Le coronavirus va-t-il forcément muter (et altérer l'efficacité d'un futur vaccin) ?

Le coronavirus va-t-il forcément muter (et altérer l'efficacité d'un futur vaccin) ?
Santé

VACCINATION - Alors que la pandémie de coronavirus ne cesse de faire des ravages partout sur la planète, de nombreux scientifiques réalisent une course contre la montre pour trouver des traitements. Parmi eux, la possibilité d'un vaccin existe. Mais une éventuelle mutation du virus peut-elle altérer son efficacité ? Éléments de réponse.

L'épidémie de coronavirus poursuit sa route. Alors que plus de 900.000 personnes dans le monde ont déjà été officiellement contaminées, dont plus de 500.000 en Europe, et que près de 50.000 sont décédées, les scientifiques du monde entier tentent de développer des traitements. En France, des chercheurs multiplient les pistes, comme le vaccin BCG ou la chloroquine, en cours d'essais cliniques pour connaître leur efficacité contre les symptômes du virus. L'hypothèse d'un vaccin pour s'immuniser contre le Covid-19, plus lointaine, est également à l'étude. Mais une éventuelle mutation du virus pourrait compliquer la donne.

Selon le professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, si le virus mute, le futur vaccin développé pourrait devenir moins efficace. "Le problème du vaccin, c'est qu'il ne faut pas que le virus mute", a-t-il indiqué ce jeudi matin sur BFMTV. "Or, si vous acceptez que le virus infecte des personnes, que vous ne prévenez pas la maladie et que vous le laissez circuler, le virus va muter. Et s'il mute, le vaccin ne sera peut-être pas aussi efficace que contre le virus initial", alerte-t-il.

Le virus est-il en train de muter ?

Selon lui, le coronavirus aurait même déjà commencé sa mutation. "Les virologues le constatent", assure Éric Caumes, "nous savons que le virus est en train de muter". "De toute façon, c'est absolument inéluctable, puisque plus le coronavirus infecte un grand nombre de personnes, plus il mute."

Un avis contesté par Frédéric Tangy, chercheur du CNRS affecté au laboratoire d'innovation vaccinale de l'institut Pasteur. "Pour l'instant, il n'y a aucune assurance qu'il y ait une mutation", déclare-t-il à LCI. "Peut-être que je me trompe, mais des dernières informations que j'ai de la part de mes collègues qui séquencent des virus à tour de bras, le virus ne mute pas."

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La mutation, comme le dit le professeur Éric Caumes, est-elle cependant inéluctable ? "C'est une théorie", répond Frédéric Tangy. "Il est vrai que plus le virus infectera un grand nombre de personnes, plus il va muter. Mais seulement à partir du moment où il y aura un pourcentage suffisant de la population avec une réponse immunitaire forte. Or, d'après les derniers travaux des épidémiologistes, il y aurait environ 3% des Français infectés aujourd'hui, soit 2 millions de personnes. Avant que le virus mute, il faudrait qu'il infecte au moins 30 à 40% de la population. Donc il y a encore de la marge."

Si les avis divergent, les deux experts semblent d'accord sur un point : une mutation du virus pourrait altérer l'efficacité du vaccin. "S'il existe une mutation dans un domaine antigénique majeur pour la protection, cela pourrait effectivement être un problème selon le vaccin", avoue le chercheur du CNRS.

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Pour faire face, l'institut Pasteur travaille actuellement sur plusieurs vaccins différents, "dont un que nous pourrions qualifier d'universel, puisqu'il est dirigé contre des parties du virus qui sont très conservées" et ne muteront pas, assure Frédéric Tangy. "Ce n'est pas celui qui va être testé en premier, car dans l'urgence, nous privilégions le virus qui circule actuellement. Mais en cas de mutation, il serait toujours utile, car ces mutations concernent d'autres parties du virus."

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