Le bisphénol B, substitut du bisphénol A, est aussi un perturbateur endocrinien selon l'Anses

Santé

PRÉVENTION - Dans une étude publiée mercredi 16 octobre, des chercheurs de l'Agence nationale de sécurité sanitaire affirment que le bisphénol B, peu présent mais autorisé en Europe, présente des propriétés de perturbation endocrinienne similaires à celles du bisphénol A.

"L'objectif, c'est de faire interdire cette substance dans l'année", dit-on à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Cette substance, c'est le bisphénol B, un substitut du bisphénol A utilisé notamment hors d'Europe, mais qu'on retrouve "dans des échantillons biologiques de populations européennes". Selon une publication de chercheurs de l'Anses datée du mercredi 16 octobre, le bisphénol B (BPB), présente des propriétés de perturbation endocrinienne similaires à celles du bisphénol A, interdit dans tous les contenants alimentaires depuis janvier 2015.

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Dans le cas du BPB, on a encore peu de données, mais celles-ci sont parfaitement cohérentes avec celles obtenues sur le BPA- René Habert, coauteur de la publication

Dans cette étude, publiée dans la revue Environmental Health Perspectives, les scientifiques se sont basés "sur la similarité de structure entre le bisphénol A (BPA) et le BPB" et ont pris en compte les effets possibles du BPB sur l’homme ou la faune sauvage observés lors de tests en laboratoire réalisés sur différentes espèces de vertébrés tels que des rongeurs ou des poissons", explique l'Anses.

"Les données obtenues mettent en évidence la capacité du BPB à interférer avec la voie de signalisation des œstrogènes, à réduire la production de testostérone, à altérer la stéroïdogenèse, à modifier la spermatogenèse (la production de spermatozoïdes, ndlr) chez les rats et les poissons-zèbres, ainsi que la reproduction des poissons. Cette activité œstrogénique ainsi que l'inhibition de la production de testostérone sont cohérentes avec l'activité endocrinienne du BPA", poursuit l'agence.

"Dans le cas du BPB, on a encore peu de données, mais celles-ci sont parfaitement cohérentes avec celles obtenues sur le BPA, dont la molécule est structurellement très proche du BPB. Tout indique qu'il est inutile de perdre du temps et que la réglementation devrait commencer à raisonner en termes de famille chimique", précise dans Le Monde René Habert, chercheur au Laboratoire de développement des gonades (CEA, Inserm, université Paris-Diderot), et coauteur de la publication, qui a pris en compte une trentaine d'études.

Effets suspectés sur la reproduction, le métabolisme et les pathologie cardiovasculaires

En 2011, l'Anses avait conclu que le BPA avait des effets avérés chez l'animal (sur la reproduction, sur la glande mammaire, sur le métabolisme, le cerveau et le comportement) et des effets suspectés chez l’Homme (sur la reproduction, sur le métabolisme et pathologies cardiovasculaires), rappelle le ministère de la Santé. "Ces effets pourraient être observés, mêmes à de faibles niveaux d'exposition, au cours des phases sensibles du développement de l'individu." Le BPA a été classé en juillet 2017 au niveau européen comme perturbateur endocrinien, une décision confirmée en septembre par la justice européenne, qui a rejeté un recours de l'industrie du plastique qui la contestait.

Depuis, le BPA a été remplacé par des substituts, comme les bisphénols S (BPS) et F (BPF), ou encore le bisphénol B. Plusieurs sont suspectés de présenter des propriétés toxicologiques analogues, et le classement du BPS et du BPF comme perturbateurs endocriniens est en cours au sein des instances européennes, selon Le Monde.

Le bisphénol B, lui, n'est pas produit en Europe et n'est pas enregistré dans le cadre du règlement européen sur les substances chimiques (REACH) mais il est utilisé dans plusieurs pays, dont les États-Unis, où il est contenu dans des résines appliquées à l'intérieur de boîtes de conserve. "Quelques études montrent qu'on le retrouve dans certaines populations, notamment au Portugal et en Italie, ce qui suggère que celles-ci ont été exposées par le biais de produits importés, qui contiennent du BPB", indique Cécile Michel, co-autrice de la publication, dans Le Monde

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