Le coronavirus est-il "lié à la disparition des habitats naturels d'animaux sauvages" ?

La destruction des écosystèmes peut jouer un rôle dans l'apparition de virus chez l'Homme.
Santé

À LA LOUPE – Si les chercheurs poursuivent sans relâche leur quête de moyens de soigner efficacement le coronavirus, la science s'intéresse également à son origine. Pour le député EELV David Cormand, la destruction par l'Homme de l'habitat d'animaux sauvages est une cause claire. Vraiment ?

Si la recherche du fameux "patient zéro" ressemble à une quête insoluble, les scientifiques tentent néanmoins aujourd'hui de remonter aux origines du coronavirus. Si les pistes les plus sérieuses mènent au marché de Wuhan, en Chine, et que plusieurs animaux sont suspectés d'être des "réservoirs naturels" ou de simples hôtes du virus, le rôle de l'Homme dans cette épidémie est aujourd'hui mis sur la table.

Sur le plateau de Public Sénat, le député européen David Cormand a livré une explication sur la provenance de épidémies. "Le coronavirus", a-t-il indiqué, "est lié à la disparition des habitats naturels d'un certain nombre d'animaux sauvages qui sont en contact avec les humains." Au fond, "c'est aussi notre modèle de développement qu'il faut interroger", estime l'élu écologiste. 

Une responsabilité humaine difficile à nier

Dans la grande famille des coronavirus, le Covid-19 rappelle le Sras, qui s'est répandu en 2002 à travers l'Asie et le monde. Comme à l'époque, les soupçons se portent sur une origine animale, le foyer de l'épidémie ayant été identifié dans un marché de Wuhan où s'achètent et se vendent une multitude d'espèces sauvages.

Parmi elles, le pangolin, suspect numéro 1 dont les scientifiques chinois ont découvert que 99% des génomes du virus trouvés sur lui étaient identiques à ceux trouvés sur les patients infectés. Prisé pour sa chair, ses écailles ou sa peau, il fait l'objet d'un braconnage intensif et se retrouve traqué dans son habitat naturel, lui qui est particulièrement difficile à élever en captivité.

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Les chercheurs voient dans le pangolin un potentiel hôte intermédiaire pour le Covid-19, mais le virus est très probablement à l'origine hébergé par une espèce de chauve-souris ou d'oiseau, comme pour de nombreux coronavirus. Pour autant, "les animaux sauvages ne sont pas les vrais coupables", assure l'hebdomadaire américain The Nation. En effet, "bien qu’une multitude de publications dans les médias présentent les animaux sauvages comme "source" d’épidémies mortelles ceux-ci ne sont, en vérité, pas particulièrement infestés par des agents pathogènes mortels, prêts à nous infecter. En fait, la plupart de ces microbes vivent de manière inoffensive dans le corps de ces animaux."

L'article présente au contraire l'Homme comme origine du problème, tout comme l'a suggéré David Cormand : "Le vrai problème est la façon dont la déforestation et l’expansion des villes et des activités industrielles créent des voies d’adaptation des microbes animaux au corps humain", écrit The Nation.

Le bouleversement des écosystèmes expose l'Homme à des virus nouveaux

Dans une récente enquête, le média Les Jours a mis en lumière l'impact de l'agriculture périurbaine dans des zones "intertropicales très peuplées où peuvent se concentrer des populations très démunies". Cette agriculture gagne du terrain sur des zones reculées où évoluent d'ordinaires des espèces porteuses de virus potentiellement dangereux, auxquels l'Homme n'a jusque-là été que très peu exposé. "Ce sont les réacteurs des épidémies de demain. Il faut songer à la planification des villes mondiales, à l’organisation des sociétés et estimer ces risques", estime ainsi Jean-François Guégan, directeur de recherche à l’IRD et à l’Inrae.

Les Jours revient aussi sur "l'affaire du virus Nipah", qui a fait plusieurs centaines de victimes en Inde à la fin des années 1990. Des porcs puis des Hommes avaient été infectés, sans que la source des troubles physiologiques observés n'ait été identifiée. "On a compris plus tard que le virus venait d’une chauve-souris frugivore", a confié au site indépendant le directeur de recherche au CNRS Serge Morand. Une partie de sa population avait en effet "migré à la suite de la perte de son habitat traditionnel dans les forêts de Bornéo et Sumatra, coupées et incendiées pour les besoins de plantations de palmiers à huile".

Autre exemple des conséquences tragiques de l'activité humaine : le développement de l'ulcère de Buruli, dont The Conversation rappelle qu'il "affecte au moins 33 pays situés dans les régions tropicales, subtropicales et tempérées". Son mode de transmission reste méconnu, mais il est dû à une bactérie virulente. Seule certitude aux yeux des scientifique : la prolifération de cette bactérie est encouragée par l'extraction minière. Un constat qui se répète d'un continent à l'autre. Si The Conversation reconnaît volontiers que "les mines d’or présentent des intérêts économiques immédiats évidents", le site interroge sur l'exploitation massive par l'Homme de son environnement et sur les risques qu'il fait courir à sa propre espèce. 

En conclusion, il est sans doute encore un peu tôt pour affirmer comme David Cormand que la destruction de l'habitat d'espèces naturelles est une cause de l'apparition du Covid-19, l'origine précise du virus n'ayant pas été établie formellement. Néanmoins, le député européen a raison de mettre le sujet sur la table, les activités humaines et son bouleversement des écosystèmes étant reconnues par les scientifiques comme un facteur de risque majeur dans le monde de l'épidémiologie. 

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