Le départ du directeur général de l'ANSM causé par une série de scandales ? C'est faux

Le départ du directeur général de l'ANSM était prévu.

INTÉRIM - Le départ de Dominique Martin, qui quitte l’Agence nationale de sécurité du médicament en ce début décembre, est analysé par ses détracteurs comme la conséquence directe de "scandales" liés à l'agence. Une affirmation fallacieuse.

Rendue publique le 27 novembre par le Journal officiel, la démission du directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament Dominique Martin a suscité de nombreuses réactions et commentaires. Certains y voient la conséquence d'une série d'affaires, de "scandales" même, comme l'écrit France-Soir. Une démission commentée ces derniers jours par l'avocat de Didier Raoult, dont le client se montre plus que critique à l'égard de l'institution depuis quelques mois. Pour autant, il s'agit d'un départ qui s'effectue dans des conditions très réglementées, à l'issue d'un mandat qui n'était plus renouvelable et d'un intérim qui visait à désigner la remplaçante de Dominique Martin. Ce dernier est quant à lui en partance pour Caisse nationale de l’Assurance Maladie.

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Un départ anticipé et conforme aux status de l'ANSM

Ces derniers mois, Dominique Martin a cristallisé des reproches et accusations formulées à l'encontre de l'ANSM. L'institution a par exemple été accusée par certains de mettre des bâtons dans les roues du Pr Raoult, en refusant d'accéder à l'une de ses demandes. Elle avait en effet dit non en octobre à une "recommandation temporaire d’utilisation (RTU)" pour l'hydroxychloroquine, qui aurait permis une large utilisation pour traiter le Covid-19. Autre point d'échauffement : le Remdesivir. Ce médicament a bénéficié d'une autorisation temporaire d’utilisation de cohorte (ATUc) suite à un avis favorable  de l’Agence européenne des médicaments (EMA), mais de récentes études ont mis en doute son efficacité, poussant l'OMS à ne plus le recommander pour les patients hospitalisés du Covid-19. Figure de proue de l'ANSM, qui a délivré cette ATCu, Dominique Martin se voit aujourd'hui reproché d'avoir soutenu ce traitement. 

Le dernier des "scandales" qui aurait pu justifier cette démission serait lié au Rivotril. "Un médicament utilisé en temps normal pour l’épilepsie et qui a fait l’objet d’une dérogation dans le cadre des soins palliatifs des malades du Covid en ville et en Ehpad", résume Libération. "Certains accusent le gouvernement d’avoir autorisé l’euthanasie en accordant une telle dérogation", ce qui a été plusieurs fois contredit, par LCI notamment.

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Dans le contexte de tension actuel, dans lequel les autorités de Santé sont régulièrement attaquées pour leurs décisions et leurs prises de positions dans le cadre de l'épidémie, faut-il voir un quelconque lien de cause à effet entre ces querelles et le départ de Dominique Martin de l'ANSM ? En aucun cas. En effet, le directeur général est arrivé à la fin du mois d'août à la fin d'un second mandat à la tête de l'institution. Comme le précisent les statuts de cette dernière, il devait quoi qu'il en soit passer la main. En pleine épidémie, et dans l'attente de la nomination de sa successeure, il a toutefois accepté d'assurer un intérim jusqu'au 31 décembre. 

Un processus dont la fin a été anticipée, puisque "comme annoncé par l’Elysée le 9 novembre dernier", note l'ANSM, "le président de la République envisage sur proposition du Premier ministre, de nommer à ce poste Christelle Ratignier-Carbonneil, actuelle directrice générale adjointe". Et d'ajouter qu'à ce titre, elle est auditionnée ce 2 décembre 2020 "par les commissions de l’Assemblée nationale et du Sénat". Dans l’attente de la nomination, "elle assure l’intérim à la direction générale à partir du 1er décembre". Même si l'avocat de Didier Raoult juge "incroyable" qu'un directeur de l'ANSM quitte son poste "en pleine crise sanitaire", ce départ s'effectue en conformité avec les textes en vigueur, prévoyant un renouvellement aux postes de direction. En tant qu'établissement public placé sous la tutelle du ministère chargé de la Santé, l'Agence y est soumise, et respecte des dispositions prévues notamment par le décret n° 2010-1035 du 1er septembre 2010 relatif à la durée des mandats des dirigeants et au fonctionnement des organes de direction de certains des établissements publics de l'État.

Dominique Martin quitte donc l'ANSM dans des conditions tout à fait normales, après avoir effectué deux mandats. Il n'aurait pas pu rester à ce poste quand bien même il l'aurait souhaité, son poste ne pouvant être renouvelé qu'une seule fois. Il faut par ailleurs souligner que l'article de France Soir, qui n'hésite pas à insinuer que ce départ serait lié à un "scandale de trop" ne peut pas être considéré comme une source fiable. Autrefois renommé, le journal n'est désormais plus à proprement parler un média. S'il surfe sur l'épidémie de Covid-19 et y consacre de nombreux articles, ces derniers sont effectués "par des chroniqueurs bénévoles", comme l'explique Checknews. Une rédaction "sans journaliste, sans statut d'entreprise de presse", et que l'on a vu relayer ces derniers mois des thèses conspirationnistes ou "rassuristes". Notons enfin que Dominique Martin ne quitte pas le domaine de la santé puisqu'il est désormais médecin-conseil national de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie, un poste qu'il occupe depuis le 1er décembre.

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