La crise des urgences persiste : "On est arrivé au bout d'un système", estime Patrick Pelloux

Santé
URGENCE - Le personnel urgentiste continue sa grève, plus de quatre mois après le début du mouvement. La ministre de la santé Agnès Buzyn s'est exprimée hier pour reconnaître l'enlisement de la situation et rappeler les aides mises en place par le gouvernement. Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France, était l'invité de la matinale de LCI ce matin.

La crise "persiste", admet Agnès Buzyn qui s'exprimait jeudi 1er août sur la grève des urgentistes depuis l'île de loisirs du Val-de-Seine, dans les Yvelines. La ministre de la Santé a reconnu l'ampleur du mouvement et annoncé qu'il était nécessaire de "trouver des solutions sur mesure sur le territoire" et de "revoir l'organisation des systèmes de santé" pour éviter la saturation. "Les Français vont aux urgences sans passer par un médecin parce qu'ils ont parfois du mal à en trouver. Il faut donc repenser l'organisation des soins en amont et des urgences en aval pour que les services ne soient pas saturés en permanence", a notamment déclaré la ministre.

Les 70 millions d'euros d'aides estimés insuffisants

La crise persiste... Ou s'intensifie. A l'heure actuelle, 213 services sont en grève, selon le collectif Inter-Urgences. Depuis le début du mouvement, né le 18 mars dernier à l’hôpital parisien Saint-Antoine après plusieurs agressions contre le personnel, les urgentistes ne décolèrent pas. Leurs revendications restent les mêmes, à savoir l’arrêt des fermetures de lits, la création de 10 000 emplois supplémentaires et l’augmentation des salaires de 300 euros.


Le docteur Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France était l'invité de LCI ce matin. Selon lui, la longévité de la grève tient au fait que "tous les dysfonctionnements du système de santé arrivent aux urgences. A cela, vous ajoutez des années de restrictions budgétaires [...] On est arrivé au bout d'un système".

Tout le monde savait que le système allait craquer"Patrick Pelloux

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Crise aux urgences : Patrick Pelloux invité de LCI

En juin dernier, Agnès Buzyn avait débloqué 70 millions d’euros d'aides, dont 55 millions seraient dédiés au versement d'une prime de risque mensuelle de 100 euros nets pour les personnels soignants. "Une prime de risque concernant les incivilités a dû être versée fin juillet sur les fiches de salaire. Pour ceux qui n'ont pas reçu cette prime, il y aura un rattrapage fin août", a reprécisé la ministre hier. Elle a également rappelé avoir mis en place une "prime de coopération", d'un montant 100 euros brut par mois, s'appliquant lorsque les tâches sont déléguées au personnel paramédical. Agnès Buzyn a enfin réitéré sa promesse d'une enveloppe de 15 millions d'euros pour que les services d'urgence puissent recruter pendant l'été.


Concernant les reproches visant la ministre sur la gestion de cette crise, Patrick Pelloux, tient à tempérer : "Tout le monde savait que le système allait craquer, depuis des années. Là on est arrivé dans le mur, manque de bol, ça tombe sur elle". Il estime cependant que "c'est une femme intelligente et sincère, qui comprend la détresse du personnel". Le représentant des urgentistes a bon espoir d'une sortie de crise d'ici la fin de l'année, présumant que le gouvernement "ne prendra pas le risque d'avoir un gros mouvement dans les hôpitaux à la sortie des Gilets jaunes".

Un rapport doit être rendu à la fin de l'été

"J'ai demandé aux directeurs d'hôpitaux et aux directeurs des Agences régionales de Santé de se rapprocher des services en grève pour voir quelles étaient exactement leurs attentes, parce qu'en réalité elles sont assez variées", a ajouté la ministre de la Santé. "Dans certains cas c'est du personnel paramédical manquant, dans d'autres cas des postes sont ouverts mais ils n'arrivent pas à recruter, d'autres encore mettent en avant la vétusté des locaux. On voit donc bien que d'un site à l'autre, les réponses à apporter sont variables", a-t-elle ensuite développé, expliquant qu'il n'y avait pas "de solution miracle pour l'ensemble du territoire".


Le professeur Pierre Carli, président du Conseil national de l'urgence hospitalière, et le député LREM Thomas Mesnier, ont été chargés par la ministre de la Santé de réaliser un rapport sur les urgences en France. Ils seront reçu par le gouvernement à la fin de l'été pour prendre connaissance de "leurs premières préconisations".

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