La "chaude-pisse" en pleine explosion en France, un spécialiste interpelle les pouvoirs publics

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SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLE - La "chaude-pisse" se propage. Alors que l’Organisation Mondiale pour la Santé a fait état il y a quelques jours de ses craintes quant à la résistance grandissante aux antibiotiques de cette infection sexuellement transmissible (IST), la gonorrhée, de son nom scientifique, prend depuis plusieurs années des allures d’épidémie naissante en France.

 Selon les chiffres de l’Institut de veille sanitaire, les cas de Gonorrhée, plus connue sous le nom de "chaude-pisse" ont augmenté de 100% chez les hommes homosexuels ou bisexuels, de 32% chez les femmes hétérosexuelles et de 8% chez les hommes hétérosexuels entre 2013 et 2015 en France.

Pour Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière, le gouvernement est directement impliqué dans cette explosion des cas. "Tout le monde s’en fout, principalement les pouvoirs publics", explique-t-il, en colère. Selon lui, rien n’est fait pour enrayer la multiplication des infections et maladies sexuellement transmissibles, le discours étant  uniquement orienté sur la lutte contre le VIH. "La communication autour des IST, est complètement délirante", s’insurge-t-il.

Depuis quelques années, le spécialiste observe le retour des comportements sexuels caractéristiques d’avant la pandémie du sida : non-utilisation de préservatifs, multiplication des partenaires sexuels sans protection, etc. Dans son service, Éric Caumes dit revoir des complications oubliées comme l’arthrite (inflammation des articulations) ou l’endocardite (inflammation de la paroi des valves cardiaques). Encore une fois selon lui, la communication est à la source du problème. "Sur les affiches de la campagne menée en ce moment par la mairie de Paris par exemple, "Faisons de Paris la ville de l’amour", on ne voit à aucun moment le mot préservatif. C’est quand même fou !", s'énerve-t-il.

La "chaude-pisse" tire son nom de l’un des symptômes qu’elle provoque, les brûlures urinaires. Chez la femme comme chez l’homme, elle se caractérise aussi par des écoulements génitaux ou rectaux. Non traitée, elle peut entraîner chez la femme des complications "de façon disproportionnée" selon l’OMS "un risque de maladie inflammatoire pelvienne, de grossesse extra-utérine et de stérilité ainsi qu’un risque accru d’infection par le VIH". Les hommes comme les femmes peuvent devenir stériles.


Pour le moment, la France n’est pas encore touchée par la résistance de la "chaude-pisse" aux antibiotiques. Pourtant, parmi les plus gros consommateurs mondiaux de ces traitements, le pays "ne les consomment pas trop mal", explique Éric Caumes. Mais selon lui, cette fatalité ne saurait tarder. D’autres maladies sexuellement transmissibles, comme le mycoplasma genitalium, ebola, zika ou l’hépatite A n’ont d’ailleurs pas ou plus de traitement actuellement. En tout, une trentaine d’IST séviraient en France.

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