Laisser le virus circuler causerait au moins "400.000 décès" : d'où vient le chiffre cité par Emmanuel Macron ?

Pour justifier l'effort demandé aux Français, Emmanuel Macron a donné un chiffre mercredi soir. "Si l'on ne fait rien, le coronavirus pourrait provoquer jusqu'à 400 000 morts supplémentaires en France". Sur quoi se base-t-il pour avancer un tel chiffre ?

MODELISATION - Le chef de l'Etat a envisagé plusieurs options pour gérer la crise sanitaire actuelle. L'abandon des restriction afin des permettre au virus de circuler est pourtant écarté car il causerait plus de 400.000 décès, dixit Emmanuel Macron. Un chiffre qui interpelle. Et qui est le fruit de modélisations réalisées par l'Institut Pasteur.

Dans son allocution mercredi soir, Emmanuel Macron énuméré les différents scénarios qui ont été envisagés avant d'annoncer un reconfinement généralisé. Le président de la République a notamment indiqué qu'il était à ses yeux inconcevable de lever les restrictions et de miser sur la fameuse "immunité collective", à l'instar de ce que tente de faire la Suède. 

"Certains préconisent de ne rien faire et d'assumer de laisser le virus circuler, c'est ce qu'on appelle la recherche de l'immunité collective", a-t-il rappelé. Précisant que cette dernière est en théorie atteinte "lorsque 50, 60 % de la population a été contaminée". Pour autant, "le Conseil scientifique a évalué les conséquences d'une telle option : elles sont implacables", a lancé Emmanuel Macron. "À très court terme, cela signifie le tri entre les patients à l'hôpital et d'ici quelques mois, c'est au moins 400.000 morts supplémentaires à déplorer." De fait, a-t-il tranché, "jamais la France n'adoptera cette stratégie"

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L'Institut Pasteur mobilisé

Comment un tel calcul a-t-il été effectué ? Quelle fiabilité lui accorder ? Jusqu'alors, un tel bilan n'avait pas été évoqué. Pour en savoir plus sur ce chiffre, LCI a donc tenté d'avoir accès aux travaux du Conseil scientifique évoqués par le chef de l'Etat. Impossible, indique-t-on du côté du Comité consultatif national d'éthique, qui assure le relais du Conseil scientifique. Il s'agit en effet de "documents de travail adressés aux acteurs et autorités de santé", et qui "ne sont pas destinés à être rendus publics". Tout juste apprend-on qu'il s'agit de modélisations réalisées par l'Institut Pasteur et qui ont été transmises au gouvernement ce lundi, afin de l'aider à affiner sa stratégie.

Direction l'Institut Pasteur, donc, pour obtenir des détails sur ces travaux. Très sollicités dans la période actuelle, les chercheurs en épidémiologie Arnaud Fontanet et Simon Cauchemez apportent néanmoins des éléments susceptibles pour éclairer ce chiffre étonnant. Ils mentionnent tout d'abord leurs travaux menés en commun et publiés début septembre dans la revue Nature, le résultat de recherches autour de l'immunité collective. Ils indiquaient alors qu'il "faudrait que 67% de la population française soit immunisée contre ce nouveau coronavirus pour que le virus cesse de circuler de façon épidémique".

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"Nous mentionnions qu’en absence d’amélioration significative de la prise en charge des patients, et sur la base des taux de mortalité publiés pour des populations de structure d’âge similaire à celle de la France (entre 0.3% et 1.3%), on pouvait s’attendre à une mortalité totale de 100,000 à 450,000 personnes avant d’atteindre une immunité collective de 50%", précisent les chercheurs. "Ce seuil est le seuil minimum auquel nous considérons que le virus s’arrêterait de circuler de façon épidémique (certains avancent 66%)."

Une échelle très large donc, qu'il est possible d'affiner via d'autres calculs : "Une autre façon d’arriver à ces chiffres serait de considérer qu’il a fallu dans le contexte français 30.000 morts pour obtenir 5% d’immunité collective", notent les deux spécialistes. "Si on applique ce même taux de mortalité pour la suite, on s’attend à 300.000 morts pour atteindre 50% d’immunité collective et 396.000 morts pour atteindre 66%." Voici donc l'origine du chiffre de 400.000 morts glissé lors de son intervention par Emmanuel Macron. 

Cela étant dit, Arnaud Fontanet et Simon Cauchemez soulignent que cette stratégie ne leur semble pas réalisable. Et rejoignent ainsi le président de la République. "Il est clair pour nous que la seule façon d’atteindre le seuil d’immunité collective requis est un vaccin", insistent les épidémiologistes, "ce d’autant qu’on ne sait pas combien de temps l’immunité acquise par infection naturelle se maintient, et qu’un vaccin peut lui être répété tous les ans comme on le fait pour la grippe. En attendant un vaccin, il est essentiel de maintenir toutes les mesures de protection individuelle et de distanciation sociale connues pour limiter la propagation du virus."

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