La première dose du vaccin permet-elle déjà de se protéger du Covid ?

La protection n'est complète qu'après la seconde injection.

PROTECTION - Le fait que des patients aient attrapé le virus après avoir reçu une première injection du vaccin interroge. Cela s'explique néanmoins par les caractéristiques des premiers vaccins homologués.

Les premiers vaccins contre le Covid-19 autorisés par les autorités de santé prévoient que les patients reçoivent deux doses, à plusieurs semaines d'intervalle. Sur les réseaux sociaux ces derniers jours, de multiples internautes ont toutefois manifesté leur étonnement en observant que des personnes ayant déjà été vaccinées une première fois puissent contracter le virus. Des contaminations qui ont parfois été relayées par les médias. 

Il y a quelques jours, par exemple, 47 résidents d'Ehpad ayant reçu leur première dose de vaccin ont été contaminés,  rapportait RTL. Sur Facebook, une internaute a quant à elle évoqué la situation de sa belle-mère dans un message posté au sein d'un groupe privé consacré à l'épidémie. "Se trouvant en Ehpad", la dame âgée de 83 ans a "reçu il y a 15 jours la première injection du vaccin", mais "ce matin on apprend qu'elle a le coronavirus !" Faut-il y voir quelque chose d'anormal ou y voir, comme certains, un vaccin qui constituerait une "vaste fumisterie" ? LCI fait le point.

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Une seconde dose essentielle

Avant toute chose, précisons que si les premiers vaccins distribués en France requièrent deux injections, ce n'est pas le cas de tous ceux en développement. Les documents de l'OMS permettent de constater que les laboratoires ne travaillent pas sur des vaccins identiques, et que différents types de vaccins sont mis au point afin d'offrir plusieurs outils de lutter contre le virus. Certains de ces vaccins prévoient deux injections, comme celui de Pfizer ou de Moderna, mais d'autres en demandent jusqu'à trois. Une petite partie, enfin, est conçue pour ne rendre nécessaire qu'une seule injection. C'est le cas de celui développé par Johnson & Johnson.

Tous les vaccins étant différents, il est impossible de fournir une réponse unique à la question : "Sommes-nous protégés après une seule dose". Néanmoins, les résultats des essais qui ont été menés nous permettent d'observer plusieurs tendances. De manière répétée, on constate ainsi que la première dose apporte une première protection, mais que celle-ci n'est véritablement complète et pérenne qu'après la seconde. 

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Cela n'a rien de propre au Covid : d'autres vaccins tels que celui contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, se révèlent bien moins efficaces avec une seule dose. "Après deux doses de vaccin, environ 85% des personnes sont protégées contre les oreillons", tandis qu'une seule dose de vaccin "ne protège au mieux qu’à 60% environ", explique la plateforme d'information suisse Infovac. 

Point encourageant : il semblerait que la maladie soit moins virulente si on l'attrape en ayant déjà été vacciné. C'est ce que constate auprès du Dauphiné Libéré le directeur de la Mutualité française Ardèche Drôme Jérôme Reyne, qui a vu des résidents d'Ehpad être infectés malgré une première dose. "On constate que parmi les résidents vaccinés et positifs, la plupart sont asymptomatiques ou ne développent pas de formes sévères de la maladie, contrairement aux autres", note-t-il. "Certes, le vaccin n’empêche pas de contracter le virus, mais nous avons la confirmation qu’il en limite clairement les formes graves."

Les autorités sanitaires se prononcent

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), s'est prononcée en ce début d'année sur l'opportunité de n'administrer qu'une seule dose du vaccin Pfizer aux patients, le premier à avoir été distribué en France. Des données suggéraient en effet qu'une protection suffisante pourrait être apportée par une simple dose, ce qui permettrait de facto d'accélérer la cadence de la vaccination pour la population, en évitant une seconde piqûre quelques semaines plus tard. 

Elle a passé en revue les éléments à sa disposition et conclu qu'envisager de "n’administrer qu’une première dose de vaccin n’est pas une option dont l’efficacité aurait été établie, en particulier dans la durée". En conséquence, "cette option n’est donc pas envisageable à titre délibéré ou encore moins systématique". Elle ne juge pas non plus pertinent d'espacer davantage l'administration des doses, puisque "rien ne prouve qu’une seconde dose administrée au-delà de 42 jours conserve l’efficacité à moyen et long termes du vaccin". L'Académie nationale de médecine, de son côté, a publié des préconisations similaires. Elle a recommandé de "se conformer autant que possible au schéma vaccinal prescrit par le fabricant (21 jours pour Pfizer/BioNTech, 28 jours pour Moderna)", tout en ne différant "l’injection de la seconde dose que si les circonstances l’exigent (manque de doses disponibles) et sans excéder un dépassement de 3 semaines".

Dans un article très complet, BBC Afrique a souligné que l'efficacité du vaccin après une première injection pouvait varier assez largement d'un laboratoire à l'autre. Quand certains sont présentés comme protégeant déjà à près de 80%, d'autres affichent une moindre efficacité avant la seconde injection, environ 62%. Pour le vaccin russe Sputnik V, impossible en revanche de se prononcer, puisqu'il "n'existe actuellement aucune information publique sur l'efficacité d'une seule dose".

En conclusion, on remarque qu'il n'est pas surprenant d'observer des personnes déjà vaccinées une première fois attraper le virus. L'efficacité du vaccin est en effet surtout significative après l'injection d'une seconde dose, même si la protection varie d'un laboratoire à l'autre suite à la première. Les autorités sanitaires, qui ont étudié l'opportunité de ne proposer qu'une seule dose aux patients, ont estimé qu'il n'était pas souhaitable de procéder de la sorte, et que les recommandations des fabricants devaient être respectées. Tout comme d'ailleurs les délais préconisés entre chaque injection. Il faut toutefois garder en tête que dans le futur, des vaccins ne demandant qu'une seule dose pourraient voir le jour. Ils sont toujours en phase de conception ou de tests et n'ont pour l'heure pas été homologués en vue d'une distribution massive.

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