La médecine du travail manque-t-elle de doses pour vacciner les salariés ?

La médecine du travail manque-t-elle de doses pour vacciner les salariés ?

DÉLAISSÉE - Pourtant présente au quotidien auprès des salariés, la médecine du travail serait aujourd'hui laissée de côté dans la campagne de vaccination, et ne disposerait pas d'assez de doses. Explications.

Sur les 16 millions de doses déjà injectées aux Français, à peine 56.000 ont été réalisées au sein des services de santé au travail. Une proportion infime qui laisse perplexe les syndicats et les représentants du patronat. Les patrons de la CFDT et du Medef ont d'ailleurs organisé lundi 3 mai une conférence de presse commune dans un centre de médecine du travail parisien. Une manière d'inciter à un plus large recours à ces structures, qu'ils décrivent comme délaissées à l'heure actuelle. 

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Ce mardi sur LCI, Laurent Berger en a remis une couche. Le leader de la CFDT a déploré qu'il n'y ait aujourd'hui "pas assez de doses", une situation d'autant plus dommageable à ses yeux que la médecine du travail est "la voie de passage pour aller toucher les salariés les plus isolés". Ce constat, les médecins du travail le partagent et regrette une stratégie gouvernementale qui les a laissés sur la touche.

Peu de salariés éligibles

Interrogée sur le sujet, la Direction générale de la santé (DGS) a voulu mettre en avant son volontarisme. "Sachez qu'une discussion permanente avec le ministère du Travail est engagée", nous assure-t-on, "afin d'évoquer le rôle de la médecine du travail". Une "discussion permanente" engagée notamment avec "les partenaires sociaux", mais dont les chiffres montrent qu'elle n'aboutit pas à une sollicitation massive de ces professionnels de santé. 

Contacté par LCI, le docteur Jean-Michel Sterdyniak partage son incompréhension. Secrétaire national du Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST), il se désole de voir des doses perdues dans certains centres de vaccination, et s'interroge sur les raisons qui poussent les autorités à ne pas ouvrir la vaccination à un plus large public. Dans les centres de la médecine du travail, "c'est un fiasco", explique-t-il sans détours. "À la mi-mars, au moment où l'on a pu débuter les vaccinations, nous avons eu des problèmes d'approvisionnements en doses", glisse-t-il. Un départ chaotique après lequel la situation ne s'est guère améliorée. 

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Le représentant du SNPST explique que le fait de restreindre la vaccination aux seules personnes de 55 ans et plus atteintes de comorbidités a très massivement restreint la part des salariés éligibles. Si l'on considère en effet que les départs à la retraite se multiplient passé 60 ans, rares sont celles et ceux qui cochaient les cases. "D'autant plus que, souvent, il s'agissait de personnes identifiées comme à risque et suivies par leur médecin traitant", complète Jean-Michel Sterdyniak. Des salariés qui sont donc passés par les circuits de vaccination plus traditionnels.

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Vaccination en entreprise : pourquoi est-ce si lent ?

Alors que de nombreux salariés plus jeunes travaillent dans ses secteurs très exposés (et que les services de restauration s'apprêtent à rouvrir), il plaide pour une ouverture plus large, pourquoi pas à toutes les classes d'âge. Si l'on veut redonner à la médecine du travail un rôle plus important dans la campagne de vaccination, une telle mesure ne sera pas suffisante à ses yeux. Le dernier point bloquant qu'il met en avant vient en effet des vaccins à leur disposition. Les médecins du travail ne peuvent en effet qu'injecter des doses AstraZeneca ou Johnson & Johnson. Et comme tous les professionnels de santé, ils constatent la forte défiance qui les entoure. Des craintes qui aboutissent à l'annulation de nombreux rendez-vous et à des casse-têtes pour les secrétariats, contraints de trouver à la hâte des volontaires pour éviter que ne se perdent des doses.

Si les approvisionnements en vaccins font partie des sujets de préoccupation pour les médecins du travail, ils ne suffisent donc pas eux seuls à expliquer que si peu de salariés soient passés entre leurs mains pour se faire vacciner. Les restrictions sur les types de vaccins proposés et sur les classes d'âge éligibles sont d'autres motifs mis en avant pour aider à comprendre la situation.

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