Homéopathie : face aux menaces sur le remboursement, les homéopathes répliquent

Homéopathie : face aux menaces sur le remboursement, les homéopathes répliquent

Santé
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MEDICAMENTS - La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a décidé d'ouvrir le débat avant l'été en proposant ce jeudi sur France Inter que l'homéopathie fasse l'objet d'une évaluation scientifique, au même titre que les autres médicaments. Une façon à peine voilée de reconsidérer son remboursement, ce qui laisse sans voix les défenseurs de cette discipline.

Après avoir évoqué avec bienveillance l'homéopathie en avril sur RMC ("une médecine qui a probablement un effet placebo" mais "ne fait pas de mal"), et déclaré par la même occasion qu'elle sera la seule médecine non conventionnelle remboursée "car les Français y sont attachés", voilà que la ministre de la Santé propose pour la première fois de reconsidérer la question.


Ce jeudi matin sur France Inter Agnès Buzyn a timidement déclaré : "On a décidé de rembourser l'homéopathie sans aucune évaluation scientifique. Peut-être pourrait-elle rentrer dans le droit commun et être évaluée. Si elle est utile, elle restera remboursée. Si elle est inutile, elle arrêtera de l'être".

Une façon de répondre à la polémique sur l'efficacité de l'homéopathie relancée il y a quelques semaines ? On pourrait le penser. Le 19 mars, à l'occasion d'une tribune publiée dans le Figaro, 124 médecins condamnaient fermement l'utilisation des médecines alternatives, telle que l'homéopathie. "Charlatanisme", "tromperie", "fake médecines", les mots employés étaient à la hauteur de leur exaspération. 


Pour l'heure, plus d’un Français sur deux consomment des médicaments homéopathiques. Un marché dont le chiffre d'affaires avoisine les 200 millions d'euros chaque année en France. "Et rappelons que ce sont des médecins qui les prescrivent (5000 en France). Et qu'ils doivent justifier d'un cursus d'enseignement d’homéopathie, validé dans une école reconnues par l’Ordre des médecins", rappelle le docteur Florence Paturel, médecin à Vannes et secrétaire générale du Syndicat national des médecins homéopathes français. 


"En France, si on prescrit de l'homéopathie sans être médecin cela s'apparente à de l'exercice illégal de la médecine. On est donc très loin du charlatanisme en question", poursuit-elle. "On sait, par exemple, que les sages-femmes qui prescrivent de l'homéopathie disent que les femmes accouchent de façon beaucoup plus douce et plus rapide. Par ailleurs, de nombreux chirurgiens prescrivent de l'homéopathie avant leurs opérations car ils savent que la récupération du patient sera bien meilleure".

Oui à une évaluation, mais attention à la méthode employéeDr Jean Chazarenc

"Dire qu'il n'y pas eu d'études scientifiques, c'est inexact, renchérit le docteur Paturel. Il y en a eu plusieurs, notamment cette importante  étude de pharmaco-épidémiologie, baptisé Epi3, et dirigée par un comité scientifique indépendant. Cette étude, a

rassemblé 8559 patients recrutés chez 825 médecins généralistes représentatifs de la pratique en allopathie et en homéopathie, suivis pendant un an - en 2009 -. Elle a montré notamment que cette prise en charge thérapeutique avait un réel intérêt dans les pathologies étudiées (ndlr :  douleurs musculo-squelettiques, troubles anxiodépressifs, et infections des voies aériennes supérieures), et que les patients suivis par des médecins homéopathes consomment très significativement moins

de médicaments conventionnels".


Pour le docteur Jean Chazarenc, médecin homéopathe, "il est malgré tout très difficile de faire une évaluation scientifique comme le demande Agnès Buzyn car il faut qu'elle tienne compte de la spécificité de cette pratique. Par exemple, quand un patient vient nous voir avec une grippe on ne va pas lui donner un traitement standard. On va choisir le remède en fonction des symptômes qu'il développe et chaque patient est différent. Du coup, impossible de faire des essais en double aveugle comme dans la médecine conventionnelle", explique-t-il. 


Selon lui, deux pays ont fait des évaluations sérieuses, la Suisse en 2011 et l'Australie quatre ans plus tard. Le premier a intégré l'homéopathie dans les prestations de l'Assurance maladie, après avoir conclut à l'efficacité de cette médecine complémentaire. Là où l'Australie a rendu un rapport très critique. "Et pour cause. Cette évaluation n'a pas retenu de nombreuses études sur l’homéopathie au motif qu’elles présentaient un nombre de participants inférieur à 150, éliminant ainsi beaucoup d’essais aux résultats positifs significatifs, qui sont par ailleurs notés dans le rapport, mais ne sont pas retenus dans la conclusion. Ce choix arbitraire pose clairement la question de savoir ce que l’on considère comme une donnée probante", analyse Jean Chazarenc.

Il n'est pas question qu'on dérembourse les médicaments homéopathiquesDr Florence Paturel

L’argument souvent opposé lors de l’évaluation des essais cliniques est souvent aussi celui du caractère non plausible de l’action biologique des hautes dilutions utilisées en homéopathie. Car rappelons-le l'homéopathie consiste à administrer à "très faible dose" une substance qui imite l’effet d’une maladie. Là encore nos deux médecins sont "vent debout" : "Comment peut-on parler d'effet placebo quand on soigne des nourrissons , voire des animaux, avec des médicaments homéopathiques ?", questionne le docteur Paturel. 


Pour cette dernière, "il n'est pas question qu'on les dérembourse. En plus, quand on connaît le coût d'un médicament homéopathique, c'est complètement illusoire de penser qu'on va faire des économies là-dessus. On ne peut pas les accuser de creuser le coût de la Sécurité sociale. Fin 2014, la part de l’homéopathie dans les médicaments remboursés par l’Assurance Maladie était de 0,32% sachant que la part des médicaments dans les postes de dépense de la Sécurité Sociale n’est que de 16%. Les prescriptions homéopathiques sont donc proportionnellement bien loin d’être coûteuses pour les finances publiques. Agnès Buzyn doit se rendre compte que beaucoup de gens consomment de l'homéopathie et en perçoivent de nombreux bénéfices", conclut-elle.

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