Edouard Philippe juge "absurde" de ne pas réfléchir au cannabis thérapeutique : de quoi parle-t-on ?

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SANTÉ - En déplacement dans la Creuse ce vendredi, le Premier ministre a estimé qu'il serait "absurde" de s'interdire d'étudier les possibilités permises par l'usage du cannabis thérapeutique.

Le cannabis thérapeutique pourrait-il faire son arrivée en France ? Edouard Philippe a estimé ce vendredi qu'il serait "absurde" de s'interdire d'étudier les possibilités offertes par l'usage de cette plante à des fins médicales. "Il y a beaucoup de pays qui travaillent là-dessus, beaucoup de pays qui le permettent. Il serait absurde de ne pas se poser la question et c'est dans cet  esprit que nous voulons travailler avec les porteurs du projet", a expliqué le Premier ministre à la presse à l'occasion d'un déplacement dans la Creuse, département - l'un des plus pauvres de l'Hexagone - où la culture de cannabis thérapeutique fait partie des projets de développements.

   

De là à ce que la France saute le pas, comme 21 autres pays de l'UE l'ont fait ? S’il est encore bien trop tôt pour le dire, force est de constater que l'idée fait son chemin, la question revenant de plus en plus souvent dans le débat. Fin mai, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s'était ainsi déjà déclarée favorable à la recherche et au développement du cannabis médical. Fin février, l'hôpital marseillais de La Timone a quant à lui fait savoir qu'il allait tester ses effets - par inhalation - sur une trentaine de patients souffrant de la maladie de Parkinson. 

Au-delà des frontières du Vieux continent, plusieurs pays ont en tout cas fait le choix d'autoriser le cannabis thérapeutique. Il faut dire que depuis plusieurs années, de nombreuses recherches ont permis de démontrer, pour certaines maladies, les bienfaits de son utilisation. L’an dernier, l’Académie américaine des sciences avait d’ailleurs expertisé dans un vaste rapport plus de 10.000 études sur le sujet afin de faire le point sur l’état des connaissances et déterminer les zones grises sur lesquelles il faut faire davantage de recherches. 

Efficace pour réduire les douleurs chroniques

Ce rapport affirmait alors que la prise par voie orale de cannabinoïdes, pendant de courtes périodes, est efficace pour réduire les douleurs chroniques chez les adultes atteints de sclérose en plaques ou de fibromyalgie. Ces substances sont également mises en avant pour lutter contre les nausées et les vomissements provoqués par la chimiothérapie.


Si l’usage de cannabis thérapeutique peut ainsi améliorer la santé de certains malades, il n’a pas que des bons côtés. Comme tous les médicaments, il comporte son lot d’effets secondaires. Certaines études laissent penser que le cannabis pourrait provoquer des troubles de l'anxiété voire une schizophrénie. D’où l’intérêt de mener davantage de recherches pour déterminer quels cannabinoïdes (il en existe des dizaines) sont à la fois les plus efficaces et les moins nocifs.

Le CBD moins nocif que le THC

Les deux plus connus sont le THC (tétrahydrocannabinol) et le CBD (cannabidiol). Si leurs vertus tranquillisantes sont bien connues, le second a l’avantage de ne pas modifier la concentration et l’humeur. Toutes deux sont d’ailleurs présentes dans le Sativex, le seul produit à base de cannabinoïdes autorisé à être vendu en France. Sauf qu’en raison d’un contentieux sur son prix, il n’est toujours pas commercialisé. S’il a pu obtenir en 2014 une autorisation provisoire de mise sur le marché, c’est en raison de sa très faible concentration en THC qui, selon son fabricant GW Pharmaceuticals, ne permet pas un usage récréatif.


Compte tenu de ses propriétés non euphorisantes, c’est surtout vers le CBD que la recherche se concentre. Outre ses vertus antalgiques, cette molécule limite également les crises d’épilepsie sévères chez les enfants et les adolescents. Certaines études ont aussi testé son utilité dans le traitement de la maladie de Parkinson et d’Alzheimer. Mais toutes ces recherches doivent encore être consolidées, notamment pour déterminer avec certitude le risque éventuel d’addiction. 

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