La téléconsultation va-t-elle remplacer votre traditionnelle visite chez le médecin ?

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DÉCRYPTAGE - Alors que l'Assurance Maladie et les syndicats de médecins commencent à négocier sur les modalités de mise en application de la télémédecine et sa tarification, LCI vous explique en quoi consiste la téléconsultation.

L’Assurance maladie et les syndicats de médecins libéraux (CSMF, FMF, SML, MG France, Le Bloc) ont débuté ce jeudi une négociation sur un sujet essentiel pour le futur de la pratique médicale, la télémédecine. Celle-ci se divise en 5 catégories : la téléconsultation, la télé-expertise, la télésurveillance médicale, la téléassistance et la régulation médicale.


Depuis 2014, les professionnels de santé de neuf régions expérimentent les trois premières formes d’interaction entre les médecins et les patients avec le programme ETAPES, prévu jusqu'en décembre 2018. En novembre dernier, la ministre de la Santé a souhaité accéléré les choses pour que le procédé soit généralisé et a demandé l’inscription de "la télémédecine dans le droit commun", comme le prévoit le premier budget de la Sécurité Sociale du quinquennat. 


L’objet des négociations entre les syndicats et l’Assurance maladie porte notamment sur les modalités pratiques et les tarifs de la téléconsultation. Mais au fait c’est quoi la téléconsultation ? LCI vous donne des précisions. 

La téléconsultation, ça consiste en quoi ?

L’article L6316-1 du Code de la santé publique définit l’ensemble dans lequel se trouve la téléconsultation. "La télémédecine est une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l'information et de la communication. Elle met en rapport, entre eux ou avec un patient, un ou plusieurs professionnels de santé, parmi lesquels figure nécessairement un professionnel médical et, le cas échéant, d'autres professionnels apportant leurs soins au patient."


Contactée par LCI, la Société française de télémédecine (SFT) nous a détaillé le fonctionnement d’une téléconsultation dans le cadre de l’expérimentation actuelle. "Tout d’abord, contrairement à du téléconseil, le médecin doit impérativement avoir le dossier médical du patient sous les yeux pour procéder à l’examen", nous explique-t-on. Ensuite, le patricien engage une discussion pour établir les symptômes ou poursuivre un suivi de la maladie. Il rédige après un compte-rendu qu’il transmettra au patient "par voie sécurisée" et à son médecin traitant.

Pour autant, même si elle consiste à dématérialiser la consultation, la téléconsultation n’est pas réservée à tout le monde. Selon le cadre définit par le programme d’expérimentation ETAPES en 2015, la téléconsultation concernait "les patients souffrant de plaies chroniques ou complexes, comme par exemple les escarres, les ulcères de la jambe ou les plaies du pied diabétique". En 2016, le procédé a été ouvert à "tous les patients en affection de longue durée (ALD) ainsi qu’aux résidents de structures médico-sociales". Si vous pensiez que dans quelques années, vous pourriez faire une téléconsultation pour un rhume, une grippe ou une gastro-entérite, ce n’est malheureusement pas pour tout de suite.


De plus, une téléconsultation ne peut être demandée par un patient mais par un professionnel de santé comme une infirmière ou un aide-soignant. Même chose pour un médecin traitant qui ne peut pas décider de son propre fait de proposer une téléconsultation à un patient sans qu'une personne tiers lui en ait fait la demande. Dans le cadre du programme ETAPES, le nombre de téléconsultations se limite égaelment à trois par an et par patient.

Va-t-elle remplacer la consultation médicale classique ?

La réponse est donc non… du moins pour le moment. Depuis plusieurs mois, le gouvernement d’Edouard Philippe pousse pour la mise en place progressive de la télémédecine et plus particulièrement la téléconsultation pour répondre à la problématique des déserts médicaux. En France, selon un rapport de la Direction de la recherche (DREES), 8,6 % de la population vit en effet dans une commune souffrant d'une pénurie de médecins généralistes en 2015. La téléconsultation "permet une meilleure prise en charge au plus près du lieu de vie des patients et contribue à rompre l’isolement dont sont parfois victimes les professionnels de santé et les professionnels du secteur médico-social. Elle constitue aussi un facteur d’amélioration de l’efficience de l’organisation et de la prise en charge des soins par l’assurance maladie", selon le ministère de la Santé. Agnès Buzyn table sur 500.000 actes en 2019, un million en 2020, puis 1,3 million en 2021 avec le cadre pour l’instant établi par l’expérimentation ETAPES.


Une ambition qui paraît faible mais logique au vu des faibles résultats de la télémédecine pour le moment. Selon un rapport de la Cour des Comptes de septembre 2017, moins de 260.000 actes de télémédecine - de toutes sortes - ont été réalisés en 2015. L’institution estimait que les "multiples expérimentations engagées sans ordre ni méthode" n'ont "débouché que sur des résultats très modestes". Pour la Société française de Télémédecine, la solution pour permettre une réussite du projet serait d’ouvrir la téléconsultation à un plus grand nombre. "Nous souhaitons réellement qu’il y ait une ouverture du cadre et non plus que cela se limite seulement aux ALD et aux résidents de structures médico-sociales", affirme-t-on du côté du SFT.


Pour cette nouvelle négociation en cours, Nicolas Revel, président de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), se "donne trois mois" et envisage une entrée en vigueur du nouveau cadre de travail "entre l'été et la fin de l'année".

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