La RATP attaquée en justice par l'association Respire : que lui est-il reproché ?

La RATP attaquée en justice par l'association Respire : que lui est-il reproché ?

QUALITÉ DE L'AIR - L'association Respire, qui milite pour une meilleure qualité de l'air, a porté plainte lundi contre la RATP pour "tromperie aggravée" et "blessures involontaires". Elle met en cause les niveaux de pollution de l'air trop élevés dans le métro parisien. Le groupe, lui, dément.

L'association Respire a porté plainte lundi contre la RATP pour "tromperie aggravée" et "blessures involontaires", mettant en cause les niveaux de pollution de l'air dans le métro parisien. Selon cette plainte, déposée devant le tribunal judiciaire de Paris, il existe "un niveau critique de la pollution de l’air dans les enceintes ferroviaires souterraines de la RATP".

Dans un communiqué, Respire cite pour exemple la station Châtelet, dans laquelle les mesures effectuées par la RATP "dépassent presque tous les jours 50 µg/m3 pour les PM10 (particules fines dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres, ndlr), soit la valeur d’un pic de pollution en extérieur". Ce mardi à 15h, elles atteignaient 112 µg/m3. Plus largement, une étude commanditée par Respire et le Syndicat autonome de la RATP en 2019, réalisée dans 10 stations parisiennes, avait montré que la pollution de l’air à l’intérieur du métro atteignait régulièrement des niveaux jusqu'à 10 fois plus élevés qu’en surface.

La RATP accusée de divulguer des données erronées et incomplètes

Au-delà de ces niveaux de pollution élevés, l'association Respire reproche à la RATP son manque de transparence quant à ceux-ci. Depuis 1997, le groupe a en effet son propre système de surveillance de la pollution au sein de son réseau, baptisé SQUALES (Surveillance de la qualité de l'air de l'environnement souterrain). Deux stations de métro, Franklin D. Roosevelt (ligne 1) et Châtelet (ligne 4), et une gare du RER, Auber (ligne A), sont équipées de capteurs chargés de mesurer à intervalles réguliers la température, l'humidité, le renouvellement d’air (dioxyde de carbone) et la qualité de l’air (oxydes d'azote, particules). Les données collectées par ces capteurs sont rendues publiques, mais "dans les faits", assurait l'association fin janvier, "la station de mesure d'Auber ne communique plus ses résultats depuis juillet 2018". Les données collectées sur le quai de la ligne 4, à Châtelet, seraient également erronées car "le capteur est encrassé et donne des valeurs surévaluées et incohérentes". De plus les capteurs de la RATP ne révèlent, selon Respire, pas les pics très élevés, qui peuvent grimper "jusque 500 μg/m3 (soit dix fois le seuil d’un pic de pollution en extérieur) sur des durées courtes".

Plus généralement, l'association estime que "la diversité des situations est telle que les 2 ou 3 capteurs de la RATP, même s’ils fonctionnaient correctement, ne pourraient en aucun cas donner une image fidèle de la situation sur l’ensemble du réseau". Pour elle, il est donc clair que le groupe met en danger la santé de ses 4 millions d'utilisateurs ainsi que de ses employés. "La RATP entretient une forme d’omerta sur la pollution de l’air dans le métro. Elle prétend qu’il n’y a pas de problème. Mais il faut dire la vérité aux gens. Le déni de la RATP est une composante essentielle du problème", déclare dans le communiqué Olivier Blond, directeur de Respire.

Des accusations niées en bloc par la RATP

De son côté, la RATP dément dans un communiqué ces accusations. Concernant la fiabilité de ses capteurs, elle fait savoir que ceux-ci sont "régulièrement entretenus et certifiées" par un laboratoire accrédité par le Cofrac (Comité Français d’Accréditation) ainsi que par des auditeurs externes. Au sujet de l'absence effective de données à la station Auber, elle indique que les mesures ont été interrompues le temps des travaux de modernisation effectuées dans la station. "Dès la fin des travaux, le local de mesure sera amélioré et les mesures renforcées", fait-elle savoir. "Les autres sites de mesures, Châtelet (ligne 4) et Franklin D. Roosevelt (ligne 1), fonctionnent correctement", affirme-t-elle par ailleurs.

Au-delà de son réseau de mesures SQUALES, la RATP fait savoir que des mesures ponctuelles sont aussi réalisées et qu'elle mène "un plan d’actions ambitieux pour améliorer la qualité de l’air dans ses espaces", notamment via de nouvelles solutions de freinage, action mécanique responsable de l'émission d'un grand nombre de particules fines. "Les résultats de ces tests ont montré une réduction de 20 à 30% selon la taille des particules", souligne-t-elle, indiquant que les lignes 2, 5 et 9 du métro en sont déjà équipées et que les lignes 4, 14 et 11 en bénéficieront à court terme. Le remplacement des 340 ventilateurs présents dans les tunnels doit aussi permettre de diminuer la concentration des particules fines qui y sont en suspension.

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Dans un rapport datant de 2018, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) imputait la mort de 7 millions de personnes chaque année à "l’exposition aux particules fines contenues dans l’air pollué (...) Ces particules pénètrent profondément dans les poumons et dans le système cardiovasculaire, ce qui cause des affections comme les accidents vasculaires cérébraux, les cardiopathies, les cancers du poumon, les bronchopneumopathies chroniques obstructives et les infections respiratoires, notamment la pneumonie", indiquait-elle. Elle rappelait alors ses recommandations, faites en 2005, de ne pas dépasser une exposition de 50 µg/m3 moyenne sur 24 heures pour les PM10 et de 25 µg/m3 moyenne sur 24 heures pour les PM2,5.

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