Légalisation du cannabis : comme Hamon, certains professionnels de santé y sont favorables

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DROGUE – Invité du Grand Jury sur LCI, le candidat socialiste réaffirme vouloir légaliser le cannabis pour mieux l’encadrer. Une idée également défendue par le pneumologue Bertrand Dautzenberg, le psychiatre Amine Benyamina et d’autres addictologues.

"Pour lutter contre les trafics, je veux légaliser le cannabis, a affirmé Benoît Hamon à l’antenne de LCI ce midi au cours du "Grand Jury". Nous ne pouvons pas rester passifs face aux dangers engendrés." Le candidat socialiste a fait de la légalisation de cette drogue un point phare de son programme, à contre-courant de ses concurrents. 


L’idée n’est pas nouvelle et a récemment fait l’objet d’un colloque au Sénat. La sénatrice Esther Benbassa (Europe Ecologie Les Verts – EELV) militait ainsi en faveur du cannabis en France le 10 octobre dernier avec, à ses côtés, plusieurs professionnels de santé. Surprenant ? Pas si sûr. 

S'adapter aux changements des mentalités

Tout part d’un constat : entre 1 et 2 millions de Français consomment régulièrement du cannabis. "La consommation  a augmenté entre 2000 et 2014, affirme le président de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), François Beck. Et malgré la législation répressive, les Français font partie des plus gros consommateurs d’Europe."


Et si la solution se trouvait dans la légalisation ? Autrefois réfactaire, le grand public semble désormais plus ouvert à la question : 52% des Français sont favorables à vente de cannabis sous contrôle de l’Etat, selon un récent sondage IPSOS.  De quoi décomplexer une partie de la classe politique. 


Pour la directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), France Lert, le changement n'est plus qu'une question de temps. "La loi doit sécuriser l’ensemble de la société, les fumeurs mais aussi ceux qui redoutent les effets pervers d’une telle évolution. Il n’est plus question de savoir si la loi va changer mais quand et quelles stratégies adoptées pour prévenir, informer et mieux prendre en charge les usagers." Un cadre réglementaire pour limiter les risques en somme. 

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A ses côtés, le pneumologue Bertrand Dautzenberg défend également la légalisation du cannabis. Pour lui, cette réforme serait bénéfique sur la santé des fumeurs à long terme." En effet, le mode de consommation préféré des Français est le joint au haschisch (le shit), c'est-à-dire de mélanger la résine, plus facile à trouver, avec du tabac, sous la forme d'une cigarette roulée. Or, c'est aussi le plus dangereux pour l'organisme", note le professeur. La fumée libérée, riche en particules fines et en substances cancérogènes, peut être responsable de nombreuses infections respiratoires, voire de cancers du poumon. 

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En revanche, pour le cerveau c’est une autre histoire. Ainsi, en 2011, 1082 séjours à l'hôpital étaient liés à l’utilisation de dérivés du cannabis avec pour diagnostic principal : des troubles mentaux et du comportement. Dans le cadre du colloque au Sénat, le psychiatre Amine Benyamina s’est intéressé au lien entre le cannabis et  la schizophrénie. Après avoir décortiqué plusieurs études scientifiques, il conclut que "le lien relève plus du fantasme que d'autre chose." 

Mais d'autres facteurs peuvent contribuer au développement  d'une maladie mentale. C'est le cas, "des antécédents familiaux, des facteurs génétiques, si un consommateur commence très jeune ou encore si la qualité du produit n’est pas bonne." En revanche, d’autres substances du cannabis, comme les cannabinoïdes, ont des effets protecteurs sur le cerveau, souligne l’expert, qui défend aussi un usage thérapeutique.

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Au final, le président de la Fédération Addiction, Jean-Pierre Couteron condamne les campagnes de sensibilisation "qui cherchent à faire peur". "La consommation de cannabis est une réalité et le meilleur moyen de limiter les risques est d’en contrôler l’usage." Franck Zobbel, un autre addictologue qui exerce en Suisse prône une approche stratégique dans son pays pour contrer le marché noir. Mais cela ne veut pas dire pour autant tomber dans l’écueil de la promotion des marques, à l’instar des industriels du tabac. 

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