La NASH, cette maladie de la malbouffe dont pourraient souffrir 1 à 2 millions de Français

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ENTRETIEN - A ce rythme-là, la France va rapidement manquer de foies à transplanter, s'inquiète le Dr Dominique Lannes à l'occasion de la sortie ce mercredi de son livre "NASH : la maladie de la malbouffe". Selon ce médecin hépato-gastro-entérologue à Paris, cette maladie progresse très rapidement depuis quelques années et frapperait 1 à 2 millions de Français.

Elle avait bénéficié d'un coup de projecteur il y a un an, en mars 2017, lorsque Pierre Ménès, à travers son livre "Deuxième mi-temps", révélait avoir été atteint d'une cirrhose de NASH, une maladie du foie dangereuse liée à une alimentation surchargée en sucre et en matière grasse. Une maladie qui l'a obligé à passer par la case opération, bénéficiant d'une greffe de foie et de rein pour s'en sortir. 

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Dominique Lannes, hépato-gastro-entérologue à Paris, en cabinet ainsi qu'à la Clinique du Trocadéro et celle du Mont Louis, donne un éclairage précis de cette maladie qui progresse à vitesse grand V en Europe, dans son livre "NASH : la maladie de la malbouffe". Il a accepté de répondre à nos questions.

LCI : Vous affirmez qu'un tiers de la population française a le "foie gras". Combien de personnes sont touchées par la NASH (acronyme pour steato-hépatite non alcoolique) ?

Dr. Dominique Lannes : Les chiffres ne sont pas très précis mais effectivement on estime qu’environ 30% de la population française a la stéatose, c'est-à-dire le "foie gras". Cela ne veut pas dire que toutes ces personnes arriveront au stade de NASH. Pour avoir une idée très précise du nombre d'individus touchés, il faudrait réaliser une ponction de foie à tous les Français et l’examiner, donc c’est compliqué. A l’échelon de la France, cela représente quand même 1 à 2 millions de personnes potentiellement concernées par la NASH. Or, la NASH se développe obligatoirement après une stéatose, qui agresse le foie.

LCI : Quels sont les principaux symptômes de la NASH ?

Dr. Dominique Lannes : Le problème de la NASH est qu’il s’agit d’une maladie sans symptômes. Le foie est silencieux, il souffre en silence et on est malade sans le savoir. Pendant des années cela n’entraîne aucune douleur, aucun trouble digestif. Ce n’est qu’au stade tardif, à savoir quand il existe beaucoup de fibrose ou au stade de cirrhose, cancer du foie, qu’il peut y avoir des symptômes, à savoir des douleurs, de la fatigue, etc. Il ne faut pas compter sur la douleur pour vous alerter. La NASH est une maladie qui évolue sur de de très longues période, 10, 20 ou 30 ans.

LCI : Voyez-vous de jeunes patients atteints par cette maladie ?

Dr. Dominique Lannes : Aujourd’hui, les personnes touchées ont cinquante ans et plus mais demain, ce sera plutôt 30 à 40 ans. Cette maladie est liée à notre d’alimentation, très grasse et surtout très sucrée. Aux Etats-Unis, on observe des enfants ou des adolescents diabétiques, obèses qui ont déjà des NASH. Ce que l’on ne sait pas en revanche, c’est pourquoi les gens qui ont une stéatose vont évoluer vers la NASH, il y a sûrement des prédispositions génétiques.

LCI : Que peut-on faire pour guérir de cette maladie, ou du moins la faire régresser ?

Dr. Dominique Lannes : Le remède, c’est changer de vie drastiquement. Tout aliment qui n’est pas fait maison peut contenir du sucre caché ou de la graisse. En parallèle, il faut faire du sport, bouger, mener une vie saine finalement. Evidemment, c’est très compliqué de changer de vie. Quant à la transplantation, elle se fait quand le foie est complètement "fibrosé", gagné par la cirrhose et ne fonctionne plus. C’est le dernier recours, quand on ne peut rien faire d’autre.

LCI : Peut-on assister à terme à une pénurie de foies en raison du nombre grandissant de transplantations ?

Dr. Dominique Lannes : Il y a aujourd'hui à peu près 1.300 transplantations de foies par an. Les transplantations dues à l’hépatite B ou C devraient diminuer considérablement dans les prochains mois en raison de traitements très actifs désormais. La stéatose concerne 30% de la population, dont 10% d'entre eux ont la NASH. De fait, les donneurs de foies décédés n'ont pas forcément des organes en bon état, ce qui peut poser problème pour une transplantation. S’il y a une augmentation des transplantations, on va, c’est certain, vers des problèmes de pénurie d’organes. Même s'il faut savoir qu’on en manque déjà.

LCI : Existe-t-il un médicament contre la NASH ?

Dr. Dominique Lannes : Il y a beaucoup de laboratoires américains sur le coup, mais le laboratoire français, Genfit, basé à Lille, est le plus avancé. Il devrait sortir le premier un médicament d'ici environ deux ans. Il est déjà en train d’expérimenter sur des centaines d'hommes et femmes un médicament s’appelant Elafibranor. Les essais et protocoles doivent continuer, cela peut échouer à tout moment. Ce que je sais de l’Elafibranor, c’est qu’ils n’ont pour l’instant pas observé d’effets indésirables sérieux au point de retirer le produit de leurs recherches. A ma connaissance, leur "phase 3" d'expérimentation se passe plutôt bien.

Le livre "NASH : la maladie de la malbouffe" du docteur Dominique Lannes, est à paraître à partir de ce mercredi 7 mars, chez les éditions Flammarion.

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