Le vaccin d'AstraZenica sous le feu des critiques : d'où est parti l'imbroglio ?

Le vaccin d'AstraZenica sous le feu des critiques : d'où est parti l'imbroglio ?

POLÉMIQUE - Le laboratoire britannique AstraZeneca va mener une nouvelle étude pour valider l'efficacité du protocole de son vaccin contre la Covid-19 développé avec l'université d'Oxford. Le groupe a reconnu mercredi "une erreur de dosage" pour évaluer la fiabilité de son vaccin donné efficace à 70 %.

Un cafouillage qui soulève des questions et donne du grain à moudre pour les réfractaires aux potentiels futurs vaccins contre le Covid-19. Alors que de nombreux pays misent sur l'arrivée des premières doses fin décembre ou début 2021 pour envisager un retour progressif à la normale, des incertitudes demeurent quant à l’efficacité réelle du vaccin développé par le laboratoire britannique AstraZeneca et l'université d'Oxford. 

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Trois jours après la parution des résultats des premiers essais cliniques montrant qu'il serait "efficace en moyenne à 70%", le groupe pharmaceutique a reconnu mercredi  25 novembre "une erreur de dosage", de quoi soulever des inquiétudes au sein de la communauté scientifique qui pointe également des anomalies dans le protocole mis en place pour évaluer la fiabilité de ce candidat vaccin. 

Un chiffre qui sème le trouble

Pour avancer ce taux d'efficacité, le laboratoire britannique s'était appuyé sur des résultats intermédiaires d'essais cliniques menés sur 20.000 volontaires au Royaume-Uni, au Brésil et en Afrique du Sud. Derrière ce résultat se cachent cependant de grands écarts entre deux protocoles différents : l'efficacité est de 90% pour les volontaires qui ont d'abord reçu une demi-dose, puis une dose complète un mois plus tard, mais de seulement 62% pour un autre groupe, qui a pourtant été davantage vacciné, avec deux doses complètes à un mois d'écart. 

Bien que l'injection d'une demie-dose était originellement due à une erreur, ce qui explique que seuls 3.000 patients aient suivi ce protocole, les résultats semblent montrer que ce premier schéma entraîne une meilleure réponse immunitaire. La taille du groupe ayant reçu une demie-dose lors de la première injection, ainsi que le fait que ce résultat soit dû à une erreur, sème le trouble quant à l’efficacité réelle du vaccin mis au point par le laboratoire AstraZeneca. D'autant plus que la cohorte avec la demi-dose aurait un âge limite de 55 ans, excluant les groupes plus à risque. 

Retour à la case départ ?

Face aux critiques, le laboratoire britannique a annoncé jeudi qu'il allait procéder à de nouveaux essais afin d’évaluer de nouveau l'efficacité du vaccin à ce dosage plus faible. "Nous avons annoncé dès lundi qu’on avait testé deux types de posologie. Il y a une qui s’est montrée plus efficace que l’autre et donc il faut maintenant que nous validions cette nouvelle posologie et que nous fassions une étude supplémentaire additionnelle", a expliqué le président d'AstraZeneca France Olivier Nataf, invité de la matinale de RTL.

Soulignant que "100% des participants étaient protégés de formes graves de la maladie et d’hospitalisation", le président de la division française du laboratoire a également fait valoir qu'"aucune hospitalisation ni aucun effet indésirable grave" n'avaient été constatés lors des premiers essais. "Il faut effectuer des analyses sur différents groupes d’âge. Les résultats de la (nouvelle) étude seront publiés dans quelques semaines. Nous verrons alors si les analyses par groupes d’âge ont été faites", estime Olivier Nataf, répondant à la critique portant sur la sous-représentation des personnes à risque parmi les volontaires.

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AstraZeneca-Oxford : coup de frein sur le vaccin ?

Appel à la prudence

Le gouvernement britannique a fait savoir ce vendredi avoir demandé à l'Autorité de réglementation sanitaire des médicaments (MHRA) d'examiner le vaccin en vue de sa commercialisation. Le médecin en chef pour l'Angleterre, Chris Whitty, a cependant mis en garde contre des "conclusions prématurées" et a recommandé de faire preuve de patience jusqu'à ce que les données complètes soient publiées. "L'examen des données détaillées nous permettra de mieux comprendre les performances du vaccin", a également commenté l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), appelant elle aussi à la prudence. 

Les résultats de la nouvelle étude internationale "pourraient être plus rapides" à obtenir "car nous savons que l'efficacité est élevée donc nous avons besoin d'un plus petit nombre de patients", a précisé pour sa part le PDG d'AstraZenaca, Pascal Soriot, dans un entretien accordé à l'agence Bloomberg. Selon le groupe pharmaceutique britannique, les nouveaux essais cliniques ne devraient pas retarder pour autant l'approbation des régulateurs dans l'Union européenne et au Royaume-Uni. "Si l’agence européenne du médicament donnait une autorisation de mise sur le marché à notre vaccin, nous serions prêts en janvier", a indiqué le président d'AstraZeneca France, Olivier Nataf. 

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L'UE a commandé 400 millions de doses

Pour l'instant moins probant que celui de Pfizer/BioNTech ou de Moderna, le vaccin d'AstraZeneca présente cependant l'avantage d'utiliser une technologie plus traditionnelle que ses deux concurrents, ce qui le rend moins coûteux et plus facile à stocker puisqu'il peut être conservé dans des réfrigérateurs et non à très basse température. Premier client du laboratoire, l'Union européenne a signé un accord pour recevoir 400 millions de doses de ce vaccin moins cher. En début de semaine après l'annonce des premiers résultats des essais cliniques, le laboratoire britannique avait indiqué avancer rapidement dans la fabrication prévue de 3 milliards de doses en 2021, de quoi approvisionner 160 pays à travers le monde. À titre de comparaison, Pfizer et son partenaire BioNTech ont annoncé 1,3 milliard de doses d'ici fin 2021. 

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