"Le stealthing est un comportement pervers qui doit être condamné", une psychiatre décrypte les mécanismes de cet abus sexuel

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RELATION INTIME - Le stealthing ou cette pratique qui consiste à retirer le préservatif au beau milieu d’un rapport sexuel, sans en avertir son amant(e), fait parler de lui depuis quelques jours sur la toile, suscitant l’indignation de bon nombre d’internautes. Que se passe-t-il dans la tête des agresseurs ? Décryptage avec une psychiatre et sexologue.

On en a passé des coups de fil avant de tomber sur une sexologue qui avait entendu parler de "stealthing" (traduisez furtivité), cette technique des plus douteuses qui consiste à enlever son préservatif ni vu ni connu, au beau milieu de l’acte charnel, sans  bien sûr, en informer son ou sa partenaire. Pourtant, la juriste américaine, Alexandra Brodsky, mène l’enquête depuis 2013 et elle est formelle. De nombreuses femmes ont été abusées sexuellement de cette façon. 

Mais qu’en est-il dans l’Hexagone ? "Cela fait deux-trois ans que des patients qui l’ont déjà fait m’en ont parlé mais je l’ai appris au détour de nos conversations, ils n’étaient pas venus consulter pour cela au départ", explique à LCI le Dr Anne-Marie Lazartigues, psychiatre et sexologue à Paris. Parmi les patients qui se sont confiés à elle, beaucoup d’hommes et peu de femmes. Sont-elles plus pudiques ? Ont-elles honte?  "Probablement un peu des deux", répond la spécialiste sans pouvoir en dire plus.


En revanche, le Dr Lazartigues a une explication sur ces agissements douteux. "C’est une forme d’appropriation de la femme, un comportement pervers, nous explique-t-elle. Au-delà du plaisir sexuel, l’homme recherche à combler un plaisir narcissique. L’idée est vraiment de posséder l’autre à son insu, de le marquer." Mais est-ce le même processus pour une femme qui percerait un préservatif pour tomber enceinte par exemple ? "Je ne pense pas que ce soit la même chose car il n’y a pas de plaisir à manipuler l’autre mais c’est la motivation de parvenir à un but qui détermine ce choix." 

Penser à sa santé d'abord

Le plus perturbant dans cette histoire est que beaucoup de victimes doutent et ne se rendent pas compte qu’il s’agit d’un abus sexuel. "Une de mes patientes qui s’est retrouvée dans cette situation en arrivait à douter d’elle-même, indique la sexologue. Elle se demandait si c’était vraiment arrivé et se disait que ce n’était pas possible". Les personnes se sont mises d’accord pour avoir un rapport protégé mais l’une d’elle trahit l’autre et l’expose à des risques. "Ce n’est pas une simple pratique perverse mais cela constitue bien un abus de la confiance d’autrui, un abus sexuel finalement", estime la psychiatre. 


Comment réagir si cela vous arrive ? Le médecin recommande de penser à sa santé d’abord. La pilule du lendemain, pour ne pas tomber enceinte et un traitement post-exposition pour diminuer le risque de contamination. Mais encore faut-il s’en être rendu compte. En cas de doute, "il ne faut pas hésiter à se rapprocher du service d’urgence d’un hôpital", conseille le médecin. L’examen permettra de vérifier la légitimité de ses craintes et d’avoir des éléments pour déposer une plainte. La justice française n’a encore jamais condamné personne dans l’hexagone mais la justice suisse, oui.

"Déposer plainte n’est pas évident mais je conseille de le faire car une telle expérience peut avoir des conséquences psychologiques sur la victime pendant longtemps, conclut le Dr Anne-Marie Lazartigues. C’est important pour l’estime de soi mais aussi pour la confiance qu'on accorde aux autres."

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