épidémie.

Aux États-Unis, la vague n'est toujours pas passée

Plus au nord, les États-Unis n'en ont pas non plus terminé avec le coronavirus. En valeur absolue, cela reste de loin le pays le plus touché par la pandémie, tant en nombre de décès que de cas diagnostiqués. Cependant, depuis deux semaines, les bilans journaliers sont majoritairement repassés en dessous des 1.000 morts, après avoir atteint jusqu'à un plus haut niveau de plus de 3.000 décès en 24 heures mi-avril.

Toutefois, le pays continue à enregistrer autour de 20.000 nouveaux cas chaque jour, et peine à redescendre de ce plateau. Selon une moyenne de onze modèles épidémiologiques, réalisée par des chercheurs de l'université de Massachussetts, le nombre de de cas du Covid-19 devrait avoisiner les 130.000 morts dans le pays d'ici le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. Soit 20.000 de plus en trois semaines.

L'Inde s'attend à vingt fois plus de cas d'ici fin juillet

En Asie, si la Chine, dont les premiers cas pourraient être apparus dès l'été 2019, s'offre un moment de répit (3 nouveaux cas entre lundi et mardi), l'Inde redoute encore le pire. La capitale, New Delhi, s'attend à compter plus d'un demi-million de malades d'ici fin juillet, soit une multiplication par près de vingt en deux mois, a annoncé mardi le gouvernement local. La mégalopole de 20 millions d'habitants recense à ce jour 874 morts du Covid-19 sur près de 30.000 cas confirmés, mais de nombreux témoignages font état d'hôpitaux et d'établissements funéraires déjà sous pression.

"Nous allons avoir besoin d'au mois 80.000 lits pour 550.000 contaminations d'ici au 31 juillet", a alerté le numéro deux du gouvernement de la capitale indienne, dans des propos rapportés par l'AFP. Selon lui, le nombre de malades à Delhi s'élèvera à 44.000 au 15 juin, 100.000 au 30 juin et 225.000 au 15 juillet. En outre, les experts s'attendent d'ailleurs à ce que l'épidémie n'atteigne son pic qu'en juin-juillet en Inde.

Avec la reprise des échanges internationaux, une résurgence de l'épidémie redoutée

C'est donc bien parce que de nombreux pays sont encore submergés par la première vague de l'épidémie que l'OMS est si alarmiste. D'autant que d'ici peu, les frontières du monde entier vont rouvrir. Ce mercredi, l'Union européenne a par exemple indiqué qu'elle souhaitait une "réouverture progressive et partielle" de ses frontières extérieures à partir du 1er juillet.

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Alors que l'épidémie est encore en cours dans de nombreux pays, ces échanges internationaux risquent donc de créer de nouveaux "clusters". Avec l'ouverture des frontières, "de nouveaux cas vont-ils être réimportés et réintroduire des chaînes de transmission ?"- se demandait il y a quelques jours Étienne Decroly, directeur de recherche au CNRS. L'incertitude demeure, et l'OMS appelle à la prudence. "La plus grande menace est désormais le laisser-aller" dans les pays où la situation s'améliore, a prévenu l'organisation. "La plupart des gens dans le monde sont encore susceptibles d'être infectés."

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